Système financier: le Maroc affiche des fondamentaux solides

Un visuel représentant Bank Al-Maghrib, l'Autorité marocaine du marché des capitaux, l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale ainsi que le ministère de l'Économie et des Finances.

Le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques dresse un constat rassurant sur la solidité du système financier marocain. Réuni le 7 juillet à Bank Al-Maghrib, il constate une croissance économique soutenue en 2025, des banques et des assureurs en nette dynamique, ainsi qu’une résilience confirmée face aux risques, malgré des défis persistants liés aux retraites et au contexte international.

Le 08/07/2026 à 12h37

Le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS) a tenu sa vingt-troisième réunion le mardi 7 juillet 2026 au siège de Bank Al-Maghrib à Rabat. Présidée par le wali de la banque centrale, cette instance a également réuni les représentants de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) ainsi que ceux du ministère de l’Économie et des Finances.

Lors de cette session, le Comité a examiné et approuvé la treizième édition du Rapport sur la stabilité financière au titre de l’exercice 2025. Il a également fait le point sur l’état d’avancement de la feuille de route 2026-2030 en matière de stabilité financière, passé en revue la cartographie des risques systémiques et étudié les conclusions des travaux menés par le sous-comité mensuel.

Le Comité a ainsi constaté que le système financier marocain continue d’afficher une résilience notable, appuyée sur des fondamentaux solides et des marges prudentielles jugées globalement confortables.

Sur le plan macroéconomique, le Comité relève que la croissance a connu une amélioration notable, favorisée par de bonnes conditions climatiques et le dynamisme de plusieurs activités non agricoles. Elle est ainsi passée de 4,4% en 2024 à 4,9% en 2025. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, elle devrait s’accélérer à 5,2% en 2026, avant de ralentir à 3,1% en 2027, sous l’hypothèse d’une campagne céréalière moyenne.

Concernant l’inflation, celle-ci est restée contenue à 0,8% en 2025, après 0,9% l’année précédente. Elle devrait s’établir à 1,5% en 2026, puis à 2,1% en 2027.

Pour les comptes extérieurs, le déficit du compte courant s’est situé à 2,4% du PIB en 2025. Il devrait se creuser à 4% en 2026, avant de s’atténuer à 3,8% en 2027. En tenant compte des opérations du compte financier, les avoirs officiels de réserve devraient continuer à se renforcer pour couvrir, à l’horizon 2027, l’équivalent de 6 mois et 9 jours d’importations de biens et services.

En ce qui concerne les finances publiques, le Comité note la poursuite de la consolidation budgétaire. Ainsi, hors produit de cession des participations de l’État, le déficit s’est atténué à 3,5% du PIB en 2025 et devrait s’établir à 3,4% en 2026 et en 2027. De ce fait, le ratio de la dette du Trésor devrait poursuivre sa baisse graduelle à moyen terme, pour se situer à 65,1% du PIB en 2027.

Concernant le crédit bancaire, les prêts destinés au secteur non financier ont progressé de 6,5% en 2025, portés par la bonne dynamique des activités non agricoles et l’assouplissement des conditions monétaires. Le taux des créances en souffrance a, pour sa part, légèrement reculé à 8,3% à fin 2025, contre 8,4% un an plus tôt, avec un taux de couverture par les provisions resté autour de 68%.

Banques: solidité renforcée

Dans ce contexte, le secteur bancaire a poursuivi, pour la troisième année de suite, la consolidation de ses résultats financiers. À fin décembre dernier, le résultat net agrégé sur base sociale s’est établi à 19,2 milliards de dirhams (MMDH), en progression de 22,2% par rapport à 2024, sous l’effet de la hausse du produit net bancaire et de la baisse du coût du risque.

Cette performance renforce la solidité des établissements de crédit. En effet, le ratio moyen de solvabilité ressort à 16,1% et celui des fonds propres de catégorie 1 à 13,5%, des niveaux largement supérieurs aux exigences réglementaires. Les exercices de stress tests continuent par ailleurs de confirmer la résilience des principales banques marocaines face à des scénarios de chocs macroéconomiques sévères, tandis que le ratio de liquidité à court terme reste supérieur au minimum réglementaire.

Pour ce qui est des infrastructures des marchés financiers, CCSRS note que les résultats du suivi et des évaluations effectuées confirment leur forte résilience, tant sur le plan financier qu’opérationnel, avec un niveau de risque toujours jugé faible pour la stabilité financière.

De même, le secteur des assurances a poursuivi sa dynamique dans un contexte économique globalement favorable. Au terme de l’année 2025, le chiffre d’affaires du secteur a atteint 63,2 MMDH, en accroissement de 7,5%, porté à la fois par la branche vie (+8,4%) et la branche non-vie (+6,6%). La branche vie a confirmé le regain de dynamisme amorcé l’année précédente, soutenue par la bonne tenue de l’activité épargne, dont la collecte a progressé de 8,9%.

