L’essor de l’industrie des batteries marque une nouvelle étape déterminante dans la trajectoire industrielle du Maroc. Alors que les méga-projets se multiplient pour positionner le Royaume dans cette chaîne de valeur mondiale d’avenir, une question fondamentale se pose: le pays dispose-t-il des ressources humaines nécessaires pour soutenir un tel virage technologique? L’émergence de cette filière de pointe impose en effet de former, dans un horizon de cinq ans, une main-d’œuvre capable de piloter les usines, d’assimiler des procédés complexes et d’en accompagner les évolutions, indique le quotidien Les Inspirations Éco. Devant ce défi, le constat initial invite au pragmatisme. Selon Nezha Hami-Eddine Echaïri, executive coach à l’Institut marocain du coaching, le pays n’est pas encore totalement prêt. Pour autant, ce décalage ne constitue pas un frein structurel. L’histoire industrielle récente du Maroc montre que la création de nouveaux secteurs ne s’appuie presque jamais sur un vivier préexistant et disponible d’emblée. Les écosystèmes de compétences se façonnent progressivement, au rythme de l’implantation des investisseurs et de la montée en charge de la production. L’enjeu ne réside donc pas dans la disponibilité immédiate des profils, mais dans la capacité du pays à apprendre, s’adapter et transmettre.
C’est à travers une formation professionnelle ciblée et continue que le Maroc pourra combler cet écart. Le secteur aura besoin d’experts en électrochimie, en matériaux, en automatisation ou encore en recyclage. Loin de partir de zéro, le Royaume peut capitaliser sur son socle existant pour requalifier et orienter ses cadres et techniciens vers ces nouveaux métiers. La demande à venir devra s’articuler autour d’une pyramide équilibrée: d’une part, des ingénieurs spécialisés en R&D, procédés et gestion des systèmes de batteries, et, d’autre part, des techniciens de maintenance, d’automatismes et de contrôle qualité. Enfin, des opérateurs de lignes et logisticiens maîtrisant les exigences des équipements automatisés, écrit Les Inspirations Éco.
Pour bâtir ce capital humain, le modèle automobile offre un précédent particulièrement éclairant. Le partenariat entre l’État, l’OFPPT et les grands constructeurs comme Renault a déjà prouvé l’efficacité de structures de formation façonnées sur mesure pour répondre aux exigences du terrain. Ce schéma pragmatique a de fortes chances d’être reproduit pour la filière des batteries. Deux voies complémentaires devraient ainsi être mobilisées: la création ou l’adaptation d’établissements publics spécialisés, couplée à l’envoi par les industriels de premières cohortes de collaborateurs en formation au sein de leurs maisons-mères à l’étranger.
Cette immersion internationale permettra de constituer un noyau dur de compétences. Une fois de retour, ces pionniers pourront adapter les savoir-faire au contexte local, les formaliser et les transmettre à nouveau aux générations futures. Au-delà du simple approvisionnement des usines en main-d’œuvre, le transfert technologique vise à ancrer durablement une expertise nationale. À terme, cette accumulation de connaissances posera les bases nécessaires pour voir émerger de véritables technologies et marques marocaines, aussi bien dans l’automobile que dans le stockage d’énergie.




