La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a rendu public, ce mardi 7 juillet, «World Investment Report 2026». Le rapport, sous-titré «International Investment in a Turbulent Era» (l’investissement international dans une ère turbulente), dresse un état des lieux des flux d’investissements directs étrangers (IDE) dans le monde pour l’année 2025.
Pour le Maroc, les données de la CNUCED montrent que le pays a enregistré des entrées d’IDE de plus de 3,33 milliards de dollars en 2025, en hausse de près de 91% par rapport à 2024 et d’environ +135% depuis 2020. Avec cette performance, le Maroc sort du lot au niveau de l’Afrique du Nord, où les flux ont chuté de 56% sur un an pour tomber à 22,39 milliards de dollars, une baisse que le rapport attribue essentiellement à l’effet de base créé par le mégaprojet Ras El-Hekma en Égypte l’année précédente. À l’échelle du continent africain, les entrées d’IDE se sont contractées de 26%, passant de 94 à moins de 70 milliards de dollars.
Le rapport montre que l’Afrique du Sud est le cas le plus frappant du continent avec des entrées d’IDE qui basculent en territoire négatif en 2025 (-2,3 milliards de dollars). Toutefois, il attribue cette évolution à des flux financiers intragroupe, au rapatriement de profits et aux opérations de fusions-acquisitions plutôt qu’à un désinvestissement productif classique.
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La Guinée est le cas extrême du continent avec une multiplication par plus de 5 en un an des IDE (de 1,4 à 7,8 milliards de dollars), portés par des projets miniers dans la bauxite et le minerai de fer.
Le Nigeria (+148%) et l’Ouganda (soutenu par le raffinage pétrolier et le stockage par batteries) complètent le tableau des dynamiques régionales les plus marquées, aux côtés du Mozambique, tiré par les hydrocarbures et le gaz naturel liquéfié.
En ce qui concerne le stock d’IDE, c’est-à-dire l’accumulation historique des investissements étrangers présents dans le pays, le Maroc affiche une progression continue. Ce stock est, en effet, passé de 8,8 milliards de dollars en 2000 à 45 milliards en 2010, puis à 64,5 milliards en 2024 et 80,8 milliards de dollars en 2025.
Tanger Med, modèle de corridor logistique
Le rapport consacre, par ailleurs, plusieurs développements au Maroc. Ainsi, il aborde, dans un encadré, la plateforme Tanger Med, présentée comme un cas d’école de transformation d’un avantage de localisation en investissements étrangers orientés vers l’export. Il souligne que le cluster automobile qui est y implanté se trouve à 35 minutes du terminal portuaire, réduisant les délais et les aléas entre la sortie d’usine et l’embarquement. Le port reçoit en moyenne six trains quotidiens en provenance de Renault Tanger Med et deux de Stellantis, chacun transportant jusqu’à 280 véhicules, ce qui allège la dépendance au transport routier.
La CNUCED rappelle que l’offre de la zone combine terrains industriels viabilisés, entrepôts «clés en main» livrés en six mois et un guichet unique couvrant les démarches administratives et techniques. Elle relève également une coopération formelle avec le port espagnol d’Algésiras, incluant un projet d’échange de données de traçabilité numérique des marchandises et des camions traversant le détroit de Gibraltar, un dispositif présenté comme renforçant la crédibilité de Tanger Med auprès des investisseurs orientés vers l’exportation.
Le pari des batteries électriques
Les auteurs du rapport identifient également le Maroc comme l’un des nouveaux points d’entrée dans la chaîne de valeur mondiale du véhicule électrique, aux côtés de l’Inde, du Brésil et de l’Arabie saoudite. Ils attribuent cette position à une stratégie industrielle de long terme ayant permis de construire une plateforme automobile orientée vers l’export, appuyée sur du foncier industriel viabilisé, des incitations en zones franches, le développement de fournisseurs et des instituts de formation dédiés. La Charte de l’investissement de 2022 a ajouté un soutien basé sur la performance et un mécanisme de «projet stratégique» pour les investissements de grande ampleur.
