Pourquoi le Maroc et le Portugal relancent leur projet de câble électrique sous-marin

Des câbles électriques sous-marins à très haute tension.

Revue de presseÉchaudés par le black-out d’avril 2025 qui a révélé la fragilité du réseau électrique de la péninsule ibérique, Lisbonne et Rabat scellent leur rapprochement énergétique. Pour briser l’isolement du Portugal et valoriser le potentiel vert marocain, les deux pays sollicitent le soutien de Bruxelles afin de financer une interconnexion stratégique destinée à faire du royaume le hub incontournable entre l’Europe et l’Afrique. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 27/07/2026 à 19h19

L’électricité ne connaît pas de frontières, mais elle a ses vulnérabilités. La panne géante qui a plongé la péninsule Ibérique dans l’obscurité en avril 2025 n’a pas seulement révélé la fragilité technique d’un réseau vieillissant. Elle a surtout révélé une réalité géographique inconfortable : le Portugal, membre de l’Union européenne depuis 1986, ne tient au reste du continent que par un fil électrique espagnol singulièrement fin. Pour sortir de cet isolement, Lisbonne se tourne désormais vers le sud, indique le magazine hebdomadaire Challenge. Le 20 juillet 2026, la ministre portugaise de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, et son homologue marocaine, Leila Benali, se sont réunies dans la capitale portugaise pour relancer officiellement le projet d’interconnexion électrique sous-marine entre les deux nations. Derrière la poignée de main diplomatique se dessine une véritable redéfinition de la carte énergétique régionale, où le Maroc ne se contente plus d’être un voisin, mais devient un pilier de la sécurité électrique européenne.

La dépendance portugaise est structurelle. La péninsule Ibérique dans son ensemble n’affiche qu’un taux d’interconnexion de 3% avec le reste de l’Europe, bien loin de l’objectif de 15% fixé par Bruxelles pour 2030. Cette insularité énergétique transforme le moindre incident technique en risque systémique. Lors du black-out de 2025, c’est depuis la rive sud de la Méditerranée qu’est venue une partie du secours: le Maroc a injecté jusqu’à 100 MW dans le réseau espagnol pour aider à stabiliser le système. Un geste technique lourd de sens politique, prouvant la capacité du royaume à jouer les stabilisateurs. Déjà relié à l’Espagne par deux câbles sous-marins d’une capacité cumulée de 1 400 MW, le Maroc s’impose comme l’unique pont électrique entre l’Afrique et l’Europe. Mais ce projet d’interconnexion directe avec le Portugal, qui dormait dans les cartons depuis 2016, prend désormais une tournure bien plus stratégique. Comme l’explique Badr Ikken, ancien directeur général de l’IRESEN et CEO du cabinet GI3 cité par Challenge, la relance de cette infrastructure illustre une vision moderne de la souveraineté énergétique. Celle-ci ne réside plus dans l’autarcie, mais dans la diversification des partenaires pour réduire les vulnérabilités. Conçue comme une autoroute bidirectionnelle, cette liaison renforcera la flexibilité des réseaux et facilitera l’intégration des énergies renouvelables de part et d’autre du détroit.

L’enjeu dépasse le simple cadre d’une ligne de secours. Pour Mohamed Taoufik Adyel, expert international en énergie et ancien conseiller ministériel également cité par Challenge, cette infrastructure constitue une étape décisive pour l’intégration du Maroc au marché intérieur européen de l’électricité. Alors qu’une troisième ligne avec l’Espagne tarde à se concrétiser et que des réflexions s’engagent même avec la France, cette nouvelle connexion renforcerait les échanges, optimiserait les investissements de production et consoliderait le rôle du royaume comme hub euro-africain. À terme, le Maroc pourrait faire le lien entre le marché européen et le marché régional de la CEDEAO en pleine consolidation, tout en permettant à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) de participer plus activement aux mécanismes de marché de l’Union européenne.

Pour transformer ce concept en réalité industrielle, Rabat et Lisbonne comptent frapper fort à Bruxelles. Les deux gouvernements sollicitent le statut de Projet important d’intérêt européen commun (IPCEI), tout en visant les subventions du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (CEF). Ce label européen est le sésame indispensable pour sécuriser le montage financier. Évalué entre 650 et 800 millions d’euros lors des premières études il y a dix ans, le coût du projet, qu’il s’agisse d’un câble direct de 220 kilomètres ou d’un tracé hybride, devra être réévalué à la hausse en raison de l’inflation et du prix des matières premières. Face à la rareté des deniers publics, les deux États cherchent à séduire les investisseurs privés, notamment les gestionnaires de réseaux et les grands groupes énergétiques. L’équation financière reste complexe: les infrastructures de ce type s’amortissent sur plus de vingt ans et dépendent des fluctuations des prix de marché. La garantie de Bruxelles est donc cruciale pour rassurer les bailleurs de fonds, lit-on dans Challenge. Du côté marocain, la fenêtre d’opportunité est idéale. Le royaume a déployé d’immenses capacités solaires et éoliennes qu’il entend valoriser à l’export vers une Europe assoiffée d’énergie décarbonée. L’enjeu sera de concilier la hausse constante de sa consommation intérieure avec ses ambitions d’exportateur bas carbone. Comme le soulignent les experts, cette ligne ne doit pas rester un simple corridor de transit, mais devenir un véritable levier d’industrialisation, d’innovation et de co-développement. En poussant simultanément vers le nord et vers l’Afrique de l’Ouest via la Mauritanie, le Maroc confirme sa volonté de s’imposer comme le carrefour énergétique incontournable entre les deux continents.

Par La Rédaction
Le 27/07/2026 à 19h19