Peintre, poète, performeur, photographe et musicien… L’artiste britannique Brion Gysin, souvent associé à la Beat Generation, était tout cela à la fois. Son œuvre, qui se déploie à l’intersection de la peinture et de l’écriture, mobilisant une gamme sans cesse renouvelée de langages plastiques, fait l’objet depuis le 10 avril d’une rétrospective au MAM de Paris, retraçant ses pérégrinations à travers le monde. À la recherche de mouvements alternatifs et underground qu’il retrouve dans les milieux créatifs et intellectuels les plus divers.
S’il entretient une relation spéciale avec Paris, «l’autre ville de sa vie, c’est Tanger», rappelle le magazine Vanity Fair. En effet, depuis sa découverte de la ville du Détroit avec son ami Paul Bowles, celui-ci y plongera profondément ses racines. «Dans les années 1950, il y ouvre un restaurant, Les 1001 nuits, qui voit passer la fine fleur de la bohème internationale. Dont un certain William Burroughs, venu quelques jours, qui finira par rester cinq ans au Maroc», rappelle la publication.
Car, bien qu’ayant sillonné le monde — de la Grèce à l’Italie, en passant par les États-Unis et la France —, le Maroc est le pays qui a laissé une empreinte particulière dans la vie et le parcours de l’artiste. C’est en effet au Royaume qu’il découvre la spiritualité islamique, la calligraphie ainsi que la musique envoûtante des musiciens de Jajouka, considérés par certains comme des précurseurs du rock. Ces derniers tirent leur nom de leur village, situé dans les hauteurs non loin de Ksar El Kebir. Le lieu est devenu, dès les années 1950, l’un des hauts lieux marocains de la Beat Generation et de la culture rock, après sa découverte en 1951 par Brion Gysin et Paul Bowles. Leur fascination a ensuite attiré plusieurs figures mythiques de la scène musicale internationale, parmi lesquelles Brian Jones, Jimmy Page, Jimi Hendrix, Ravi Shankar ou encore le jazzman Ornette Coleman. William S. Burroughs qualifiait d’ailleurs les musiciens de Jajouka de «groupe de rock vieux de 4.000 ans».
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Nourrie de ces rencontres, l’incessante pulsion créatrice de Brion Gysin s’est exprimée à travers des formes telles que la poésie sonore et visuelle, le cinéma expérimental, la performance, le roman et la musique, sans oublier la peinture et la photographie.
L’exposition présentée au Musée d’Art Moderne de Paris retrace les grandes étapes de ce parcours hors norme, traversant les avant-gardes du 20ème siècle. En contrepoint, elle met également en lumière les œuvres d’artistes — amis parisiens ou tangérois — dont Brion Gysin fut proche ou qu’il a profondément inspirés. De William S. Burroughs à Françoise Janicot, en passant par Bernard Heidsieck, John Giorno, Keith Haring, Patti Smith ou encore Ramuntcho Matta.
L’exposition, qui réunit plus de 140 œuvres, s’appuie principalement sur le fonds Gysin du Musée d’Art Moderne de Paris, considéré comme l’un des plus riches au monde. Cet ensemble est enrichi par des prêts exceptionnels provenant de collections publiques et privées, en France comme à l’étranger.
Le parcours propose notamment une sélection d’œuvres illustrant l’intérêt de l’artiste pour le rêve, le surréalisme et les effets des drogues sur l’esprit. Il se poursuit à travers les différents lieux qui ont marqué ses voyages et profondément influencé son univers artistique.
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L’exposition aborde ensuite les différentes facettes de son processus créatif: le Cut-up et les permutations; le dessin, l’écriture et la calligraphie ou encore l’aventure de la Dreamachine, un cylindre rotatif pourvu de fentes et d’une ampoule en son centre. «La rotation du cylindre fait que la lumière émise par l’ampoule traverse les fentes à une fréquence particulière ayant la propriété de plonger le cerveau dans un état de détente et de procurer des visions à l’utilisateur, lorsque celui-ci regarde la Dreamachine les yeux fermés, à travers ses paupières», explique le MAM dans un communiqué.
À découvrir aussi, les différentes formes du jeu et de la performance; ses incursions dans les territoires de la magie et l’effet proprement ensorcelant qu’il a eu sur ses contemporains; enfin l’utilisation de la photographie comme signe de son rapport à la réalité et du photomontage comme révélateur de sa présence au monde.
«Le dernier musée» de Brion Gysin. Du 10 avril au 12 juillet 2026 au Musée d’Art Moderne de Paris.