Ces mesures ont contribué à créer la base de fournisseurs, la main-d’œuvre et les infrastructures industrielles, ce qui a permis d’accélérer, en 2024, une giga-usine de batteries pour véhicules électriques dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Le projet, mobilisant un investissement initial d’environ 1,3 milliard de dollars, prévoit une montée en puissance de 20 à 100 GWh, pour un investissement total potentiel estimé à 6,5 milliards de dollars, ce qui constitue un signal, selon le rapport, de l’ambition marocaine de passer du simple assemblage de véhicules à la production de cellules de batteries.
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Le rapport cite également le projet du géant chinois Gotion, dont la giga-usine de Kénitra doit démarrer sa production en 2026, et le partenariat CNGR–Al Mada (coentreprise COBCO) à Jorf Lasfar, qui prévoit de porter la part d’électricité verte de ses opérations à 80% dès 2025 et 100% d’ici fin 2026. Le projet Gotion est par ailleurs adossé à un dispositif dédié d’énergie renouvelable comprenant un parc éolien de 500 MW couplé à 2.000 MWh de stockage par batteries.
La CNUCED classe, d’ailleurs, le Maroc parmi les pays dont les engagements en matière d’énergie renouvelable et de décarbonation constituent un avantage de localisation pour attirer les investissements dans les matériaux de batteries et la fabrication de cellules, au même titre que l’Indonésie et le Kenya. L’agence onusienne souligne aussi le projet de câble sous-marin Sila Atlantik, qu’il présente comme illustrant «l’ampleur croissante, l’importance stratégique et la dimension d’intégration régionale» de l’investissement dans la transition énergétique. Ce projet combine, en fait, une production renouvelable à grande échelle avec une infrastructure de transmission sous-marine reliant l’Afrique du Nord à l’Europe.
Sur le plan de la politique industrielle post-pandémie, le rapport note que le Maroc a mis en place une stratégie de relance combinant substitution aux importations, développement de projets et soutien aux petites et moyennes entreprises (PME), afin de réduire les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement et renforcer la capacité industrielle domestique — une approche comparée, dans le document, à celles adoptées par le Mexique, la Thaïlande ou encore l’Afrique du Sud.
Le Fonds Mohammed VI, un levier stratégique
Le rapport fait également un focus sur le Fonds Mohammed VI d’investissement (FM6I), décrit comme un véhicule d’investissement stratégique détenu par l’État, soutenant des projets majeurs dans les infrastructures durables, l’industrie, l’innovation, les PME, l’agriculture et le tourisme. Ses instruments incluent des fonds de co-investissement et des structures de quasi-dette, à l’image de CapAccess, qui combine dette subordonnée et financement bancaire commercial senior.
Les données rapportées indiquent que le FM6I a mobilisé un financement en fonds propres via des gestionnaires de fonds sélectionnés, pour des engagements totaux d’environ 1,9 milliard de dollars, dont environ 450 millions de dollars apportés directement par le Fonds. Les partenariats du Fonds Mohammed VI d’investissement incluent des accords avec la Banque européenne d’investissement, la Société financière internationale et la Banque africaine de développement, portant sur le financement, l’assistance technique et le partage des risques.
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Par ailleurs, dans le classement des dix plus grands projets d’investissement greenfield (qui signifie construction d’une installation entièrement nouvelle) annoncés en Afrique en 2025, le rapport cite un projet automobile porté par Stellantis au Maroc, évalué à 1,5 milliard de dollars, une place notable dans un palmarès continental par ailleurs dominé par les hydrocarbures et les mines (Qatar-Ghana dans la chimie, Émirats-Ouganda dans le pétrole et le gaz, Allemagne-Mauritanie dans le renouvelable). La CNUCED note que ce type de projet manufacturier tranche avec la concentration sectorielle du continent, encore dominée par l’énergie et les industries extractives.
Enfin, dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, la CNUCED relève que le Maroc figure parmi les destinations affichant une nette croissance pour les investissements greenfield hors secteurs stratégiques, avec une part de marché mondiale passée à 2% sur la période 2021-2025, un mouvement que le rapport rattache à l’intégration régionale, à l’autonomie stratégique européenne et à la recherche d’un accès au marché européen.




