Attaques de l’Iran contre les pays du Golfe: l’Algérie ne condamne pas le régime des Mollahs

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et l'ancien président iranien Ebrahim Raïssi.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et l'ancien président iranien Ebrahim Raïssi.

L’offensive américano-israélienne contre l’Iran, ayant coûté la vie au guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, plonge le régime algérien dans un profond embarras. Suite à l’effondrement successif de ses alliés en Syrie, au Liban (Hezbollah) et au Venezuela, l’Algérie se retrouve désormais orpheline du régime des Mollahs. Bien qu’Alger ait publié deux communiqués officiels samedi soir, elle s’est abstenue de condamner, même du bout des lèvres, les agressions militaires de son partenaire iranien contre plusieurs pays arabes qu’elle considère pourtant comme des nations «frères».

Le 01/03/2026 à 12h24

La réaction algérienne à l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, samedi matin, était très attendue. Et pour cause, c’est son meilleur allié au Moyen-Orient, le régime des Mollahs iraniens, en place depuis 1979, qui subit un coup très dur, suite à des frappes d’envergue et à la mort de son guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei. Ce dernier a remplacé l’Ayatollah Khomeiny à ce poste politico-religieux en 1989.

Dans un communiqué officiel, publié samedi soir par son ministère des Affaires étrangères, le régime d’Alger a encore puisé dans un langage diplomatique incohérent pour dissimuler son désarroi.

Dans une réaction officielle diffusée tardivement samedi, après 20h, le régime d’Alger a affirmé avoir espéré que les pourparlers américano-iraniens tenus ces derniers jours au sultanat d’Oman débouchent sur une conclusion «pacifique». Dans son communiqué, le ministère des Affaires étrangères précise qu’il est «profondément regrettable» que l’échec de ce dialogue ait mené à une «escalade militaire aux conséquences imprévisibles».

Après avoir exprimé ses profonds regrets, le régime d’Alger se dit aussi profondément préoccupé quant à la suite des événements, et dit craindre un regain d’«instabilité et d’insécurité» dans toute la région du Golfe.

À aucun moment, le communiqué du MAE algérien n’exprime sa solidarité avec les pays arabes qui ont subi des tirs de missiles iraniens samedi. Si l’on peut comprendre qu’Alger ne peut apporter son soutien à son ennemi juré, les Émirats arabes unis, son manque de solidarité avec le Qatar, l’Arabie Saoudite et le Koweït, que le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, vient de qualifier de très grands amis, laisse entendre qu’il soutient l’action miliaire de l’Iran à leur encontre.

Pourtant, quand Israël a attaqué, en septembre 2025, la capitale qatarie, Doha, où il ciblait des dirigeants du Hamas palestinien, Alger a vivement et rapidement condamné cette attaque. Mais quand c’est l’Iran qui attaque Doha, c’est un silence total qui équivaut à un soutien à Téhéran. En juin 2025, lorsque l’Iran a ciblé la base américaine d’El-Udeid au Qatar, le MAE algérien a réagi par un communiqué dans lequel il demandait aux deux parties de faire preuve de «retenue et de sagesse», ce qui peut également être interprété comme un soutien déguisé à l’agresseur iranien.

Autre signe de soutien à l’Iran: ce samedi soir, un premier communiqué publié par le MAE algérien, via le secrétaire d’Etat chargé des Algériens de l’extérieur, a annoncé la création d’une cellule de crise en vue de «suivre la situation des citoyens algériens suite à la dangereuse escalade militaire au Moyen-Orient et ses conséquences».

Selon ce communiqué, cette cellule de crise a été instaurée au siège du MAE et dotée d’un numéro vert «sur instructions des hautes autorités du pays».

Il est donc clair qu’à travers ces réactions officielles, à la fois tardives et a minima, le régime algérien s’est volontairement abstenu de condamner les frappes iraniennes contre les pays du Golfe auxquels il n’a témoigné aucun élan de solidarité, contrairement à de nombreux autres pays arabes. Ce qui atteste de liens très solides entre le régime d’Alger et celui des Mollahs. Des liens beaucoup plus importants qu’on ne le croit et que le Royaume du Maroc n’a cessé d’indexer.

Cette solide alliance s’est d’ailleurs reflétée dans les titres de la presse algérienne. Quasiment à l’unisson, ces médias ont qualifié les frappes contre l’Iran d’«agression américano-israélienne» (El-Watan et Awrass), voire d’agression «américano-sioniste», comme le rapporte le site de la radio publique algérienne.

Cette posture à l’égard de l’Iran ne saurait cacher le désarroi du régime qui perd l’un de ses derniers alliés dans le monde. En apprenant la mort du guide suprême, les chibanis à la tête du pouvoir algérien ont dû ressentir une angoisse terrifiante. Quand les alliés intimes d’un régime tombent les uns après les autres comme un château de carte, sa survie devient incertaine.

Par Mohammed Ould Boah
Le 01/03/2026 à 12h24