Jbara: «Lala Malika», une fusion marocaine élevée au rang d’art universel

Jbara.

Avec «Lala Malika», Jbara signe bien plus qu’un nouveau clip. Le pionnier de la fusion marocaine y dévoile une œuvre où la transe gnawa se fond dans une production épurée et percutante, portée par des paroles en anglais. Un titre de maturité qui propulse la musique marocaine sur la scène internationale.

Le 23/05/2026 à 20h34

Jbara est de retour avec le projet Lala Malika, une œuvre audacieuse où la puissance du rock rencontre les rituels envoûtants du patrimoine ancestral marocain. Entre transe spirituelle et riffs électriques acérés, le pionnier de la fusion marocaine revisite les figures de l’imaginaire culturel marocain avec une signature unique, mêlant tradition et modernité universelle.

Placer Lala Malika dans la trajectoire de Jbara revient à observer comment un pionnier de la fusion alternative marocaine affine son art au fil des décennies. Depuis ses débuts, l’artiste explore les frontières invisibles entre le patrimoine local et l’énergie brute de l’Occident. Jbara s’est fait connaître par une fusion organique, presque sauvage. Sa guitare électrique dialoguait directement avec le guembri, les krakebs, la rythmique berbère ou le raï. L’énergie y était très rock, live, portée par l’authenticité d’un cri de liberté. Avec le double album éclectique Swaken Tsookin, il a commencé à théoriser son rôle de passeur de mémoire, rendant hommage à la diversité des rythmes du Royaume tout en structurant davantage ses morceaux.

Ceux qui l’ont côtoyé de près témoignent d’un artiste d’exception. Nouamane Lahlou, musicien et compositeur de renom, se souvient: «Jbara est un très grand artiste, musicien et compositeur, un as de l’informatique musical. Nous avons réalisé plusieurs œuvres ensemble dont un album en 2006 et un grand nombre de ses chansons ont connu beaucoup de succès. J’ai hâte que nous puissions retravailler ensemble

Les textes de Jbara portaient par le passé une parole d’exil, d’africanité, de frontières à abattre ou de critique sociale directe, alternant entre la Darija et d’autres langues. Sur Lala Malika, l’approche textuelle bascule dans l’onirisme anglo-saxon. En mariant des paroles en anglais à une thématique spirituelle marocaine, il détache la transe de son seul ancrage local pour lui donner une portée internationale.

C’est peut-être là que la rupture est la plus flagrante. L’imagerie de Jbara était jusqu’ici très axée sur la performance scénique, l’authenticité de la rue, de l’Atlas ou d’Essaouira, avec une esthétique spontanée ancrée dans le terroir. Le clip signé Achraf Maadadi impose désormais une direction artistique digne des standards cinématographiques internationaux. On quitte le naturalisme pour entrer dans un clair-obscur théâtral et symbolique, magnifié par la performance d’Ayoub Elayady. Le visuel ne sert plus seulement à illustrer la musique, il devient une œuvre d’art plastique parallèle. Un voyage sensoriel hypnotique où chaque plan raconte une histoire.

Lala Malika n’est pas une rupture avec le passé, c’est la quintessence du travail de Jbara. C’est le titre de la maturité: moins de fioritures, une production plus minimaliste et percutante et une ambition visuelle qui hisse la fusion marocaine. Ce nouvel opus marque à la fois une fidélité absolue à ses racines et un virage net dans sa maturité de production.

Par Qods Chabâa
Le 23/05/2026 à 20h34