Alors que les élections législatives marocaines se profilent pour le mois de septembre prochain, le spectre de l’abstention préoccupe fortement le ministère de l’Intérieur. Celui-ci a multiplié, ces deux derniers jours, les rencontres avec les représentants des partis politiques afin d’encourager les citoyens à se rendre aux urnes. «Une inquiétude partagée par les formations politiques, qui n’ont pas caché, dans leurs mémorandums électoraux ou à travers les déclarations de leurs dirigeants, leurs craintes de voir le prochain scrutin enregistrer des taux de participation «catastrophiques, en s’appuyant sur plusieurs indicateurs», relève le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du vendredi 8 mai.
Les législatives à venir pourraient effectivement afficher des taux d’abstention alarmants. Le principal défi, pour les partis comme pour les autorités chargées de superviser le processus électoral, réside dans la mobilisation des électeurs. Une préoccupation qui a poussé le ministère de l’Intérieur à exhorter les formations politiques à inciter activement les citoyens à voter. «Certains partis estiment que la solution passe par la présentation de candidats compétents et intègres, seul moyen, selon eux, de redonner confiance aux électeurs et de les motiver à participer», souligne Al Ahdath Al Maghribia.
D’autres voix suggèrent que la modification des règles de vote pourrait stimuler l’engouement citoyen. Plusieurs formations politiques plaident ainsi pour la numérisation du processus électoral, depuis l’inscription sur les listes électorales jusqu’au vote électronique. Dans cette optique, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a proposé, dans son mémorandum sur le système électoral, de maintenir le mercredi comme jour de scrutin, ou d’en choisir un autre en semaine, à l’exception du vendredi et du week-end, tout en instaurant une autorisation d’absence pour les fonctionnaires, les salariés et les étudiants, sous réserve de justification. Le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs intégré cette demande dans l’élaboration du cadre législatif électoral.
Le PPS a également appelé au lancement de vastes campagnes de sensibilisation, avec une forte implication des médias, notamment publics, et des réseaux sociaux, afin de souligner l’importance du vote en tant que droit personnel et devoir national. La même formation a relancé l’idée d’étudier la faisabilité d’un vote obligatoire, bien que cette proposition reste sujette à débat.
Si la numérisation complète des élections semble encore lointaine au Maroc, cela n’a pas empêché certains partis d’en faire une revendication centrale. Plusieurs formations ont ainsi demandé, dans leurs mémorandums adressés au ministère de l’Intérieur, d’activer la digitalisation dès l’étape de l’inscription sur les listes électorales, voire du vote lui-même. Selon les promoteurs de cette idée, la numérisation permettrait de moraliser le processus électoral tout en élargissant la participation. Pour le PPS, cette modernisation pourrait même inverser la tendance à l’abstention.
D’autres partis ont proposé de renforcer les campagnes électorales numériques, avec un soutien accru de l’État et des formations politiques, ainsi que l’utilisation d’écrans électroniques dans les bureaux de vote pour réduire les erreurs et faciliter le scrutin. Ils plaident également pour la numérisation du dépouillement et de la proclamation des résultats en temps réel, tout en criminalisant l’usage de l’intelligence artificielle pour fausser les résultats.
La digitalisation du processus électoral figure désormais en bonne place parmi les revendications des partis, bien que les modalités de sa mise en œuvre fassent débat. Certains, comme le ministère de l’Intérieur, estiment que les difficultés logistiques rendent difficile l’extension du vote électronique à l’ensemble des électeurs, y compris à la diaspora marocaine.
D’autres, à l’instar de la Fédération de la gauche démocratique, prônent une numérisation totale, incluant l’inscription sur les listes électorales via la carte d’identité nationale et le vote numérique, afin d’élargir la participation, notamment pour les Marocains résidant à l’étranger.




