Saïdia: un joyau de l’Oriental piégé par la saisonnalité

La ville dde Saïdia.. DR

Revue de presseVéritable moteur économique de l’Oriental, aux côtés de projets structurants majeurs, la station balnéaire de Saïdia peine à exprimer son plein potentiel. Modèle économique centré sur le all-inclusive, enclavement aérien et fermeture des frontières régionales : malgré des investissements colossaux, l’hyper-saisonnalité estivale continue de fragiliser la rentabilité de ce fleuron du Plan Azur. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 06/09/2026 à 19h00

Située au cœur de la stratégie touristique de l’Oriental, la station balnéaire de Saïdia s’affirme comme une véritable locomotive économique pour toute la région. «Pourtant, derrière la vitrine de ses infrastructures modernes, le joyau balnéaire fait face à un défi structurel persistant qui entrave son essor : une saisonnalité marquée qui fragilise la rentabilité des investissements et perturbe la continuité de l’activité économique localement», indique le magazine Finances News Hebdo.

Au cours des dernières années, l’émergence de Saïdia s’est inscrite dans un effort global de restructuration de l’économie régionale. La destination a progressé de concert avec d’autres chantiers majeurs, tels que la technopole d’Oujda, l’Agropole de Berkane ou encore le parc industriel de Selouane. Cet ensemble de projets d’envergure a permis d’accroître l’attractivité territoriale de l’Oriental, un dynamisme qui devrait d’ailleurs s’intensifier et se consolider avec la concrétisation et la mise en service du complexe portuaire Nador West Med.

Cependant, le secteur touristique local continue d’évoluer sous le poids de contraintes géographiques et géopolitiques majeures. L’éloignement par rapport aux grands bassins émetteurs européens limite le flux de visiteurs, tandis que la fermeture prolongée de la frontière algérienne prive mécaniquement la station d’un marché touristique régional et naturel à fort potentiel.

Sur le terrain, la concentration de l’activité sur quelques semaines d’été constitue le principal frein à un développement pérenne. Ce constat, partagé par l’ensemble des acteurs professionnels, appelle à une refonte progressive du modèle pour amortir les chocs économiques de l’arrière-saison. Comme le souligne Youssef Zaki, président du Conseil régional du tourisme de l’Oriental, Saïdia conserve son rôle de moteur économique, mais l’urgence réside désormais dans l’atténuation de l’impact de cette saisonnalité. «L’objectif prioritaire est d’étendre la période d’exploitation afin d’offrir aux professionnels une continuité d’activité indispensable à leur stabilité», écrit Finances News.

Imaginée comme l’un des piliers emblématiques du Plan Azur, la station de Saïdia est certes pleinement opérationnelle aujourd’hui, mais ses rendements financiers et opérationnels demeurent bien en deçà des attentes initiales. L’État a mobilisé près de 15 milliards de dirhams d’investissements publics dans le cadre de cette vision balnéaire, sans pour autant enregistrer un retour sur investissement à la hauteur des sommes engagées. Au fil du temps, le projet a connu plusieurs gouvernances successives, passant des mains du groupe espagnol Fadesa à celles du promoteur national Addoha, avant que la Caisse de Dépôt et de Gestion n’intervienne à travers la Société de développement de Saïdia. Cette dernière a injecté 300 millions de dirhams pour relancer le site, accompagnés de 600 millions de dirhams consacrés aux infrastructures périphériques.

Malgré cet effort financier massif, les retombées économiques effectives demeurent modérées. L’économiste et opérateur touristique Said Tahiri dresse un bilan lucide de la situation en rappelant que Saïdia est la seule station du Plan Azur à avoir véritablement vu le jour, comptant actuellement 6 000 lits sur les 16 000 prévus à l’origine. «Si le site bénéficie d’équipements de haut niveau, incluant un parc aquatique, une marina, deux parcours de golf, des établissements hôteliers de standing et des résidences touristiques, sa capacité d’attraction reste sous-exploitée tout au long de l’année», souligne Finances News.

La pérennité de ce modèle économique et structurel soulève désormais de vives interrogations. Les analyses concordent sur trois dysfonctionnements majeurs qui bloquent la montée en puissance de la station. En premier lieu, la prédominance de la formule tout inclus adoptée par les grands établissements hôteliers crée un déficit sur le plan de la création de valeur locale. En captant les dépenses des visiteurs à l’intérieur des structures hôtelières au profit d’opérateurs internationaux, ce système empêche l’émergence d’un tourisme à plus forte valeur ajoutée et prive le tissu commercial local de retombées directes.

En second lieu, l’accessibilité de la région demeure un point faible déterminant. La desserte aérienne via l’aéroport d’Oujda-Angad s’avère insuffisante pour capter les marchés européens haut de gamme. En l’absence de liaisons directes et régulières avec de grandes métropoles telles que Paris, Bruxelles, Amsterdam ou Madrid, et en pâtissant des séquelles d’une stratégie de communication initiale manquée, la station tend à devenir une destination de repli pour les ressortissants marocains résidant à l’étranger plutôt qu’une destination de premier choix pour les visiteurs internationaux à fort pouvoir d’achat.

L’hyper-saisonnalité représente le troisième obstacle majeur. Durant la période estivale, comprise entre juin et septembre, les établissements enregistrent des taux d’occupation avoisinant les 80 %, avant de basculer dans une léthargie quasi totale le reste de l’année. En dépit des initiatives engagées par la Société de développement de Saïdia, cette alternance entre saturation estivale et vacance hivernale s’avère économiquement précaire pour les investisseurs privés et fragilise l’écosystème local sur le long terme. Pour l’avenir de la station balnéaire, l’enjeu réside ainsi dans la capacité des décideurs à trouver un équilibre durable en renforçant les liaisons aériennes, en diversifiant l’offre de loisirs et en étendant l’activité au-delà du seul calendrier estival.

Par La Rédaction
Le 06/09/2026 à 19h00