Placée sous le thème «Gardiens du geste et du patrimoine», la 29ème édition du Festival des musiques sacrées du monde de Fès se tiendra du 4 au 7 juin 2026.
Cette édition célèbre celles et ceux qui préservent et perpétuent le patrimoine dans ses formes les plus vivantes: artistes, musiciens, ensembles et créateurs porteurs de mémoires, passeurs de traditions, gardiens de gestes affinés au fil des siècles.
À cette occasion, l’écrivain Tahar Ben Jelloun participera au forum du samedi 6 juin consacré aux artisans et à la transmission des métiers.
Les travaux s’articuleront autour de trois axes: l’art et artisanat, le geste dans le métier et l’artisan face au marchand, à la labélisation et à la protection des droits des créateurs.
La transmission de l’ingéniosité des maâlmines aux apprentis y est décrite comme un art complexe, répétitif certes, mais créatif et original. Dans tout geste qui crée une pièce artisanale, il n’y a pas imitation, il y a création d’œuvres de même nature par les mêmes gestes. Le maâlem est la veine essentielle dans la perpétuation d’un métier de l’art. Transmis de maître à apprenti, de génération en génération, les métiers ne sont pas figés. Le maître adapte, invente et crée.
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Le forum mettra également en lumière les menaces qui pèsent sur l’artisanat authentique. La concurrence des imitations industrielles à bas prix, la prédominance d’une clientèle peu exigeante sur la qualité et les exigences des circuits massifs de commercialisation obstruent les conditions de l’artisanat d’art.
Déstructurées et appauvries en partie de leur authenticité, les créations artisanales sont soumises à des menaces structurelles dangereuses. Des problèmes majeurs se posent avec acuité. La labellisation des créations et son contrôle, la qualité des formations techniques artisanales modernes, la reconnaissance et le respect de la propriété intellectuelle des maîtres. Les jeunes ne rêvent plus des mêmes symboles que leurs aînés. Leurs besoins de mobilité, leurs ambitions légitimes et leurs attentes à des conditions de vie plus sécurisantes sont des défis majeurs.
Le programme de la 29ème édition déploie une richesse exceptionnelle sur trois sites: Bab Al Makina, le Jardin Jnan Sbil et Dar Adiyel.
La soirée inaugurale, donnée à Bab Al Makina le jeudi 4 juin à 21h, sera marquée par la création «Anima Ex Materia, du ciel à la Terre». Cette fresque poétique et sensorielle célèbre l’âme secrète de l’artisanat, cet héritage vivant qui palpite dans chaque ruelle de la médina. La main de l’artisan ne façonne pas seulement la matière, elle prolonge le geste premier, celui par lequel le monde advint. Portée par des artistes venus du Maroc, d’Inde, d’Ouzbékistan, du Kazakhstan, de Chine, du Cambodge et de Serbie, cette création convie à une expérience immersive où les cultures dialoguent et où les gestes ancestraux deviennent langage universel.
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Le vendredi 5 juin, la soirée de Bab Al Makina réunit sous le titre «Hymnes Voix de femmes d’Orient et d’Occident» quatre univers distincts: les traditions syriaques et araméennes de Ghada Shbeir, la virtuosité du chant classique hindoustani de Kaushiki Chakrabarty, la mémoire andalouse ravivée dans le matrouz par Nabyla Maan et la polyphonie organique du collectif BODIES. Au Jardin Jnan Sbil, la Compagnie Tarantarte présente «Taràn Taranta Tarantella», rite ancien venu du Salento qui réactive la tarantella comme mémoire vive, entre héritage magno-grec et pulsation contemporaine.
Le même soir, le Jardin Jnan Sbil accueille L’Antidote, trio réunissant Bijan Chemirani aux percussions persanes, Rami Khalifé au piano et Redi Hasa au violoncelle. Trois héritages distincts convergent en un courant libre et organique, pensé comme une réponse poétique aux tensions du monde contemporain.
Le samedi 6 juin, Sami Yusuf investit la scène de Bab Al Makina dans un concert prenant la forme d’une méditation collective. Sa musique circule entre traditions persane, turque, azerbaïdjanaise, soufie andalouse et qawwali indo-pakistanais.
Plus tard dans la nuit, Sanam Marvi offre au Jardin Jnan Sbil des chants soufis portés par les poèmes des maîtres soufis Baba Bulleh Shah et Sachal Sarmast.
Le dimanche 7 juin, la soirée de clôture à Bab Al Makina est consacrée à «La Nuit du samâ, de Fès à Konya». Le samâ, tradition soufie ancrée du Levant au Maghreb, représente au Maroc l’une des expressions spirituelles les plus raffinées de la culture soufie maghrébine et arabe. À cette tradition s’ajoute l’expression mevlevi issue de l’enseignement de Djalal ad-Dîn Rumi, qui accordait une place centrale au son dans l’expérience mystique.



