Habitat et urbanisme: un rééquilibrage territorial face aux disparités régionales

Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.

Revue de presseDevant la Chambre des représentants, la ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville a dressé le bilan des réformes destinées à corriger la concentration urbaine du logement social. Entre le déploiement de l’aide directe dans les villes moyennes, l’accélération du programme «Villes sans bidonvilles» et la simplification historique des procédures de construction en milieu rural, le gouvernement restructure sa gouvernance pour garantir une meilleure justice spatiale. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 24/06/2026 à 19h55

La politique nationale du logement et de l’urbanisme s’engage dans une phase de rééquilibrage territorial. Lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, Fatima-Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville, a dressé le bilan des chantiers en cours, mettant en lumière à la fois l’accélération des réalisations et les réformes structurelles nécessaires pour corriger les disparités géographiques.

«L’évaluation du programme de logement social à 250.000 dirhams a révélé une forte concentration de la production dans seulement six régions, principalement autour des grands centres urbains», relate le quotidien Les Inspirations Eco du 25 juin. Cette centralisation s’explique par un modèle de conventions qui imposait un seuil minimal de 500 logements, une contrainte dont ont principalement profité six grands promoteurs immobiliers. Afin de rétablir une meilleure équité spatiale, le gouvernement mise désormais sur le programme d’aide directe au logement. Ce dispositif, qui a déjà bénéficié à 108.459 personnes issues des classes sociales modestes et moyennes, stimule la demande dans les petites et moyennes villes. Le classement des bénéficiaires place Fès en tête, suivie notamment de Berrechid, Meknès, du Grand Casablanca, de Kénitra et d’El Jadida.

Le milieu rural s’intègre également de manière plus marquée dans cette nouvelle dynamique. Par l’intermédiaire du groupe Al Omrane, des projets d’habitat ont été déployés dans 49 centres ruraux émergents, bénéficiant à 7.489 citoyens. Ce résultat représente plus du triple des performances enregistrées sur une période de six ans dans le cadre du précédent programme. Pour consolider cette tendance, des plans régionaux axés sur le soutien à l’autoconstruction sont en cours d’élaboration.

Sur le front de l’urbanisme, le ministère s’attelle à corriger la lenteur des procédures d’adoption des plans d’aménagement. «Durant l’actuelle législature, 444 documents d’urbanisme ont été produits, portant le taux de couverture du territoire national à 90%. Au total, 1.346 communes sur 1.503 disposent de documents d’urbanisme, incluant 302 plans d’aménagement et 145 plans de développement des agglomérations rurales», note Les Inspirations Eco.

Pour moderniser ce cadre, un projet de modification de la loi 12-90 relative à l’urbanisme est préparé conjointement avec le ministère de l’Intérieur. Cette réforme prévoit d’introduire davantage de flexibilité, d’encadrer les délais d’approbation et d’instaurer des mécanismes d’arbitrage. À l’échelle locale, la ministre a notamment évoqué le cas de Chefchaouen, où le retard accumulé dans la révision du plan d’aménagement, causé par la résiliation du marché d’un bureau d’études, est désormais traité à travers des études menées simultanément afin de garantir la cohérence territoriale.

Le développement du monde rural repose par ailleurs sur le programme des centres ruraux émergents, conçu pour freiner l’exode et dynamiser l’économie locale. Une étude nationale a identifié 542 centres de ce type, abritant près de 8 millions d’habitants. Parmi eux, 77 ont été jugés prioritaires. La première phase (2025-2026) cible 12 centres modèles, soit un par région, à travers 12 conventions déjà en cours d’exécution. Ces interventions bénéficient à 189.000 habitants et englobent la mise à niveau de 48 quartiers sous-équipés, la création de 29 espaces verts et de 14 équipements publics. Une seconde phase, prévue entre 2026 et 2028, étendra ces actions à 24 centres supplémentaires afin de toucher 290.000 habitants.

Concernant la résorption de l’habitat insalubre, le programme national «Villes sans bidonvilles» affiche une cadence nettement renforcée. Initialement prévu pour 270.000 ménages lors de son lancement en 2004, le programme cible aujourd’hui 509.000 foyers. Le rythme de traitement est passé d’une moyenne annuelle de 6.200 ménages entre 2018 et 2021 à 18.000 ménages par an sur la période 2022-2025, grâce à une implication accrue du secteur privé dans le relogement. Le plan quinquennal 2024-2028 vise le relogement de 120.000 ménages, concentrés en priorité dans le Grand Casablanca (62.000), Marrakech (30.000) et Kénitra (12.000). «Dans ce cadre, 31.538 logements ont déjà été produits», précise Les Inspirations Eco.

Enfin, la simplification des procédures administratives en milieu rural commence à porter ses fruits, sous l’impulsion de la circulaire conjointe d’avril 2023. Le nombre de douars identifiés est passé de 975 à 4.698, élargissant la couverture à 1,8 million d’habitants.

Cette politique de facilitation a généré une explosion des demandes d’autorisation, qui atteignent désormais 193.423 dossiers, débouchant sur 111.600 projets approuvés. Les projets de logement rural ont grimpé à 62.000 initiatives, dont plus des deux tiers concernent des parcelles de moins de 1.000 mètres carrés.

L’impact économique est immédiat: le volume des investissements associés est passé de 10 milliards à 110 milliards de dirhams. Pour pérenniser ces avancées, le gouvernement prépare le projet de loi 64-23, qui actera la création des agences régionales d’urbanisme et d’habitat, afin d’adapter durablement la gouvernance aux réalités du terrain.

Par La Rédaction
Le 24/06/2026 à 19h55