Comment les contraintes macro-économiques brident l’investissement

L'une des contraintes que l’Exécutif prend en compte dans l’élaboration de la loi de Finances est le maintien des équilibres macro-économiques, notamment le déficit budgétaire. Ce paramétrage macroéconomique bride ainsi les politiques de l’État dans l’investissement, le développement social et du capital humain.

Revue de presseL’État devra prendre en considération les préoccupations de moyen et long termes dans la préparation de ses projets de Budget. Selon le professeur économètre Fouzi Mourji, les contraintes purement budgétaires, notamment le maintien des équilibres macro-économiques, pénalisent l’investissement. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Le Matin du Sahara et du Maghreb.

Le 13/11/2023 à 21h49

Le processus de préparation des projets de budget au Maroc se base généralement sur des projections de deux ans à l’avance. Ce modus operandi pèche par le fait qu’il ne prend en considération que les contraintes de court terme, et ce au détriment des préoccupations de moyen et long termes. Le constat est du professeur d’économétrie appliquée Fouzi Mourji, qui était l’invité de «L’Info en Face» du groupe Le Matin du Sahara et du Maghreb.

«L’économiste estime ainsi que l’une des contraintes que l’Exécutif prend en compte dans l’élaboration de la loi de Finances est le maintien des équilibres macro-économiques, notamment le déficit budgétaire. Ce paramétrage macroéconomique bride ainsi les politiques de l’État dans l’investissement, le développement social et du capital humain», lit-on. Résultat des courses: une croissance économique limitée sur le moyen terme pour un pays qui aspire à intégrer le club des économies émergentes. «Pour preuve, le Royaume a enregistré ces trois dernières décennies un taux de croissance moyen qui tourne autour de 3,5-4%. Or les pays ayant enregistré une réelle émergence économique ont affiché des taux de croissance de 7%, voire plus.

«C’est d’ailleurs ce que recommandait la Banque mondiale déjà dans les années 1980. Car avec 7% de croissance, l’État peut faire face au défi du gain de productivité, résorber le chômage et gérer la croissance démographique», détaille le professeur universitaire. Selon lui, l’idéal serait de lever les contraintes de court terme pour pouvoir investir plus, notamment dans le capital humain et, partant, enclencher une croissance plus élevée à moyen terme qui est, elle-même, génératrice de recettes fiscales: IR, IS, TVA, etc. Grâce à cette performance, l’État pourra facilement s’attaquer aux contraintes budgétaires, dont le déficit qui se réduira de manière conséquente.

Évoquant les mesures fiscales contenues dans le projet de Budget 2024, Mourji affirme craindre que cette préoccupation uniquement en termes de recettes fiscales ait éludé une réflexion de base sur l’impact de la modification des taux. Concrètement, explique Mourji, dans la réforme de la TVA, «l’Exécutif a décidé de ne pas taxer le pain, mais il entend porter la TVA sur le sucre raffiné à 10% à terme contre 7%, actuellement. In fine, cette mesure a une dimension sociale puisqu’on veut que la population démunie accède à des produits de première nécessité à des tarifs à la portée de leur budget». Malheureusement, poursuit l’économètre, «quand on regarde cette dépense fiscale, en termes de coût pour le Budget de l’État, nous constatons que ce qui va aller vers les plus riches est beaucoup plus important que ce qui va aller vers les plus pauvres».

Par Lamia El Ouali
Le 13/11/2023 à 21h49