C’est sur une rencontre entre deux traditions musicales profondément enracinées dans l’histoire culturelle du Maroc que s’est refermée, samedi soir à Essaouira, la 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques. Portée par la voix et le guembri de l’artiste gnaouie Hind Ennaira et les chants de Piyut Ensemble, cette création a réuni sur une même scène les rythmes gnaoua et les poèmes liturgiques du piyut marocain, dans un dialogue musical aussi singulier que fécond.
Cette soirée a concrétisé un projet mûri depuis plusieurs années par les organisateurs du festival: faire se rencontrer ces deux traditions au sein d’une interprétation commune.
Esquissée en 2022, cette initiative a pris une nouvelle dimension à travers un travail musical approfondi entre les artistes. Composé de 18 musiciens de différentes générations, Piyut Ensemble œuvre à la préservation et à la transmission du piyut, cet art de la poésie liturgique chantée profondément ancré dans le patrimoine juif marocain.
Pour préparer cette collaboration, les musiciens ont notamment travaillé à partir de chants et de rythmes gnaoua, auxquels ils ont associé des textes issus du recueil «Yagdil Yaakov», transmis notamment par Jojo Abouhassirah, membre de l’ensemble. Un répertoire particulier, lié à l’histoire des communautés juives du Tafilalet et à une tradition de transmission orale que les artistes entretiennent depuis près de vingt ans.
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«Nous attendions depuis longtemps de trouver une artiste qui puisse nous accompagner dans cet échange et ce partage autour de cette belle musique», a expliqué Raphaël Bensoussan, membre de Piyut Ensemble, évoquant un premier concert organisé en juillet dernier à Jérusalem. Une expérience qu’il qualifie de particulièrement réussie et qui a permis aux artistes de retrouver, à Essaouira, un répertoire déjà travaillé et enrichi au fil des répétitions. «Il y avait un vrai dialogue. C’était naturel », a-t-il souligné, dans un entretien accordé à Le360 insistant sur la fluidité des échanges entre les deux univers musicaux.
Au-delà de la rencontre artistique, cette collaboration repose sur une histoire de transmission. Les piyoutim interprétés par l’ensemble sont notamment issus d’un répertoire constitué par des rabbins de la famille Abouhassirah, dans la région du Tafilalet. Ces chants, appris et perpétués oralement, accompagnent notamment les hiloulot, cérémonies organisées en hommage aux grands rabbins du Maroc. Chaque lieu de mémoire, chaque figure spirituelle possède ainsi ses propres chants, transmis de génération en génération.
Hind Ennaira: Un public «formidable et connaisseur»
Pour Hind Ennaira, qui participait pour la deuxième fois au Festival des Andalousies Atlantiques, cette expérience revêt une dimension particulière. L’artiste souirie s’est réjouie de cette nouvelle collaboration, qu’elle décrit comme une rencontre musicale appelée à se perfectionner au fil des concerts. «À chaque fois, il y a de nouveaux arrangements et des changements pour le mieux. À chaque fois, nous progressons et nous nous harmonisons davantage les uns avec les autres», a-t-elle confié, soulignant la singularité de ce dialogue entre le gnaoua et le piyut.
Forte d’une précédente expérience de fusion entre musique gnaoua et répertoire andalou au sein de l’Orchestre d’Amsterdam, Hind Ennaira estime que cette nouvelle aventure lui permet d’explorer d’autres sonorités tout en restant fidèle à ses racines musicales. Native d’Essaouira, elle a également exprimé sa fierté de prendre part à cette manifestation dans sa ville natale, saluant l’accueil d’un public «formidable et connaisseur».
Les membres de Piyut Ensemble ont de leur côté exprimé leur bonheur de présenter cette création à Essaouira, qu’ils considèrent comme la capitale mondiale de la musique gnaoua. Ils ont également souligné la portée symbolique de cette rencontre, porteuse d’un message de paix et de rapprochement entre les peuples, avec l’espoir de voir cette création voyager vers d’autres scènes à l’international.




