Épargne: pourquoi le statu quo n’est plus une option

Le client d'une banque effectue un dépôt d'une liasse de billet de banque sur son compte sur carnet.. DR

Revue de presseFace à l’inflation et aux réformes fiscales, les réflexes traditionnels centrés sur l’immobilier et le compte sur carnet ne suffisent plus à protéger la richesse des ménages. Farid Mezouar, directeur exécutif de FL Markets, décrypte les leviers d’une diversification réussie et insiste sur l’importance de la culture financière pour naviguer entre risques et opportunités. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 13/07/2026 à 18h15

Face à une inflation persistante, à l’évolution de la fiscalité et à la diversification des produits financiers, les habitudes d’épargne des Marocains sont appelées à évoluer. Pour Farid Mezouar, directeur exécutif et cofondateur de FL Markets, continuer à privilégier exclusivement le compte sur carnet ou l’immobilier n’est plus suffisant. Dans un entretien accordé au magazine hebdomadaire Challenge, l’expert financier revient sur les nouveaux équilibres patrimoniaux, la perception du risque et les leviers indispensables pour développer une véritable culture de l’investissement au Maroc.

Historiquement, la concentration des placements sur des supports ultra-sécurisés ou sur la pierre s’expliquait aisément. Farid Mezouar rappelle qu’avant les années 90, cette stratégie de placement archi-prudente était justifiée. Cependant, le paysage financier s’est largement transformé depuis. Avec l’essor de la Bourse et de l’industrie des OPCVM, il est temps de moderniser la gestion du patrimoine, même si l’omniprésence des banques et de leur réseau d’agences constitue un frein logique, analyse-t-il. Cette centralisation bancaire répond à des dynamiques structurelles profondes du royaume. L’acheminement de l’épargne vers les banques est stratégique, car plus de 70% des dépôts bancaires sont sans rémunération, alors que les dépôts des ménages représentent plus de 72% du total du système bancaire. De plus, pour certains décideurs, l’intermédiation bancaire convient davantage à l’économie marocaine.

Pour l’épargnant désireux de diversifier ses placements, la construction d’un portefeuille équilibré doit impérativement prendre en compte des critères individuels, lit-on dans Challenge. Effectivement, le profiling de l’investisseur est important, notamment pour déterminer son niveau d’aversion au risque, explique le Directeur Exécutif de FL Markets. Afin de rendre cette approche accessible à tous, il suggère de simplifier cette notion de risque en la résumant à la tolérance à la perte de capital, avec un démarrage à 0% et un niveau élevé à -10%. Le facteur générationnel joue également un rôle clé dans cette configuration puisque l’âge est important, car l’épargne s’inscrit dans un cycle de vie. Surtout, au niveau théorique, durant la vie active, le revenu ne cesse de croître, puis décroît très fortement au moment de la retraite. Face aux choix de financement, le spécialiste prône une gestion prudente du recours au crédit, affirmant que, personnellement, il ne conseille l’endettement que pour l’investissement immobilier dans une résidence principale. Il est toujours sain, pour un particulier, de n’investir que son épargne structurelle.

Le cadre fiscal marocain offre de nouvelles opportunités, notamment à travers le Plan d’Épargne en Actions (PEA) et divers produits financiers, mais son impact reste encore mesuré sur le grand public. Le volet de la fiscalité est très important dans le choix des investissements, reconnaît Farid Mezouar, tout en nuançant l’effet de ces réformes. Toutefois, la communication destinée au grand public sur certains avantages fiscaux est assez discrète. Par conséquent, au Maroc, en dehors de l’épargne institutionnelle forcée des salariés, la fiscalité ne joue pas encore un rôle décisif dans le choix des investissements. Cela s’explique aussi par l’analyse des particuliers puisque, sur le plan comportemental, plusieurs épargnants se focalisent uniquement sur le rendement brut.

L’appréhension des marchés boursiers constitue souvent le principal point de blocage pour les particuliers, une crainte qu’il convient de rationaliser. Le risque est l’élément existentiel des marchés des capitaux, rappelle le cofondateur de FL Markets, ajoutant que, selon une majorité d’investisseurs, le marché aime le risque, mais déteste l’incertitude. Pour franchir ce cap de manière sereine, le recours à des professionnels s’avère crucial, d’où la nécessité d’un accompagnement des investisseurs non professionnels par des conseillers expérimentés et aguerris. La réduction de la volatilité passe par des techniques éprouvées car le risque peut être dompté par la diversification entre les classes d’actifs et à l’intérieur des actions.

Il met également en garde contre les biais d’observation qui faussent la réalité des marchés. Sur un autre registre, il ne faut pas suivre uniquement ceux qui ont réalisé un joli coup boursier, mais il ne faut pas non plus ignorer ceux qui y ont laissé des plumes. La performance historique du marché actions marocain reste pourtant attractive sur le long terme. En effet, le rendement annuel moyen historique en Bourse avoisine les 10%, avec des années mauvaises à digérer et d’excellentes années à savourer, à condition d’adopter une cadence appropriée des investissements, lit-on encore dans Challenge.

Pour guider les premiers pas d’un investisseur disposant d’un capital modeste, Farid Mezouar mise sur des règles fondamentales de répartition. Bien que son cabinet propose des conseils généraux et des principes structurels à personnaliser par chaque client avec son banquier privé, son CIF ou son gestionnaire de patrimoine, il partage sa vision globale de la construction patrimoniale. Dans l’absolu, à titre personnel, je crois à la règle des trois tiers, avec une répartition des actifs entre l’épargne de sécurité (placements monétaires liquides), les placements de rendement (immobilier locatif) et les placements offensifs (actions). Au-delà de l’allocation, la dimension psychologique reste déterminante pour réussir. En outre, la patience est requise, car on ne liquide un placement que si l’on s’est trompé, et non uniquement parce que son prix baisse.

Par La Rédaction
Le 13/07/2026 à 18h15