Marche du riz: malgré un taux de couverture de 75%, la FNIR tire la sonnette d’alarme contre les importations déloyales

Le Maroc ouvre une enquête préventive sur les importations de riz.

Confrontée à une concurrence jugée déloyale, la filière rizicole marocaine tire la sonnette d’alarme. Les importations, dopées par des subventions étrangères, inondent un marché que la production nationale couvre pourtant aux trois quarts. L’État a ouvert une enquête préventive pour rétablir des conditions de concurrence équilibrées.

Le 11/05/2026 à 09h30

Le Maroc a notifié, le 13 avril 2026, à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) l’ouverture d’une enquête préventive sur les importations de riz blanc et de riz brun, à la suite d’une demande formulée par des entreprises locales représentant une part significative de la production nationale. Pour la Fédération nationale interprofessionnelle du riz (FNIR), ces flux importés exercent un «impact négatif sur l’économie» en provoquant des sorties de devises jugées inutiles, alors que la production locale couvre environ 75% de la demande nationale.

Les autorités ont accordé un délai de trente jours aux importateurs, exportateurs et autres parties prenantes afin de se faire connaître et de transmettre leurs observations. Des auditions sont également prévues. Derrière cette procédure classique de défense commerciale se dessine toutefois une fracture plus profonde entre les capacités de production nationales et les dynamiques qui structurent aujourd’hui le commerce international du riz.

Les déséquilibres observés s’inscrivent dans une tendance durable, que les chiffres traduisent nettement. Les volumes de riz importés au Maroc sont passés de 19.000 tonnes durant les huit premiers mois de 2020 à plus de 52.000 tonnes sur la même période en 2025, soit une progression supérieure à 33.000 tonnes. En valeur, les montants engagés par les entreprises marocaines pour ces achats sont passés de 119 millions de dirhams à plus de 281 millions de dirhams, représentant une hausse de près de 162 millions de dirhams.

Pour la FNIR, cette évolution ne relève plus d’un mouvement ponctuel. Mohamed El Arabi El Ghazouani estime que «les importations massives de riz ne sont pas un phénomène récent, mais elles augmentent depuis environ quatre ans». Derrière cette progression, la Fédération identifie une transformation des stratégies commerciales des principaux pays exportateurs.

Selon Mohamed El Arabi El Ghazouani, «ces dernières années, elles se sont accélérées car de nombreux pays exportateurs ont ouvert davantage leurs frontières à l’exportation du riz, soit en raison de problèmes de surstockage de leurs réserves stratégiques, soit, dans certains cas, par besoin de devises». Cette offre abondante exerce une pression directe sur un marché marocain dont les équilibres restent fortement liés aux coûts locaux de production.

La FNIR considère pourtant que le secteur national conserve une capacité de résistance face à plusieurs producteurs internationaux. Mohamed El Arabi El Ghazouani souligne que «le secteur du riz est relativement compétitif par rapport à certains pays producteurs comme les États-Unis ou plusieurs pays d’Europe et d’Amérique latine, qui ne subventionnent pas toujours, de manière directe ou indirecte, la culture ou le stockage».

Subventions: le cœur de la discorde

Le différentiel apparaît toutefois beaucoup plus marqué face aux pays recourant à des soutiens publics massifs. «Lorsqu’il est en concurrence avec des pays qui subventionnent fortement la production et le stockage, la situation change considérablement, ce qui pénalise fortement le secteur national», affirme Mohamed El Arabi El Ghazouani. La Fédération y voit l’origine d’une «fragilité structurelle face aux prix internationaux». Selon la FNIR, ces mécanismes permettent au riz importé d’entrer sur le marché marocain à des niveaux inférieurs aux coûts de production locaux.

Le raisonnement développé par la Fédération repose sur un écart de charges devenu difficile à absorber pour les opérateurs nationaux. Mohamed El Arabi El Ghazouani détaille ainsi les coûts supportés localement car selon elle, «au Maroc, l’agriculteur et l’industriel assument tous les coûts: l’eau, l’énergie et une main-d’œuvre relativement coûteuse. En revanche, dans d’autres pays exportateurs, ces coûts sont pratiquement inexistants ou fortement réduits, ce qui diminue significativement leurs coûts de production.»

À ces écarts économiques s’ajoute, selon la FNIR, une divergence dans les exigences réglementaires appliquées aux producteurs. Mohamed El Arabi El Ghazouani affirme que «les normes sociales et environnementales sont strictement respectées, notamment l’utilisation des produits phytosanitaires et d’autres standards de qualité, tandis que dans ces pays exportateurs, ces exigences ne sont pas toujours appliquées avec le même niveau de rigueur». Il évoque également «la subvention au stockage dont bénéficient d’autres pays et qui n’existe pas au Maroc». Pour la Fédération, l’ensemble de ces facteurs alimente une concurrence jugée «clairement déséquilibrée».

75% de la demande couverte, des devises qui s’évaporent

La Fédération nationale interprofessionnelle du riz considère que les conséquences dépassent désormais le seul cadre sectoriel. La production nationale «peut couvrir environ 75% de la demande», mais l’augmentation des volumes importés crée, selon elle, des déséquilibres sur le marché intérieur.

Mohamed El Arabi El Ghazouani explique que «les importateurs introduisent de très grands volumes sans tenir compte de la production nationale ni de la consommation intérieure, ce qui génère des excédents sur le marché».

La Fédération estime que ces surplus produisent également un effet macroéconomique négatif. «Cela a un impact négatif sur l’économie, car ces importations entraînent une sortie de devises inutile du pays», soutient Mohamed El Arabi El Ghazouani. Derrière l’argument commercial, la FNIR tente ainsi de replacer le débat sur le terrain plus large des équilibres économiques nationaux.

L’ouverture de l’enquête est donc interprétée par la Fédération comme une mesure de correction destinée à rétablir des conditions de concurrence plus équilibrées. La FNIR considère qu’il s’agit d’une «mesure d’urgence visant à rétablir une concurrence plus équitable face au produit importé». Elle estime également que «les importations provenant de pays qui appliquent des subventions à la culture et au stockage créent une situation d’injustice».

Cette procédure intervient enfin dans un marché dont les habitudes de consommation évoluent rapidement. La diversification des usages alimentaires et le recours plus fréquent à une gamme variée de préparations domestiques ainsi qu’à la restauration rapide ont progressivement renforcé la demande de riz sur le marché marocain.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 11/05/2026 à 09h30