Alors que des métropoles comme Casablanca, Johannesburg, Maurice ou Kigali ont tracé des voies singulières pour s’imposer sur la carte financière mondiale, l’Afrique aborde aujourd’hui un tournant décisif. Le récent symposium laboratoire organisé par Casablanca Finance City (CFC) a signale une urgence, majeure, pour ces places boursières et hubs d’affaires: transformer leur attractivité historique en une véritable profondeur de marché et en une capacité concrète à faire circuler les capitaux, indique le magazine hebdomadaire Challenge.
Lors de cet événement, les experts ont souligné que la finance africaine ne peut plus se contenter de jouer un rôle de simple lieu de passage pour les investissements extérieurs. Le modèle traditionnel, longtemps centré sur l’attraction de sièges sociaux, de multinationales et de capitaux étrangers en provenance de Londres, de New York ou de Dubaï, doit évoluer vers une véritable fonction d’intermédiation, de transformation et d’allocation des ressources.
Cette mutation redéfinit la compétition entre les grands centres financiers du continent, qui rivalisent désormais moins sur les avantages fiscaux que sur leur aptitude à financer l’économie réelle. Alors même que CFC affiche des résultats solides avec plus de trois cents entreprises membres et près de vingt milliards de dollars de projets africains gérés depuis ses bureaux, la gestion à distance ne garantit pas automatiquement que les transactions et la domiciliation des fonds s’opèrent localement.
Le récent bond de la Bourse de Casablanca au trente-huitième rang mondial du Global Financial Centres Index vient consacrer cette réussite, toute stratégique, en révélant concomitamment de persistantes disparités structurelles. Avec une capitalisation boursière et un crédit au secteur privé rapportés au PIB nettement inférieurs à ceux observés en Afrique du Sud, le marché marocain est en mesure aujourd’hui d’évaluer le chemin restant à parcourir pour pouvoir être à même d’ériger la finance en une véritable industrie réellement structurante, écrit Challenge.
Pour relever ce défi, la Bourse casablancaise mise désormais sur un modèle hybride qui privilégie la mobilité des talents et l’accompagnement des groupes internationaux tout en reconnaissant ses propres limites institutionnelles. La direction de cette structure rappelle régulièrement qu’elle pose les fondations réglementaires et environnementales, sans toutefois se substituer aux Bourses ou aux banques, qui pilotent directement les opérations de transaction et d’investissement.
Paradoxe ultime: une épargne institutionnelle disponible à profusion sur le continent, estimée à plus de 2.000 MM$ par la Banque africaine de développement (BAD), mais freinée aujourd’hui encore par des dispositions réglementaires et un manque d’expertise interne en ce qui concerne l’évaluation des risques. Le véritable enjeu pour l’avenir consistera donc à réussir à canaliser cette épargne africaine vers des projets locaux, ce qui permettra de transformer les hubs financiers d’Afrique en des passerelles incontournables pour le développement économique de l’ensemble du continent.




