Armement: le Maroc se positionne pour l’acquisition de sous-marins

 "Amur 1650" appartient à la 4ème génération des sous-marins russes. Ce sumersible, qui a vu le jour en 2012, est réputé être fatal aussi bien pour les navires de guerre que pour des cibles terrestres.

 Amur 1650 appartient à la 4ème génération des sous-marins russes.. DR

Revue de presseLa France a proposé au Maroc la fourniture de sous-marins de dernière génération et la construction d’un chantier naval clé en main à Casablanca. Un projet appelé à renforcer la puissance maritime du Royaume, rééquilibrer la présence navale en Méditerranée occidentale et transformer profondément la doctrine de la Marine Royale, jusque-là centrée sur la surveillance de surface et la défense du littoral. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 21/09/2025 à 19h48

Le 15 septembre dernier, une information stratégique a secoué le paysage militaire marocain: la France aurait proposé au Maroc la fourniture de sous-marins de nouvelle génération, accompagnée de la construction d’un chantier naval clé en main à Casablanca. Une initiative, indique le magazine Jeune Afrique, qui pourrait transformer en profondeur les capacités navales du royaume et redéfinir l’équilibre militaire en Méditerranée occidentale.

Avec plus de 3.500 kilomètres de côtes et une zone économique exclusive de 278.000 km², la Marine Royale reste aujourd’hui limitée à des frégates et patrouilleurs, insuffisants pour faire face à certaines menaces sous-marines. «Son voisin régional, l’Algérie, aligne déjà six submersibles russes, lui conférant un net avantage stratégique», écrit Jeune Afrique. La concrétisation du projet marocain ferait du royaume le deuxième pays d’Afrique du Nord à posséder une force sous-marine, marquant un tournant historique pour sa posture maritime.

Le marché des submersibles militaires, à la pointe de la technologie, est l’objet d’une concurrence internationale acharnée. La France propose ses modèles Scorpène, réputés pour leur furtivité et leur polyvalence, tout en offrant un transfert de technologie et une production locale. L’Allemagne mise sur ses Dolphin AIP et HDW 209/1400mod, connus pour leur fiabilité. La Russie joue également ses cartes avec l’Amur 1650, tandis que le Brésil et la Grèce mettent sur le marché des unités d’occasion, plus abordables mais moins performantes. Pour Rabat, le choix ne se limitera donc pas aux performances techniques. Coûts, transfert de compétences, compatibilité avec la flotte existante et alliances politiques seront déterminants.

Citant le colonel retraité de la Gendarmerie Royale Hassan Saoudi, aujourd’hui consultant géopolitique et fondateur de Securi-Consulting, Jeune Afrique explique que l’acquisition de sous-marins s’inscrit dans une stratégie historique. «Quiconque est maître de la mer détient un grand pouvoir sur la terre», rappelle-t-il, citant Richelieu. Selon lui, le Maroc, pays maritime par excellence, cherche à renforcer ses capacités navales pour affirmer son statut de puissance régionale. «Les sous-marins assurent une cohérence maritime complète et permettent au royaume de se préparer à la guerre pour ne pas avoir à la faire», précise le colonel.

Outre les performances techniques, le choix du fournisseur devra prendre en compte l’interopérabilité avec la flotte existante, la maintenance locale et la diversification des partenaires pour éviter toute dépendance. «Les considérations géopolitiques seront également cruciales», note-t-il.

L’Algérie ne préoccupe pas outre mesure les autorités marocaines. «Le Maroc n’a jamais considéré l’acquisition des sous-marins algériens comme une menace», souligne Hassan Saoudi.

Également cité par Jeune Afrique, Nizar Derdabi, fondateur de Safe Skills et enseignant à l’École de guerre économique de Rabat, souligne que la perspective de sous-marins introduirait une rupture doctrinale majeure pour la Marine Royale. Jusqu’ici centrée sur la surveillance de surface et la défense du littoral, celle-ci entrerait dans une dimension stratégique nouvelle. «Le sous-marin est l’arme de l’incertitude: il transforme la mer en un espace opaque où l’ennemi ignore s’il est observé», explique-t-il. Cette capacité permettrait d’instaurer une dissuasion crédible. «Passer au sous-marin, c’est passer d’une posture de surveillance à une posture de dissuasion», ajoute-t-il.

Cela étant, la France, avec ses liens militaires récents et la proximité des offres Scorpène, dispose d’un avantage. L’Allemagne, avec ses Type 214, reste un concurrent sérieux. «Les offres coréennes, bien que compétitives, se heurtent à l’obstacle logistique de la distance», souligne Nizar Derdabi.

Sur le plan régional, il ne s’agit pas d’une course aux armements mais d’un rééquilibrage stratégique. Le Maroc viserait trois unités pour maintenir une capacité opérationnelle permanente. «Le déséquilibre crée l’instabilité», rappelle l’expert.

La sécurisation des infrastructures maritimes (gazoduc Nigeria-Maroc, plateformes offshore, routes commerciales et câbles sous-marins) justifie la nécessité d’une force sous-marine. Paradoxalement, cette acquisition pourrait renforcer la stabilité régionale en instaurant une incertitude stratégique, décourageant toute action hostile en Méditerranée occidentale.

Par La Rédaction
Le 21/09/2025 à 19h48