Trois ans et demi après l’acquisition du Crédit du Maroc, le groupe Holmarcom s’apprête à franchir une étape majeure dans le paysage financier du Royaume en rachetant la BMCI, filiale marocaine du géant français BNP Paribas. «Encore suspendue aux autorisations réglementaires d’usage, cette opération stratégique promet de redistribuer en profondeur les cartes du secteur bancaire national», écrit le magazine Jeune Afrique.
La finalisation de la transaction, attendue d’ici à la fin de l’année, propulsera le pôle bancaire contrôlé par la famille Bensalah au quatrième rang du marché marocain. En cumulant les activités de la BMCI et du Crédit du Maroc, dont les revenus agrégés ont atteint 7,4 milliards de dirhams en 2025, la nouvelle entité devancera Saham Bank, le Crédit Agricole du Maroc et le CIH, se positionnant ainsi juste derrière le trio de tête formé par Attijariwafa Bank, la Banque Centrale Populaire et Bank of Africa.
Lors de l’annonce du rachat, au printemps dernier, Mohamed Hassan Bensalah, PDG d’Holmarcom, avait qualifié cette acquisition d’«étape structurante dans notre trajectoire de développement, portée par l’ambition de bâtir un groupe financier intégré autour de la banque, de l’assurance et des services financiers spécialisés». Pour mener à bien cette opération, Finance Holding Company, le pôle financier du groupe, déjà présent au capital de la BMCI via la compagnie AtlantaSanad, s’appuie sur sa solide assise dans le secteur des assurances.
«Si l’offensive domestique s’avère particulièrement lisible, la projection du groupe à l’échelle du continent suscite encore des interrogations», note Jeune Afrique. Contrairement aux trois premières banques du pays, ni la BMCI ni le Crédit du Maroc ne disposent de réseaux déployés en Afrique subsaharienne. Cette situation intrigue d’autant plus que la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, est entrée au capital de la holding financière en 2025 à hauteur de 1,35 milliard de dirhams, après un premier investissement dans son bras armé assurantiel en 2021. Ce partenariat vise explicitement à soutenir le financement et l’inclusion financière sur le continent, même si les concrétisations sur le terrain africain se font encore attendre.
Jusqu’à présent, les initiatives d’Holmarcom au sud du Sahara ont connu des fortunes diverses. Si Atlanta Assurances réalise une activité notable en Côte d’Ivoire, le groupe a essuyé plusieurs revers dans d’autres activités qu’il maîtrise au Maroc, comme la transformation de noix de cajou en Côte d’Ivoire, des projets immobiliers au Sénégal ou encore des ambitions de rachat dans le secteur de l’assurance au Kenya. «Cette réserve géographique distingue Holmarcom de la plupart des grands groupes marocains, déjà solidement ancrés en Afrique subsaharienne», souligne Jeune Afrique.
L’aboutissement du rapprochement bancaire au Maroc pourrait toutefois servir de rampe de lancement à une nouvelle dynamique continentale. Les observateurs du secteur estiment que la consolidation des activités bancaires et le renforcement du pôle d’assurance permettront d’accélérer les investissements africains. La direction du groupe préfère néanmoins temporiser pour le moment, jugeant prématuré de détailler sa feuille de route internationale avant la concrétisation définitive de l’intégration de la BMCI et de sa fusion avec le Crédit du Maroc.




