Le SMAG revalorisé: les employeurs agricoles sommés de se mettre en conformité

Un agriculteur à Chtouka Ait Baha.. AFP or licensors

Revue de presseDès la fin de ce mois, les bulletins de paie des salariés agricoles devront impérativement intégrer la hausse du salaire minimum. Une obligation légale qui engage la responsabilité des employeurs, sous peine de sanctions. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 23/04/2026 à 18h54

La date butoir approche. Dès le 30 avril 2026, les employeurs du secteur agricole n’auront plus d’échappatoire: les bulletins de paie devront refléter la revalorisation du salaire minimum agricole garanti (SMAG), entrée en vigueur le 1er avril, indique le quotidien Les Inspirations Éco. Une mesure issue du décret n° 2.25.983 du 29 décembre 2025, fruit d’un dialogue social entre le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales. «Cette augmentation n’est pas une option, mais une obligation légale», rappelle Abdelkader Bouari, expert en droit du travail et consultant auprès de plusieurs coopératives agricoles, pour lequel «les employeurs qui tarderaient à appliquer ces nouveaux montants s’exposent à des régularisations coûteuses et à des pénalités.»

Concrètement, le SMAG journalier passe de 93,00 à 97,44 dirhams, soit une hausse de 4,44 dirhams par journée travaillée. «Sur un mois, avec 26 jours travaillés, cela représente un salaire brut mensuel de 2.533,44 dirhams, contre 2.418,00 dirhams auparavant», précise Bouari. «En net, le salarié perçoit désormais 2.362,68 dirhams, soit 107,65 dirhams de plus qu’avant. Pour des travailleurs souvent payés au SMAG et dont chaque dirham compte, cette augmentation n’est pas négligeable», a-t-il ajouté.

Mais cette revalorisation ne se limite pas au salaire brut. Elle entraîne mécaniquement une hausse des cotisations sociales, tant pour l’employeur que pour le salarié. «La CNSS voit sa cotisation patronale passer de 410,58 à 430,18 dirhams par mois, tandis que la part salariale progresse de 108,33 à 113,50 dirhams», détaille l’expert. «Pour l’AMO, la cotisation patronale atteint désormais 104,12 dirhams, contre 99,38 dirhams auparavant, et la part salariale 57,26 dirhams, contre 54,65 dirhams», affirme-t-il. Au total, les cotisations sociales mensuelles (patronales et salariales confondues) passent de 672,93 à 705,06 dirhams, soit une hausse de 32,13 dirhams par mois et par salarié.

«Pour l’employeur, le coût global par salarié – salaire brut plus cotisations patronales – s’élève désormais à 3.067,74 dirhams, contre 2.927,96 dirhams auparavant», souligne Bouari. «Cela représente une hausse de 139,78 dirhams par mois et par salarié. Pour une exploitation employant une centaine de travailleurs, cela peut représenter plus de 13.000 dirhams de charges supplémentaires par mois. Un surcoût qui doit être anticipé, surtout en période de forte activité comme le printemps», a-t-il aussi affirmé.

Les ajustements à opérer sont multiples et ne souffrent aucun retard, écrit Les Inspirations Éco. «Les grilles salariales doivent être mises à jour avec les nouveaux montants, les logiciels de paie reparamétrés, et les contrats de travail révisés si nécessaire», insiste Abdelkader Bouari. «Une erreur de calcul, un oubli de mise à jour, et c’est l’inspection du travail ou la CNSS qui pourrait exiger des régularisations rétroactives. Mieux vaut agir maintenant que de payer plus tard», a-t-il expliqué.

Cette revalorisation s’inscrit dans une dynamique plus large de hausse des salaires minimums au Maroc. «Le SMIG des secteurs de l’industrie et du commerce a déjà été augmenté au 1er janvier 2026», rappelle l’expert. «Le secteur agricole, souvent considéré comme le parent pauvre de la protection sociale, bénéficie enfin d’un rattrapage. L’objectif est double : améliorer les conditions de vie des travailleurs agricoles, souvent précaires, et lutter contre le travail informel, encore très présent dans certaines filières», a-t-il affirmé.

«À terme, cette mesure doit permettre de sortir l’agriculture marocaine d’un modèle low cost pour la faire entrer dans une logique de productivité et de qualité sociale», estime Bouari. «Mais pour que cela fonctionne, les employeurs doivent jouer le jeu. La paie d’avril sera scrutée de près par les services de contrôle. Ceux qui ne se mettront pas en conformité auront tout à perdre», indique-t-il. «Mon conseil aux employeurs? Vérifier dès maintenant leurs bulletins de paie, consulter leur expert-comptable si nécessaire, et ne pas attendre le dernier moment», a ajouté Abdelkader Bouari, affirmant qu’«une simple erreur de paramétrage peut coûter cher. Et dans un secteur où les marges sont souvent serrées, mieux vaut éviter les mauvaises surprises».

Par La Rédaction
Le 23/04/2026 à 18h54