La tentative de rachat du groupe de santé tunisien Taoufik Hospitals Group (THG) par le leader marocain des cliniques privées, Akdital, fait face à un coup d’arrêt réglementaire. Initialement prévue pour être finalisée le 31 mai, l’opération de 90 millions de dollars est suspendue à une décision du Conseil de la concurrence tunisien, qui a exigé un report d’un mois pour obtenir des compléments d’informations, indique le magazine Jeune Afrique. Sur le plan industriel, cette transaction s’inscrit pourtant dans une logique claire pour les deux parties. Akdital, soutenu depuis octobre 2025 par des investisseurs saoudiens, ambitionne de se déployer à l’échelle panafricaine et moyen-orientale.
En face, la société d’investissement RMBV, basée au Caire, cherche à matérialiser sa sortie de THG après douze ans de détention, période durant laquelle le groupe tunisien a atteint une capacité de 600 lits répartis sur quatre hôpitaux, générant 45 millions de dollars de revenus en 2024. Bien que la version officielle attribue ce retard à des procédures administratives gérées par le ministère du Commerce avec l’appui du cabinet Asafo & Co, la nature exceptionnellement pointilleuse du régulateur suscite des interrogations à Tunis. RMBV a récemment cédé ses parts dans le leader local SAH-Lilas pour 100 millions de dollars sans rencontrer d’obstacles similaires, lit-on dans Jeune Afrique.
En réalité, le dossier est activement suivi par le ministre tunisien de la Santé, le général de corps d’armée Mustapha Ferjani. Proche conseiller du président Kaïs Saïed, ce haut gradé issu de la médecine militaire promeut une doctrine de souveraineté sanitaire. Les autorités tunisiennes verraient d’un mauvais œil l’absence d’intérêts nationaux dans la reprise de THG, dont l’actif principal, la clinique Taoufik, incarne l’histoire médicale du pays. Tunis compte sur ces infrastructures majeures pour concrétiser sa politique de hub sanitaire africain et lancer ses projets de télémédecine d’ici octobre. Au-delà de la protection des fleurons nationaux, des considérations de politique intérieure et de concurrence territoriale freinent le dossier au sommet de l’État, écrit Jeune Afrique. Le palais de Carthage redoute que l’implantation d’un opérateur marocain aussi offensif qu’Akdital ne concurrence directement la cité médicale de Kairouan. Ce projet présidentiel phare à 3 milliards de dinars, confié à des constructeurs chinois, peine à décoller depuis 2019, alors qu’il est censé capter les flux de patients d’Algérie et de Libye.
Dernier verrou majeur: le facteur diplomatique. En effet, les relations entre Tunis et Rabat sont gelées depuis août 2022, suite à l’accueil officiel par la Tunisie du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, qui avait provoqué le rappel mutuel des ambassadeurs. Dans ce contexte de concentration des pouvoirs, les milieux d’affaires tunisiens s’accordent à dire que l’avenir de l’investissement d’Akdital ne se jouera pas sur des critères techniques au Conseil de la concurrence, mais fera l’objet d’un arbitrage politique direct au palais présidentiel de Carthage, conclut Jeune Afrique.



