Agriculture: comment la filière de l’arganier entend faire sa révolution

Une unité de production d'huile d'argan. (Photo d'illustration).. DR

Avec la signature d’un nouveau contrat-programme entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’argane (Fifargane), la culture de l’arganier s’apprête à connaître une réforme décisive. Objectifs: augmenter la production, développer le conditionnement et les exportations et moderniser les circuits de distribution et de commercialisation. Les détails.

Le 23/05/2023 à 15h04

Une réforme majeure se prépare dans la filière marocaine de l’arganier, dans le sillage du nouveau contrat-programme signé, en marge du SIAM, entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’argane (Fifargane). Au menu: une meilleure exploitation du potentiel de cette culture à travers l’extension de la superficie de l’arganeraie réhabilitée, la modernisation des méthodes de production et une valorisation plus poussée de l’huile d’argan.

«Ce contrat-programme apportera des changements positifs à notre filière, étant donné qu’il a été conçu dans le but de développer la production d’huile d’argan de manière durable et responsable, en soutenant les agriculteurs locaux et en assurant la qualité des produits finaux», commente Ahmed Atbir, président de la Fifargane, contacté par Le360.

Le coût total des actions prévues dans ce contrat-programme, qui s’étale sur la période 2021-2030, s’élève à 3,64 milliards de dirhams, dont 3,51 milliards sont financés par l’État, le reste (128,27 millions de dirhams) étant assuré par la fédération professionnelle.

Une extension des superficies

Fixés pour l’horizon 2030, les objectifs sont pour le moins ambitieux. Tout d’abord, la réhabilitation de l’arganeraie devrait s’étendre à une superficie de 411.000 hectares. En parallèle, la plantation de l’arganier agricole est prévue sur 50.000 hectares, dont 48.000 seront dédiés à l’agriculture solidaire. Cette extension des superficies se traduirait par une hausse de la production d’huile d’argan, pour atteindre un volume de 10.000 tonnes en 2030, dont la moitié se destinera à l’exportation.

L’extension des superficies cultivées sera accompagnée par la modernisation de la filière. Celle-ci passe par l’adoption d’outils de transformation plus performants, afin de réduire les pertes et favoriser la transformation locale de l’huile d’argan en limitant les exportations en vrac. Actuellement d’environ 20%, le taux de conditionnement passerait à 50% d’ici 2030.

Une meilleure valorisation de la production

Le contrat-programme vise également une meilleure valorisation de la production. Dans ce cadre, la Fifargane s’engage à sensibiliser les opérateurs sur la nécessité de mettre à niveau l’aménagement et l’équipement de 213 unités de valorisation (sur les 381 existantes), leur permattant ainsi de répondre aux normes de l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA)

En outre, la fédération interprofessionnelle va encourager les opérateurs à créer 31 nouvelles unités de valorisation, qui viendront renforcer les capacités de transformation d’huile d’argan. La Fifargane va aussi promouvoir l’agrégation autour des unités de collecte, de concassage et de production des amandons, une stratégie qui favorise la coopération entre les acteurs de la filière et facilite la mise en commun des ressources, synonyme de meilleure efficacité et d’une optimisation des coûts.

Soutenir les opérateurs

«Le contrat-programme prévoit aussi des mesures de soutien aux agriculteurs, en leur offrant des formations et des incitations pour adopter des pratiques agricoles durables. Cela permettra d’améliorer les rendements, de renforcer l’autonomie économique des communautés locales et de réduire leur dépendance à l’égard de l’agriculture traditionnelle», ajoute Ahmed Atbir.

«L’un des plus grands défis à relever pour la filière est celui des besoins en eau. La sécheresse qui frappe régulièrement les zones de plantation, mettant ainsi en péril la croissance et la santé des arganiers. En outre, la rareté des ressources en eau dans ces régions pose un défi supplémentaire pour la survie de ces arbres emblématiques», poursuit Ahmed Atbir.

C’est ainsi que l’utilisation de bonnes pratiques culturales, la promotion de l’irrigation localisée par goutte-à-goutte sur 2.000 hectares d’arganiculture, l’adoption de l’énergie solaire et la mise en place de cinq unités de valorisation des sous-produits de l’arganier font partie des actions prévues par la Fifargane pour assurer le développement durable de la filière et la préservation des ressources naturelles.


Par Hajar Kharroubi
Le 23/05/2023 à 15h04