Le secteur automobile marocain franchit un cap historique, porté par une reprise spectaculaire du marché intérieur et une mutation profonde de son modèle économique. En 2025, le Royaume a enregistré l’immatriculation de 235.372 véhicules, signant une croissance annuelle impressionnante de 33,4% tirée autant par les particuliers que par les véhicules utilitaires légers. Cette dynamique remarquable met en lumière la résilience de la demande locale, tandis que l’édition 2026 du classement Les 500 Global confirme la place prépondérante de la filière, dont les 28 plus grands acteurs cumulent un chiffre d’affaires colossal de 101,3 milliards de dirhams.
Sous la surface de ce record commercial, la structure même du parc automobile subit une métamorphose rapide et irréversible. Le diesel, autrefois hégémonique avec 90% des parts de marché en 2021, s’est effondré à 70% en 2025 au profit des motorisations alternatives qui représentent désormais 12,5% des ventes. Cette transition est largement accélérée par l’offensive fulgurante des constructeurs chinois, qui ont vu leur présence exploser avec 11 nouvelles marques débarquées au cours de la seule année 2025. Ces nouveaux venus bousculent les réseaux historiques et captent déjà près de 9,4% du marché à la fin de l’année, même si les marques européennes conservent une solide domination avec 75% des immatriculations.
Cette effervescence commerciale profite pleinement aux grands groupes de distribution du Royaume, qui voient leurs volumes et leurs revenus s’envoler. La Centrale Automobile Chérifienne franchit la barre des 12 milliards de dirhams de chiffre d’affaires grâce à une hausse de 30% de ses ventes, tandis qu’Auto Hall consolide son activité en franchissant les 22.000 véhicules vendus.
Pour pérenniser ces performances, ces opérateurs diversifient méthodiquement leurs sources de revenus en développant le marché du véhicule d’occasion, les solutions de financement aux particuliers et les plateformes de services digitaux.
L’essor des marques asiatiques est particulièrement incarné par des trajectoires comme celle d’Auto Nejma, dont le chiffre d’affaires a bondi de plus de 45% en un an. Historiquement ancré sur le segment premium avec Mercedes-Benz, le groupe récolte les fruits de son partenariat stratégique avec le géant chinois BYD, qui s’impose en leader incontesté de l’électrique et de l’hybride rechargeable dans le pays. D’autres acteurs majeurs de la distribution, à l’image de Sefamar, Global Engines, Super Auto Distribution ou Scania Maroc, affichent également des progressions financières à deux chiffres,témoignant de la vitalité globale du commerce automobile national.
À l’opposé de cette euphorie commerciale interne, le volet industriel et exportateur montre des signes d’essoufflement temporaire face aux incertitudes mondiales. Les exportations automobiles marocaines ont accusé une légère contraction de 2% pour s’établir à 154,5 milliards de dirhams, reflétant les turbulences liées à la transition énergétique globale.Renault Group Maroc, bien qu’il demeure le premier acteur industriel du secteur avec plus de 59 milliards de dirhams de revenus et une position dominante sur le marché local via Dacia, a vu sa production baisser de 5% pour atteindre 394.474 unités assemblées sur ses sites marocains.
Pour maintenir la compétitivité du pôle industriel marocain sur l’échiquier mondial, les grands constructeurs réorganisent activement leurs capacités de production. Renault a scellé de nouveaux accords stratégiques avec l’État pour moderniser ses usines, viser la création de 7.500 emplois et préparer le lancement de nouvelles lignes de véhicules électriques à l’horizon 2030. De son côté, Stellantis Maroc accroît ses parts de marché à 18,2% grâce à une stratégie multi-énergies combinant thermique optimisé, hybride et électrique. La filière automobile marocaine entame ainsi une étape décisive où sa capacité à intégrer les nouvelles technologies conditionnera son statut de hub industriel international.




