Passer du monde du conseil informatique à l’exploitation de fermes pilotes peut sembler singulier, mais pour Amine Zarouk, CEO fondateur d’Arwa Solutions et président de la Fondation Green OpenLab, la démarche reste fondamentalement la même. Ancien responsable de la création d’Alten Maroc, le dirigeant explique, dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo, être resté fidèle à son cœur de métier en remplaçant simplement les ingénieurs logiciels par des ingénieurs agronomes, des spécialistes de l’AgriTech et des scientifiques des données, tous mobilisés au service du monde agricole.
La prise de conscience est survenue lors de la crise sanitaire du Covid, moment où le dirigeant s’est interrogé sur la nécessité de valoriser l’ingénierie locale au profit de la souveraineté nationale. Comme le souligne Amine Zarouk, «vu de l’extérieur, cela peut sembler être un grand écart. En réalité, je fais aujourd’hui presque le même métier qu’il y a vingt ans lorsque j’ai créé ma première entreprise, devenue par la suite Alten Maroc». Il ajoute que le véritable déclic est venu pendant la crise sanitaire, en s’interrogeant: «pourquoi continuer uniquement à exporter nos compétences pour développer les produits des autres, alors que nous pouvions créer ici des technologies capables d’améliorer la vie des gens?».
Sur la question de l’urgence climatique et de la gestion des données, le président de la Fondation Green OpenLab insiste sur le fait que les périodes d’accalmie, sans sécheresse, doivent servir à préparer les crises futures, rapporte Finances News. Selon lui, les décisions prises à l’intuition ne suffisent plus dès lors que les ressources deviennent rares. Amine Zarouk précise que «la donnée serait-elle plus urgente aujourd’hui, justement parce que la meilleure période pour préparer une crise est celle où elle est moins visible». Il rappelle que si l’intelligence artificielle apporte une masse d’informations, la valeur ajoutée réside dans la prise de décision humaine: «nous parlons beaucoup d’intelligence artificielle, mais l’essentiel reste la qualité de la décision humaine».
Interrogé sur le manque de maturité du secteur de l’AgriTech au Maroc, le fondateur d’Arwa Solutions fait observer que la technologie, à elle seule, ne résout pas l’équation. Il prône un modèle reposant sur l’intelligence augmentée, visant à démultiplier la capacité des conseillers agricoles sur le terrain. Amine Zarouk souligne que «l’objectif n’est pas de remplacer l’agronome, mais de lui permettre d’être beaucoup plus efficace». Il nuance toutefois en rappelant que la technologie doit s’accompagner d’une réponse aux freins structurels, citant «l’accès au financement, aux assurances, aux marchés, aux intrants de qualité ou encore aux subventions». Il souligne également l’importance de susciter des vocations auprès de la jeunesse afin de pérenniser ces métiers.
Concernant la perception des outils numériques par les exploitants, leur adoption dépend de la clarté et de l’utilité directe des dispositifs mis en place. À travers la Fondation Green OpenLab et des initiatives comme le Green Open Challenge ou le campus FirmaTech à Sefrou, l’objectif est d’impliquer directement les agriculteurs et les jeunes entrepreneurs afin de co-construire des réponses adaptées. Pour Amine Zarouk, «si la technologie arrive avec des tableaux de bord compliqués et des dizaines de graphiques, elle sera naturellement rejetée. En revanche, lorsqu’elle permet à un agriculteur de mieux irriguer, de réduire ses coûts ou d’anticiper un problème, elle devient rapidement un allié».
«Face aux risques climatiques à venir, la préparation de la filière agricole marocaine impose de fédérer l’ensemble des acteurs, des organismes financiers aux centres de recherche », note Finances News. Amine Zarouk conclut en expliquant que «la technologie devient alors une colonne vertébrale qui permet à tous ces acteurs de travailler ensemble autour de l’agriculteur». La finalité de cette démarche intégrée reste claire pour le dirigeant: «que l’agriculteur ne soit plus le maillon fragile de la chaîne de valeur, mais son maillon le plus fort».




