Transition numérique: la Banque mondiale pointe des potentiels inexploités

La Banque mondiale, à Washington.

Revue de presseSelon un récent rapport de la Banque mondiale, moins d’une entreprise marocaine sur cinq intègre intensivement les technologies de l’information. Cette numérisation incomplète prive les entreprises du secteur privé de gains majeurs en productivité, malgré le constat fait de leurs retombées économiques et salariales avérées pour les structures les plus numérisées. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 20/09/2026 à 19h37

Le dernier rapport de la Banque mondiale, publié dans son édition de l’été 2026 et consacré à l’impact de la transformation numérique au Maroc, met en lumière un paradoxe persistant au sein du tissu productif national. Diffusée sous ce titre, «Consolider la croissance: la transformation numérique comme moteur de productivité», cette étude s’attarde sur un frein majeur au développement économique du pays, qualifié de «numérisation incomplète».

Pour poser un diagnostic précis, l’institution financière s’est appuyée sur l’enquête FAT, menée auprès de 1 256 entreprises formelles employant cinq salariés ou plus dans les secteurs manufacturier et tertiaire. Ce travail, qui a passé au crible l’utilisation de plus de 300 technologies réparties dans plus de 60 fonctions commerciales, établit un panorama contrasté des réalités numériques des entreprises marocaines. Il est certes indéniable que des progrès ont été accomplis dans l’appropriation des outils digitaux, toutefois, les conclusions de l’enquête montrent que moins d’une entreprise sur cinq intègre de manière intensive et globale les technologies avancées, qu’il s’agisse de logiciels d’entreprise, de plateformes de gestion de la relation client ou de solutions de commerce électronique, lit-on dans Challenge.

Ces lenteurs se traduisent par des manques à gagner considérables pour l’économie marocaine. Pourtant, les chiffres sont éloquents: les structures qui investissent intensivement dans des outils numériques s’octroient d’incomparables leviers de performance, et affichent donc une productivité accrue, évaluable jusqu’à +70%, alors que la hausse de leur création d’emplois est de 10% plus rapide que des entreprises n’ayant pas consenti à cet investissement. Ces structures rémunèrent par ailleurs leurs collaborateurs à des salaires supérieurs à leurs concurrentes qui ne disposent pas d’outils numériques (+27% en moyenne).

Au cours de la présentation de cette étude, Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, a souligné que combler ce fossé numérique pour aligner le Maroc sur les standards de pays comparables permettrait d’accroître la productivité de ces activités de 10 à 15%. Une analyse affinée des données a permis de révéler un autre enseignement marquant: le fossé avec les pratiques technologiques internationales est particulièrement creusé auprès d’entreprises affichant les niveaux de sophistication les plus élevés. En d’autres termes, les structures marocaines les plus avancées technologiquement accusent un retard proportionnellement plus marqué que des structures plus modestes. Il s’agit d’une dynamique qui plombe la trajectoire de croissance du secteur privé du Maroc.

Ce descriptif est à nuancer avec les disparités sectorielles. Ainsi, l’industrie automobile, le secteur de l’hébergement, l’habillement et certains services se distinguent par des indices de sophistication technologique supérieurs à la moyenne nationale. À l’inverse, des filières ancrées de longue date dans différentes branches d’activité des secteurs secondaire et tertiaire du pays, comme le fer et l’acier, la transformation agroalimentaire, la maroquinerie, ainsi que le commerce des grossistes et celui des détaillants, peinent à suivre ce rythme, et se placent en dessous des performances moyennes du Maroc.

Cette étude démontre également que l’exportation demeure un puissant accélérateur de modernisation. Les entreprises tournées vers le commerce extérieur sont nettement plus enclines à adopter des technologies de pointe pour répondre aux exigences qualifiées de draconiennes des marchés mondiaux, en ce qui concerne les normes et process requis par les commanditaires. De même, la proximité avec des multinationales permet certains transferts de compétences, la diffusion des savoirs et l’intégration de pratiques managériales innovantes.

Toutefois, être le détenteur d’outils numériques n’est pas un gage de succès pour une entreprise, tempère Challenge, qui relaie le fait que ce rapport insiste sur un écueil persistant: même lorsqu’elles sont adoptées, ces technologies sont rarement exploitées dans des process opérationnels basiques. Or, l’optimisation des performances ne découle pas seulement de l’acquisition d’équipements récents, mais de leur immersion profonde dans le modèle d’affaires, permettant à elle seule un bond de productivité de plus de 30%, affirme Challenge.

Actuellement, les indicateurs disponibles restent timides: seulement 31% des établissements recourent à des logiciels spécialisés, et à peine 8% s’appuient sur des systèmes de planification des ressources intégrés, les ERP. Cette situation pose la question des freins à l’investissement technologique. Interrogés sur les obstacles qui ralentissent leur mise à niveau, la grande majorité des chefs d’entreprise incriminent en premier lieu la disponibilité en fonds propres. Alors que cette contrainte pèse sur l’ensemble des écosystèmes, elle vient frapper de plein fouet des entreprises de taille somme toute très moyenne, le manque d’accès à des financements, qui, lui, invalide les petites structures, paraît moins difficile à supporter pour les entreprises dont les capitaux sont plus importants.

Par La Rédaction
Le 20/09/2026 à 19h37