Le nombre de puits non autorisés en Tunisie a été multiplié par près de 16 entre 2010 et 2024, passant de 205 à environ 3.229 installations, une expansion qui accentue la pression sur les ressources hydriques et menace les écosystèmes oasiens et la biodiversité, selon le ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.
Cette progression s’accompagne d’une forte augmentation des prélèvements d’eau souterraine, dont les volumes sont passés de 205 millions de mètres cubes en 2010 à 827 millions en 2024, soit une multiplication par quatre sur la période.
Ces chiffres ont été présentés mercredi par le directeur général des ressources en eau au ministère, Aïssa Halimi, lors d’une journée d’étude organisée par l’Académie parlementaire autour d’une proposition de loi visant à régulariser la situation des puits profonds non autorisés, rapporte l’Agence de presse tunisienne (TAP).
Le responsable a mis en garde contre les conséquences environnementales de cette exploitation, notamment la dégradation des écosystèmes oasiens, le recul de la biodiversité et l’épuisement progressif des nappes souterraines.
Parmi les autres risques figurent la pollution des eaux au niveau des têtes de puits, l’assèchement des anciens puits de surface ainsi que l’intrusion d’eau salée dans les réserves d’eau douce des régions côtières.
Sur le plan économique, l’expansion des forages non autorisés entraîne une augmentation des coûts de pompage et de la consommation énergétique, tout en compliquant le contrôle des volumes prélevés et leur répartition équitable entre les différents usagers, a expliqué M. Halimi.
Cette situation intervient dans un contexte de fragilisation des ressources hydriques tunisiennes, marqué par la baisse du niveau des nappes phréatiques et la salinisation des eaux, particulièrement dans les régions côtières, le Sud et les zones oasiennes.
Selon le responsable, ces difficultés sont accentuées par la faiblesse des ressources renouvelables en eau, les effets du changement climatique et la hausse des températures. Face à ces défis, les autorités tunisiennes envisagent de moderniser les mécanismes de surveillance des prélèvements grâce à l’introduction de compteurs intelligents.
À cet égard, Aïda Jridi, chargée de la gestion de la Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux au ministère de l’Agriculture, a annoncé un projet de transition vers un système d’information permettant de suivre en temps réel les volumes d’eau exploités au niveau de chaque puits.
Ce dispositif devrait contribuer à améliorer le contrôle des prélèvements et la gestion des ressources souterraines, dans un contexte de pression croissante sur les réserves hydriques du pays. En vertu de la législation tunisienne, les eaux souterraines relèvent du domaine public. Leur exploitation, notamment par le forage de puits, nécessite une autorisation préalable fixant les conditions d’utilisation, sans conférer de droit de propriété sur la ressource.




