SMIG à 5.000 dirhams: le pari risqué d’une revalorisation

Le Smig a augmenté de 17,92 dirhams par heure ouvrée, soit une augmentation de 5%, au 1er janvier 2026.

Revue de presseAlors que la proposition de revaloriser le salaire minimum à 5.000 dirhams s’impose dans le débat public à l’approche des législatives, des économistes appellent à dépasser l’effet d’annonce. Entre risque inflationniste, pression sur les marges des entreprises et poids de l’informel, la viabilité d’une telle mesure dépend avant tout de gains de productivité et de réformes structurelles profondes. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 17/09/2026 à 18h29

À l’approche des échéances législatives du 23 septembre 2026, la proposition de porter le salaire minimum légal à 5.000 dirhams, contre 3.422,72 dirhams actuellement, s’invite avec force dans le débat public. Portée par un contexte d’érosion du pouvoir d’inflation et de vie chère, cette revalorisation de près de 46% répond à une aspiration sociale difficilement contestable. Toutefois, l’analyse économique de cette mesure met en lumière un défi structurel complexe, car une telle hausse modifie en profondeur la structure des coûts des entreprises et interroge la capacité de l’appareil productif à financer durablement une telle progression sans menacer la stabilité des prix, l’emploi et l’investissement, écrit le quotidien Les Inspirations Éco.

Interrogé sur le sujet par le quotidien, Omar Kettani, professeur d’économie à l’Université Mohammed V, rappelle que la légitimité d’une telle revalorisation se heurte à la réalité de la productivité. Une augmentation mécanique du coût du travail, si elle n’est pas compensée par des gains de productivité, contraint les entreprises à absorber le choc dans leurs marges, à répercuter la hausse sur les prix finaux, à freiner leurs recrutements ou à reporter leurs investissements. Le risque majeur réside dans un décalage où les revenus progressent plus rapidement que la production réelle, ce qui aurait pour effet pervers d’alimenter l’inflation et de neutraliser partiellement le gain de pouvoir d’achat escompté pour les ménages.

Pour que des rémunérations plus élevées soient supportables par l’économie, chaque salarié doit être en mesure de créer davantage de valeur, ce qui suppose des réformes profondes en matière de formation, d’éducation, de réduction des déperditions scolaires et d’efficacité des services publics. Dans cette perspective, Omar Kettani insiste sur l’impératif de réorganiser l’administration publique, en corrigeant les disparités de répartition des effectifs et en maîtrisant les dépenses de fonctionnement non productives, ouvrant ainsi la voie à une rigueur budgétaire nécessaire pour soutenir la création de valeur.

Mohamed Harakat, professeur d’économie politique internationale et de gouvernance globale à la même université également cité par Les Inspirations Éco, souligne la nécessité absolue de faire précéder une telle décision par une étude d’impact rigoureuse et sectorielle. Les répercussions d’un SMIG à 5.000 dirhams ne seront pas uniformes, les entreprises à forte intensité de main-d’œuvre subissant un choc bien plus direct que celles rémunérant déjà au-dessus de ce seuil. De surcroît, dans un contexte de concurrence internationale, une hausse rapide et non compensée des coûts salariaux risque d’altérer l’attractivité du Maroc face à d’autres plateformes de production, rappelant que la compétitivité ne peut s’affranchir d’une montée en gamme et en compétences.

La structure duale de l’économie marocaine complexifie encore un peu plus l’équation, dans la mesure où le secteur formel, soumis aux contrôles et aux cotisations, porterait l’essentiel de l’effort, risquant ainsi d’élargir l’écart de compétitivité avec le secteur informel. Dès lors, la viabilité d’un tel relèvement est conditionnée par la capacité de l’État à intégrer une part plus large de l’économie informelle dans le giron réglementaire et fiscal.

De l’avis d’experts, l’objectif d’un salaire minimum à 5.000 dirhams n’est pas inatteignable, mais qu’il ne peut être déconnecté des réalités macroéconomiques du pays. Sa viabilité dépend étroitement d’une stratégie globale articulant gains de productivité, réformes de l’éducation et de la dépense publique, réduction de l’informel et progressivité de la mise en œuvre, afin de bâtir un modèle de croissance capable de financer durablement le progrès social.

Par La Rédaction
Le 17/09/2026 à 18h29