Marrakech Comedy Festival: place à Malik Bentalha et aux étoiles montantes du stand-up francophone

Les artistes ayant participé au Gala francophone du Marrakech Comedy Festival, lors d'un point presse tenu le samedi 6 juin, le lendemain de leurs prestations. (K.Essalak/Le360)

Le 06/06/2026 à 19h00

VidéoAprès un Gala arabophone réussi, le Marrakech Comedy Festival a enchaîné avec sa grande soirée francophone portée par Malik Bentalha, le vendredi 5 juin 2026 au Palais des Congrès. Aux côtés d’une multitude d’humoristes de la scène francophone, le cofondateur du festival a alterné présentation, sketchs et performances musicales au cours d’une soirée marquée par la présence d’invités surprises.

Le Gala francophone constituait le deuxième grand rendez-vous de cette édition inaugurale, au lendemain du Gala arabophone animé par Eko. Malik Bentalha, cofondateur du festival avec Karim Debbouze, en a assuré la présentation ce vendredi 5 juin, tout en intervenant lui-même à plusieurs reprises en tant que performer.

Bentalha a occupé la scène bien au-delà d’un rôle de fil conducteur. Il a rendu hommage à Michael Jackson en interprétant plusieurs de ses morceaux et en imitant ses chorégraphies. Il s’est également déguisé en l’imam Chalghoumi, figure publique connue pour ses interventions médiatiques sur l’islam en France, en reproduisant ses postures et son élocution derrière un pupitre. La soirée a par ailleurs connu une séquence de comédie musicale improvisée, Bentalha ayant chanté un extrait du film Aladdin en direction de l’humoriste Meryem Benoua, dans une parodie de drague.

Entre présentation et performance, il reste cohérent avec sa trajectoire d’artiste qui mêle depuis longtemps comédie, chant et incarnation de personnages. Dans une déclaration pour Le360, Malik Bentalha situe la logique du Gala dans une volonté affirmée de visibilité pour la scène émergente: «On a voulu mettre en avant des jeunes talents parce que c’est important pour nous de faire émerger et apparaître de nouveaux humoristes.»

Le programme officiel du Gala réunissait neuf humoristes issus de la scène stand-up francophone: Meryem Benoua, Sarah Lélé, Tom Baldetti, Jason Brokerss, Léopold Lemarchand, Hugo Le Van, Youness Hanifi, Paul de Saint Sernin et Nordine Ganso. Ce dernier se trouvait dans une configuration particulière: il présentait son spectacle solo «Violet» le même soir en première partie, avant de rejoindre le plateau du Gala en fin de soirée.

Une réunion d’artistes aux profils et aux thématiques sensiblement différents, reflet d’un gala pensé comme une vitrine de la diversité humoristique. Meryem Benoua a abordé la drague de rue au Maroc, les ajustements de la vie de couple lors d’un emménagement à deux et les petits travers des relations de longue durée. Sarah Lélé, de son côté, a construit son passage autour de son père et du féminisme.

Tom Baldetti est revenu sur ses débuts dans le stand-up et son déménagement de la campagne vers Paris, avant d’aborder la consommation de cannabis, le rapport sans filtre des enfants face aux adultes et la petite souris comme construction narrative. Jason Brokerss a centré sa prestation sur la parentalité, en mettant en regard deux façons d’élever des enfants: hier et aujourd’hui.

Paul de Saint Sernin a traité du vouvoiement de ses parents, de la vie dans une grande famille, des clubs de football pour enfants et des comportements dans les vestiaires selon que l’on se douche avec ou sans sous-vêtements. Youness Hanifi a évoqué ses débuts dans le stand-up, la location immobilière à Paris, les comportements atypiques dans les transports en commun et la dynamique entre ses parents. Léopold Lemarchand a, quant à lui, articulé son passage autour de deux axes: les règles internes du stand-up et la mort.

Hugo Le Van: le registre du tabou est-il celui qui fonctionne le mieux?

Parmi l’ensemble des prestations, celle d’Hugo Le Van est sans doute celle qui a suscité les réactions les plus marquées du public. L’humoriste a abordé des thèmes délibérément tabous, comme le surpoids ou la sexualité, ainsi que, dans un registre différent, les «bobos» parisiens. Une prise de risque qui a manifestement trouvé une résonance dans la salle.

Amine Radi, Jonathan O’Donnell et Louis Cattelat ont également participé à la soirée, présentés au public comme des invités surprise. Mais ils n’étaient pas les seuls…

Deux performances ont rompu avec le format stand-up habituel. Il y a d’abord eu Sossam, magicien, qui a fait monter sur scène Amandine Henry, figure du football féminin français. Dans ses déclarations en amont du festival, Sossam a distingué les logiques propres à la vidéo et au live: «Chaque univers a ses exigences. Les vidéos, aujourd’hui, c’est un langage presque universel. Mais la scène, c’est autre chose. Là, on est dans le véritable travail du live. Tout se passe dans l’instant, face au public.» Il a précisé ne pas faire de distinction entre public français et public marocain, estimant que «la magie touche quelque chose d’universel».

Seconde surprise, la montée sur scène de Charlie Haid, mentaliste, qui a proposé un exercice participatif: deviner les mots auxquels trois spectateurs dans le public pensaient. La soirée a également accueilli le chanteur Soprano, qui a assuré une participation musicale en fin de Gala.

Dans un échange avec Le360, Nordine Ganso a décrit cet enchaînement entre son spectacle et le Gala comme une source de pression. «J’ai vraiment enchaîné mon spectacle et le Gala. Quand je suis sorti de scène, j’ai croisé de nombreux humoristes qui terminaient leur passage. Je me suis mis la pression», a-t-il confié. L’humoriste a néanmoins exprimé «une très grande fierté» d’avoir pu présenter son spectacle au Maroc devant ses proches.

D’origine marocaine par sa mère, il entretient un lien régulier avec le Royaume, où il séjourne chaque été. Il y avait d’ailleurs déjà présenté son spectacle «Violet» à Casablanca et à Marrakech lors de précédentes tournées. Interrogé avant l’événement, il confiait que son écriture repose sur un principe simple: la sincérité. «Plus je suis sincère, plus les gens se sentent concernés, et ce, peu importe d’où ils viennent», expliquait-il.

Le Gala francophone s’est ainsi achevé sur une programmation largement consacrée à la nouvelle génération de l’humour, fidèle à la volonté affichée par Malik Bentalha de mettre en lumière des talents émergents. Le festival se clôture samedi 6 juin avec une seconde représentation du Gala francophone ainsi qu’un spectacle solo de Yassar. Quant à Nordine Ganso, il abordait ce dernier rendez-vous avec l’envie de prendre sa revanche sur une première soirée vécue sous pression. Délesté de l’enchaînement entre son spectacle et le Gala qui avait pesé sur sa prestation de la veille, il promettait de «jouer plus haut» et d’«envoyer» davantage pour cette ultime représentation.

Par Camilia Serraj et Khalil Essalak
Le 06/06/2026 à 19h00