«Je n’attends pas grand-chose de cette libération», témoigne une quinquagénaire de Rangoun, sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. «Il n’y a aucune raison d’être reconnaissant car il a été arrêté injustement au départ».
Win Myint occupait le rôle essentiellement symbolique de président lorsque l’armée a pris le pouvoir par un coup d’État en 2021, renversant le gouvernement élu de l’emblématique Aung San Suu Kyi, également arrêtée à ce moment-là.
Il a été gracié vendredi dans le cadre d’une large amnistie accordée par Min Aung Hlaing, installé à la présidence civile la semaine dernière après avoir gouverné pendant cinq ans à la tête de la junte militaire.
De quoi se demander si Aung San Suu Kyi pourrait bientôt, à 80 ans, être à son tour libérée ou placée en résidence surveillée.
«C’est certainement une possibilité», affirme Morgan Michaels, chercheur à l’Institut international d’études stratégiques, sans y voir néanmoins de «véritable tournant vers la paix ou la réconciliation».
Les alentours de la résidence familiale d’Aung San Suu Kyi à Rangoun ne faisaient pas l’objet d’une sécurité renforcée samedi matin, laissant penser qu’elle reste pour l’instant enfermée dans la capitale, Naypyidaw.
«Il n’y a aucun signe de retour chez elle à l’heure actuelle», a confirmé anonymement un membre de son ancien parti, la Ligue nationale pour la démocratie, aujourd’hui dissous.
«Théâtre autoritaire»
La grâce accordée à Win Myint à l’occasion du Nouvel An Birman semble être un geste d’ouverture de la part de l’ex-chef de la junte, Min Aung Hlaing, mais les observateurs y voient plutôt le signe de son pouvoir conforté.
Myanmar to release 6,520 prisoners in amnesty on Tuesday: President Win Myint https://t.co/4ggVc76Z7k pic.twitter.com/JANAQwvWfq
— Reuters (@Reuters) May 7, 2019
«Utiliser les prisonniers politiques comme monnaie d’échange dans les manœuvres de Min Aung Hlaing ne doit pas être vu comme une réforme ou une ouverture, mais comme une preuve de confiance dans la stabilité du nouveau régime», estime l’analyste indépendant David Mathieson.
«Ce n’est pas une véritable amnistie, c’est du blanchiment d’image», ajoute-t-il, évoquant un «théâtre autoritaire» destiné à assouplir la pression intérieure et internationale sur le nouveau gouvernement.
Min Aung Hlaing a accédé à la présidence la semaine passée à l’issue d’un processus électoral dénoncé par de nombreux pays comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil.
Cette transition s’accompagne de reculs sur certaines mesures de répression mises en place par la junte au cours des cinq dernières années.
Birmanie : la peine d’Aung San Suu Ky réduite, le chef des droits de l’homme de l’ONU réclame sa libération « immédiate »
— Le Parisien (@le_Parisien) April 17, 2026
➡️ https://t.co/C4W1kV2Hhl pic.twitter.com/dpMaxSoYid
Pour David Mathieson, ces gestes, même cosmétiques, «peuvent offrir des opportunités aux opposants».
«Certains groupes d’opposition pourraient obtenir davantage de concessions s’ils acceptent de ‘jouer le jeu’ et de déplacer la contestation vers l’arène politique», explique-t-il. «Pour l’instant, la plupart insistant sur le fait que la transition en cours n’offre aucune opportunité».
A Rangoun, un jeune homme de 27 ans se dit sceptique quant à la capacité de l’ancien président Win Myint à devenir une figure de ralliement.
«Il sera toujours étroitement surveillé», souligne-t-il. «Je ne m’attends donc pas à ce qu’il puisse changer quoi que ce soit politiquement».




