Birmanie: la libération de son bras droit, un espoir pour Aung San Suu Kyi?

(PHOTO D'ARCHIVES) Une manifestante brandit une affiche à l'effigie d'Aung San Suu Kyi, dirigeante civile détenue, lors d'une veillée aux chandelles organisée à Yangon le 13 mars 2021 en hommage aux victimes des manifestations contre le coup d'État militaire. (Photo AFP). AFP or licensors

La libération vendredi de l’ancien président birman Win Myint, proche d’Aung San Suu Kyi, nourrit les spéculations sur le sort de la prix Nobel de la paix, toujours détenue, mais les espoirs de démocratie restent faibles parmi la population et les observateurs.

Le 18/04/2026 à 08h06

«Je n’attends pas grand-chose de cette libération», témoigne une quinquagénaire de Rangoun, sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. «Il n’y a aucune raison d’être reconnaissant car il a été arrêté injustement au départ».

Win Myint occupait le rôle essentiellement symbolique de président lorsque l’armée a pris le pouvoir par un coup d’État en 2021, renversant le gouvernement élu de l’emblématique Aung San Suu Kyi, également arrêtée à ce moment-là.

Il a été gracié vendredi dans le cadre d’une large amnistie accordée par Min Aung Hlaing, installé à la présidence civile la semaine dernière après avoir gouverné pendant cinq ans à la tête de la junte militaire.

De quoi se demander si Aung San Suu Kyi pourrait bientôt, à 80 ans, être à son tour libérée ou placée en résidence surveillée.

«C’est certainement une possibilité», affirme Morgan Michaels, chercheur à l’Institut international d’études stratégiques, sans y voir néanmoins de «véritable tournant vers la paix ou la réconciliation».

Les alentours de la résidence familiale d’Aung San Suu Kyi à Rangoun ne faisaient pas l’objet d’une sécurité renforcée samedi matin, laissant penser qu’elle reste pour l’instant enfermée dans la capitale, Naypyidaw.

«Il n’y a aucun signe de retour chez elle à l’heure actuelle», a confirmé anonymement un membre de son ancien parti, la Ligue nationale pour la démocratie, aujourd’hui dissous.

«Théâtre autoritaire»

La grâce accordée à Win Myint à l’occasion du Nouvel An Birman semble être un geste d’ouverture de la part de l’ex-chef de la junte, Min Aung Hlaing, mais les observateurs y voient plutôt le signe de son pouvoir conforté.

«Utiliser les prisonniers politiques comme monnaie d’échange dans les manœuvres de Min Aung Hlaing ne doit pas être vu comme une réforme ou une ouverture, mais comme une preuve de confiance dans la stabilité du nouveau régime», estime l’analyste indépendant David Mathieson.

«Ce n’est pas une véritable amnistie, c’est du blanchiment d’image», ajoute-t-il, évoquant un «théâtre autoritaire» destiné à assouplir la pression intérieure et internationale sur le nouveau gouvernement.

Min Aung Hlaing a accédé à la présidence la semaine passée à l’issue d’un processus électoral dénoncé par de nombreux pays comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil.

Cette transition s’accompagne de reculs sur certaines mesures de répression mises en place par la junte au cours des cinq dernières années.

Pour David Mathieson, ces gestes, même cosmétiques, «peuvent offrir des opportunités aux opposants».

«Certains groupes d’opposition pourraient obtenir davantage de concessions s’ils acceptent de ‘jouer le jeu’ et de déplacer la contestation vers l’arène politique», explique-t-il. «Pour l’instant, la plupart insistant sur le fait que la transition en cours n’offre aucune opportunité».

A Rangoun, un jeune homme de 27 ans se dit sceptique quant à la capacité de l’ancien président Win Myint à devenir une figure de ralliement.

«Il sera toujours étroitement surveillé», souligne-t-il. «Je ne m’attends donc pas à ce qu’il puisse changer quoi que ce soit politiquement».

Par Le360 (avec AFP)
Le 18/04/2026 à 08h06