Entreprise: l’innovation bute sur pénurie de compétences

Le manque de talents qualifiés est un obstacle majeur au développement des innovations dans les entreprises.

Revue de presseÀ l’heure où le Maroc mise sur le numérique, la transition verte et l’innovation pour renforcer sa compétitivité, un obstacle majeur se dresse: le manque de talents qualifiés. Une étude récente révèle que les entreprises les plus avancées dans ces transformations peinent à recruter les profils nécessaires, mettant en lumière une fracture structurelle entre l’offre et la demande de compétences. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 19/04/2026 à 19h07

Plus une entreprise marocaine s’engage dans la modernisation, plus elle se heurte à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. C’est le constat sans appel d’un policy brief signé par Aomar Ibourk et Karim El Aynaoui, fondé sur les microdonnées de l’Enquête Entreprises 2023 de la Banque mondiale. Le document, relate le quotidien Les Inspirations Eco du 20 avril, souligne un paradoxe. Alors que le pays fait de la digitalisation, de la décarbonation et de l’innovation des leviers de croissance, les entreprises les plus dynamiques sont aussi celles qui souffrent le plus du déficit de compétences.

L’étude distingue deux réalités économiques. D’un côté, les entreprises pionnières (76,3% de l’échantillon), engagées dans au moins une des trois transitions majeures, numérique, verte ou innovante. De l’autre, les entreprises traditionnelles (23,7%), fonctionnant selon des modèles plus conventionnels. Le manque de main-d’œuvre qualifiée est cité comme un obstacle majeur par 33,3% des premières, contre seulement 20% des secondes. «Plus l’entreprise monte en gamme, plus le mur des compétences se dresse devant elle», note l’étude.

«La transition numérique illustre cette tension», note Les Inspirations Eco. Seules 23,9% des entreprises marocaines restent non digitalisées, tandis que 39,1% affichent un profil basique et 37% un profil avancé, intégrant le e-business et les transactions électroniques. Cette évolution modifie en profondeur la structure des emplois. Dans les entreprises non digitales, les employés peu qualifiés représentent 37,2% de la main-d’œuvre, contre 27,5% dans les structures les plus avancées. «Le numérique réduit le poids du travail d’exécution pure et valorise des fonctions capables d’interagir avec des outils complexes», explique le document. Conséquence, 28,6% des entreprises digitales avancées considèrent le manque de compétences comme un frein majeur, contre 15,2% pour les contraintes réglementaires.

La transition verte, quant à elle, ne se limite pas à une question de conformité environnementale. Les entreprises vertes (18,4% de l’échantillon) adoptent des mesures d’efficacité énergétique ou suivent leurs émissions de CO₂, créant une demande accrue en techniciens et ingénieurs. «Le verdissement de l’économie repose autant sur des profils de conception que sur des techniciens capables d’installer et d’optimiser des procédés», souligne l’étude. Résultat, 36,1% des entreprises vertes pointent le manque de compétences comme un obstacle, contre 14,8% pour les régulations du travail.

C’est cependant sur le terrain de l’innovation que la pénurie se fait la plus criante. Les entreprises innovantes (22,4% de l’échantillon) emploient 19,5% d’ingénieurs et cadres, contre 7,3% dans les structures traditionnelles, mais aussi 24,7% de techniciens spécialisés. «L’innovation exige une chaîne complète de compétences, de la conception à la mise en production», précise l’étude. Pourtant, 44,1% de ces entreprises citent le manque de talents comme leur principal frein, loin devant les contraintes réglementaires (15,7%). «Le paradoxe de l’innovateur est clair: le principal obstacle n’est pas d’avoir le droit d’innover, mais de trouver les compétences pour le faire», souligne l’étude.

Face à cette situation, les entreprises tentent de réagir par la formation continue. Les structures digitales avancées sont 12,1% à proposer des programmes formels, contre 6,2 % pour les entreprises analogiques. Cependant, cet effort reste insuffisant et inégalement réparti. Dans les entreprises vertes, 61,7% des ouvriers et techniciens bénéficient de formations, contre seulement 33,3% des cadres. «Cette polarisation risque de creuser une fracture interne des compétences», alerte le document.

Pour y remédier, les auteurs préconisent un «choc de compétences»: pédagogies fondées sur le projet, incitations fiscales pour la formation des techniciens, soutien aux «green skills» et renforcement de l’apprentissage. Ils suggèrent également la création d’un observatoire national des compétences stratégiques pour anticiper les pénuries. «Le Maroc doit faire de la production de talents une priorité, au même titre que l’attraction des investissements», conclue l’étude. Sans cela, la modernisation du tissu productif risque de rester un vœu pieux.

Par La Rédaction
Le 19/04/2026 à 19h07