Crise énergétique: S&P souligne la capacité du Maroc à amortir le choc extérieur

Le siège social de S&P Global Ratings est basé à New York.

Moins exposé que plusieurs économies africaines, le Maroc bénéficie d’amortisseurs financiers qui limitent l’impact du choc énergétique mondial, sans neutraliser les pressions inflationnistes et commerciales. Dans une analyse, S&P Global Ratings distingue le Maroc par sa capacité d’absorption du choc énergétique et le place parmi les pays les moins exposés.

Le 25/04/2026 à 18h00

Le choc provoqué par le conflit au Moyen-Orient redessine les équilibres macroéconomiques sur le continent africain, principalement via les prix de l’énergie et des intrants agricoles. L’analyse de S&P Global Ratings souligne que la majorité des États africains, importateurs nets de carburants et d’engrais, voient leurs équilibres extérieurs fragilisés par la hausse des coûts d’importation et par la volatilité des chaînes d’approvisionnement.

Le Maroc apparaît dans ce paysage comme une économie relativement moins exposée, en raison de réserves de change jugées significatives au début de l’année 2026 et d’un accès plus diversifié aux financements. Ce positionnement ne traduit pas une immunité, mais une capacité plus élevée à absorber un choc externe dans un contexte de hausse du prix du Brent, relevé à une moyenne attendue de 85 dollars le baril pour 2026.

La transmission du choc vers l’économie marocaine s’opère d’abord par la facture énergétique. La hausse des prix internationaux du pétrole renchérit les importations, ce qui pèse directement sur la balance des paiements.

Le mécanisme est clairement identifié: une augmentation du coût des carburants importés entraîne un élargissement du déficit commercial, tout en exerçant une pression indirecte sur les prix domestiques via les coûts de transport et de production. S&P indique que ces effets de second tour alimentent l’inflation et accroissent la demande en devises, générant des tensions sur les taux de change dans plusieurs économies africaines.

Le Maroc limite toutefois ces tensions grâce à une gestion active de ses réserves et à une structure financière plus diversifiée que la moyenne régionale.

La relative résilience du Maroc repose sur deux leviers identifiés par S&P, tels que la profondeur du marché financier local et le niveau des réserves de change.

Le rapport précise que certains pays, dont le Maroc, disposent de marchés de capitaux plus développés, offrant des sources de financement diversifiées capables d’atténuer les effets d’un choc externe. Cette capacité réduit la dépendance aux financements extérieurs à court terme et limite la sensibilité aux fluctuations des conditions financières internationales.

En parallèle, les réserves de change accumulées avant le conflit constituent un tampon essentiel. Elles permettent de stabiliser les importations stratégiques et de contenir les pressions sur la monnaie, là où d’autres économies africaines font face à des ajustements plus brutaux.

La dynamique inflationniste constitue néanmoins un point de vigilance. Même si l’énergie représente une part limitée de l’indice des prix à la consommation, son effet indirect sur les produits alimentaires et le transport reste significatif.

S&P souligne que plus de 75% des États africains notés sont importateurs nets de carburants et d’engrais, ce qui amplifie la transmission du choc vers les prix domestiques.

Pour le Maroc, cette diffusion se matérialise par une hausse des coûts de production agricole et industrielle, liée notamment à l’augmentation des prix des engrais. À moyen terme, une persistance de ces niveaux de prix pourrait affecter les rendements agricoles et peser sur le pouvoir d’achat des ménages.

Un commerce extérieur sous pression mais adaptable

Le commerce extérieur constitue un second canal de transmission. Les perturbations logistiques et la reconfiguration des routes commerciales augmentent les coûts d’importation et peuvent ralentir certains flux.

S&P mentionne que les chaînes d’approvisionnement mondiales subissent des ajustements liés au conflit, avec des effets sur les coûts et les délais de transport.

Le Maroc bénéficie toutefois d’infrastructures portuaires développées, susceptibles de capter une partie des redirections du commerce international. Cette capacité logistique peut atténuer partiellement les effets négatifs en renforçant son rôle de hub régional.

L’environnement reste marqué par une forte incertitude. S&P insiste sur le caractère imprévisible de la durée du conflit et de ses effets sur les marchés des matières premières.

Une prolongation des tensions pourrait accentuer plusieurs fragilités notamment l’aggravation du déficit commercial via la facture énergétique, la pression durable sur les prix alimentaires, mais aussi la hausse des coûts de financement en cas de durcissement des conditions internationales.

La trajectoire dépendra en partie de la stabilisation des prix du pétrole et de la capacité du Maroc à maintenir ses équilibres extérieurs.

Le positionnement du Maroc illustre une capacité d’absorption supérieure à la moyenne régionale, fondée sur des équilibres financiers consolidés et sur une diversification des sources de financement.

Cette situation limite l’ampleur du choc sans en neutraliser les effets. La hausse des coûts énergétiques et agricoles continuera d’exercer une pression sur l’économie, avec des implications directes sur les prix, la compétitivité et les équilibres extérieurs.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 25/04/2026 à 18h00