Rachat de BMCI: la fin de l’ère des filiales bancaires françaises

Le siège de la BMCI, à Casablanca.

Revue de pressePour la première fois depuis vingt ans, un même groupe pourrait détenir deux banques cotées au Maroc. Le rachat de 67% de la Banque marocaine pour le commerce et l’industrie (BMCI) par Holmarcom marque la fin de l’ère des filiales bancaires françaises dans le pays et ouvre la voie à une consolidation majeure avec le Crédit du Maroc. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 07/05/2026 à 18h36

L’officialisation de l’acquisition de la BMCI, détenue jusqu’ici par BNP Paribas, place Holmarcom au cœur d’une opération stratégique. Si les autorisations réglementaires sont obtenues d’ici au quatrième trimestre 2026, le groupe fusionnera la BMCI avec le Crédit du Maroc, qu’il contrôle depuis 2022. Cette consolidation donnerait naissance à un acteur bancaire de premier plan, cumulant 552 agences sur les 5.701 que compte le secteur au Maroc. Avec un bénéfice combiné de 1,25 milliard de dirhams en 2024, le nouvel ensemble se hisserait au cinquième rang national, derrière les géants Attijariwafa bank, BCP, Bank of Africa et Saham Bank, indique le magazine hebdomadaire Challenge.

Pourtant, cette fusion soulève des questions sur la coexistence de deux réseaux distincts, dotés de systèmes informatiques et de directions séparés. Citée par Challenge, une source proche du marché chez Saham Bank souligne que «la question de la fusion est une évidence. Il faut rappeler que dans le dossier AtlantaSanad, la holding Holmarcom avait racheté séparément et a fait la fusion par la suite». Le groupe, dirigé par la famille Bensalah, a déjà démontré sa capacité à absorber des entités pour en renforcer la robustesse. Il restera à déterminer si Holmarcom pilotera directement l’opération ou si le Crédit du Maroc mènera l’absorption.

Sur le plan réglementaire, la fusion s’annonce complexe. Abdelatif Laamrani, avocat d’affaires, rappelle pour Challenge que «les conseils d’administration des banques participantes rédigent un projet de fusion détaillé, communiqué aux commissaires aux comptes au moins 45 jours avant l’assemblée générale. Ce projet est déposé au greffe du tribunal de commerce et publié au Bulletin officiel et dans un journal d’annonces légales au moins 30 jours avant l’assemblée, pour permettre l’opposition des créanciers». Bank Al-Maghrib dispose ensuite de 120 jours pour accorder son agrément, après consultation du Comité des établissements de crédit. Le Conseil de la concurrence et l’Autorité de contrôle des assurances (ACAPS) pourraient également intervenir, notamment si des activités assurantielles sont concernées.

La qualification prudentielle de la nouvelle entité sera un enjeu clé. Bank Al-Maghrib pourrait la désigner comme «banque d’importance systémique nationale» (O-SII), un statut réservé aux institutions dont les actifs dépassent 5 à 10% du secteur ou du PIB, ou dont l’interconnexion et la complexité des activités justifient des exigences renforcées en fonds propres. «Seul BAM a le dernier mot sur cette qualification», précise une source chez Saham Bank. Une telle classification alourdirait les contraintes réglementaires, mais renforcerait la résilience du groupe fusionné.

Cette opération dépasse le cadre d’une simple transaction capitalistique. «Elle constitue un signal fort sur la maturité du secteur financier marocain et sur sa capacité à reprendre, consolider et développer des actifs historiquement détenus par de grands groupes européens», explique une source proche du dossier, également citée par Challenge. «Pendant longtemps, la présence des banques françaises au Maroc traduisait une logique de transfert de savoir-faire. Aujourd’hui, les groupes marocains disposent des compétences, des fonds propres et de la gouvernance nécessaires pour reprendre ces institutions en mode plug and play».

La cession de la BMCI par BNP Paribas marque ainsi la fin d’un cycle. «Le Maroc n’aborde plus la banque comme il y a 10 ans», observe une source chez Saham Bank, qui ajoute que «le modèle français n’est plus la référence. On est plus ouvert à d’autres innovations, comme celles des marchés suédois, américains ou qataris». Pourtant, malgré cette diversification des influences, le secteur bancaire marocain reste largement francophone dans ses pratiques. Les défis humains et culturels de la fusion seront déterminants. La BMCI, imprégnée de l’ADN de BNP Paribas, devra s’intégrer à un Crédit du Maroc encore en phase d’assimilation au sein de Holmarcom.

Par La Rédaction
Le 07/05/2026 à 18h36