Sur le volet de la rentabilité, le secteur a dégagé un résultat net de 5,3 MMDH, en hausse de 21,4%, soutenu principalement par la bonne performance du résultat financier. Cette évolution a permis au rendement des fonds propres (ROE) d’atteindre 11,1%, son niveau le plus élevé sur les dix dernières années.

Du fait de la bonne tenue du marché financier, les plus-values latentes se sont fortement renforcées, atteignant 62,5 MMDH. Le ratio des plus-values latentes sur les placements s’est ainsi établi à 23,8%, un niveau également historique, porté par la progression des valorisations boursières dans un contexte marqué par deux années consécutives de forte hausse de l’indice MASI.

L’amélioration des plus-values latentes et de la rentabilité a permis de renforcer les éléments constitutifs de la marge de solvabilité du secteur, dont le ratio réglementaire a progressé de 54,7 points pour atteindre 409,4%. Les exercices de stress tests font par ailleurs ressortir une résilience globale des compagnies d’assurances face à des conditions macroéconomiques et techniques défavorables.

S’agissant du secteur de la retraite, souligne le Comité, l’application de la deuxième et dernière tranche des augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024 a permis d’améliorer certains indicateurs financiers des régimes du secteur public. Ces derniers continuent néanmoins d’enregistrer des déséquilibres structurels, sans amélioration significative de leur viabilité à long terme. Il rappelle à ce titre que la réforme systémique du secteur, fondée sur la mise en place de deux pôles public et privé, demeure indispensable pour instaurer une tarification équilibrée, résorber les engagements non couverts et assurer la soutenabilité financière des régimes à long terme.

Le marché boursier en consolidation

Après la forte croissance enregistrée en 2025, le marché boursier a évolué dans un contexte de consolidation au cours du premier semestre 2026, relève le CCSRS. Ainsi, au 30 juin 2026, l’indice MASI s’est établi à 18.217,27 points, en recul de 3,34% sur le semestre, tandis que la capitalisation boursière est restée quasi stable, à 1.043 MMDH, contre 1.040,69 MMDH à fin 2025.

Le niveau moyen de volatilité s’est accru, passant de 14,63% en 2025 à 21,5% au premier semestre 2026, tandis que le ratio de liquidité s’est établi à 12,25% à fin mai 2026, contre 14,23% à fin décembre 2025.

Sur le marché obligataire, l’activité est demeurée soutenue durant les cinq premiers mois de 2026. Les émissions de bons du Trésor se sont élevées à 58,18 MMDH à fin mai 2026, un niveau comparable à celui de l’année précédente (57,5 MMDH à fin mai 2025). Au niveau du marché de la dette privée, les émissions ont atteint 41 MMDH, dont 32,7 MMDH de titres de créances négociables et 8,3 MMDH d’obligations.

De même, l’industrie de la gestion collective poursuit son développement. Au 19 juin 2026, l’actif net global des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières s’est établi à 832,85 MMDH, en progression annuelle de 6,1%. Les souscriptions nettes ont atteint 51,7 MMDH, principalement orientées vers les OPCVM obligataires à court terme (51%), les OPCVM monétaires (33%) et les OPCVM diversifiés (19%). À l’inverse, les OPCVM obligataires à moyen et long terme ont enregistré des rachats nets (-11%).

Les autres catégories d’organismes de placement collectif poursuivent également leur dynamique. En effet, les actifs nets des OPCI (Organismes de placement collectif immobilier) s’établissent à 140,71 MMDH à fin mars 2026, tandis que les encours des OPCC (Organismes de placement collectif en capital) et des FPCT (Fonds de placement collectifs en titrisation) atteignent respectivement 6,09 MMDH et 32,32 MMDH.

Concernant la base des investisseurs, le nombre de comptes-titres a atteint 434.515 au 31 mars 2026, en hausse de 8,3% par rapport à fin décembre 2025, tandis que le nombre de porteurs de parts d’OPCVM s’est établi à 34.326 au 19 juin 2026, dont 74% de personnes physiques résidentes.

Convention d’échange de données

Le Comité a par ailleurs pris note des avancées enregistrées dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Tout en saluant les progrès accomplis, il a souligné la nécessité de poursuivre les efforts afin de consolider les acquis, de maintenir un niveau élevé de conformité vis-à-vis des standards internationaux et de préparer le prochain cycle des évaluations mutuelles du Groupe d’action financière du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (GAFIMOAN).

En outre, en marge de cette réunion, Bank Al-Maghrib, l’AMMC et l’ACAPS ont procédé à la signature d’une nouvelle convention d’échange de données, actualisant celle établie entre les trois autorités en 2014. Ce texte renforce les modalités de partage des informations nécessaires à l’exercice de leurs missions respectives de préservation de la stabilité financière.

Par Lahcen Oudoud
Le 08/07/2026 à 12h37