Donald Trump suspend les taxes sur les engrais phosphatés du Maroc

Le Maroc détient un peu plus des deux tiers (70%) des réserves mondiales de phosphates.

Le président américain Donald J. Trump a signé, le 29 juin 2026, une proclamation déclarant l’état d’urgence face aux risques de pénurie d’engrais menaçant la sécurité alimentaire des États-Unis. Cette décision autorise la suspension temporaire, pour une durée de huit mois, des droits antidumping et compensateurs appliqués aux importations d’engrais phosphatés en provenance du Royaume.

Le 30/06/2026 à 13h24

La proclamation d’état d’urgence signée le 29 juin 2026 par le président américain Donald J. Trump marque un tournant géopolitique et économique majeur dans les relations entre Washington et Rabat. Face à une menace pesant sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire des États-Unis, la Maison-Blanche a pris une décision exceptionnelle en autorisant «la suspension temporaire de certains droits sur les engrais phosphatés importés du Maroc, contribuant ainsi à garantir un approvisionnement adéquat pour les agriculteurs américains». Ceci, avec effet immédiat.

Cette mesure d’urgence, prévue pour durer huit mois, résonne comme une validation éclatante de la vision du Maroc et ouvre des perspectives économiques et stratégiques hautement favorables pour le Royaume.

Depuis plusieurs années, diplomatie, autorités et opérateurs marocains soutiennent que le blocage ou la taxation excessive des phosphates marocains sur le marché américain pénalisait d’abord les agriculteurs des États-Unis en restreignant leur accès. La proclamation présidentielle vient valider point par point cette ligne de défense à travers trois constats majeurs issus du texte officiel.

L’administration américaine consent qu’«actuellement, la production d’engrais phosphatés aux États-Unis est insuffisante pour soutenir la production alimentaire agricole nationale après prise en compte des exportations». Cette réalité structurelle amène les États-Unis à se tourner vers des partenaires solides car «même des interruptions isolées dans la production alimentaire peuvent avoir de graves conséquences sanitaires et économiques».

Alors que l’économie mondiale subit de profonds bouleversements, le document souligne que «les chaînes d’approvisionnement mondiales pour les engrais phosphatés [...] ont été perturbées ces derniers mois par, entre autres, des conflits dans les régions productrices ainsi que par des mesures commerciales prises par de grands pays producteurs». Face à cette instabilité, le Maroc apparaît comme la solution incontournable. «Les producteurs de pays tels que le Royaume du Maroc peuvent approvisionner les États-Unis en engrais phosphatés sans interruption à l’heure actuelle», lit-on.

En activant la section 318 (a) du Tariff Act de 1930 pour suspendre les barrières douanières, Washington reconnaît implicitement que les taxes antidumping et compensatrices (sous les sections 1671, 1675 et 1677j) imposées jusqu’alors se ont avérées contreproductives. Le texte présidentiel indique qu’il est désormais «impératif de faciliter immédiatement l’importation d’engrais phosphatés en provenance du Royaume du Maroc pour atténuer le risque important pesant sur la production alimentaire agricole des États-Unis».

Pour le Maroc, cette proclamation ouvre une fenêtre d’opportunité qui dépasse le cadre d’une simple dérogation temporaire. Elle conforte le statut du Royaume en tant que partenaire économique fiable.

La suspension des taxes douanières permet aux engrais marocains de retrouver immédiatement une compétitivité maximale sur le marché américain. Cette réouverture intervient au meilleur moment possible pour les exportations marocaines. La proclamation précise que «dans les mois à venir, les agriculteurs appliqueront plus de la moitié des engrais phosphatés consommés annuellement entre l’automne et le tout début du printemps, avant les plantations du printemps prochain».

Le Maroc va donc couvrir le pic de la demande américaine, ce qui va doper les volumes d’exportation.

En plaçant les engrais marocains au même niveau que les produits de première nécessité (comme la nourriture ou les fournitures médicales d’urgence prévues par la loi de 1930), les États-Unis élèvent le partenariat avec le Maroc au rang d’impératif de sécurité nationale. Le texte souligne que cette alliance vise à «sauvegarder la sécurité économique et nationale des États-Unis, et à garantir un approvisionnement alimentaire intérieur stable».

Bien que la suspension soit fixée pour «huit mois ou jusqu’à ce que l’urgence prenne fin», elle crée un précédent majeur. Le Maroc dispose désormais d’un argument de taille: priver les fermiers américains du phosphate marocain met en péril les rendements de cultures majeures telles que «le maïs, le soja, le blé et une variété d’autres cultures». Ce constat facilitera grandement les négociations futures.

Par Tarik Qattab
Le 30/06/2026 à 13h24