Baptisée Woven letters (Lettres tissées), cette exposition met en scène des meubles et des tapis porteurs d’histoires personnelles et culturelles, à la croisée de l’artisanat marocain et du design néerlandais.
Au cœur de l’exposition s’impose une conviction: le tapis marocain est bien plus qu’un objet décoratif. Dans la tradition amazighe, les textiles portent une riche symbolique liée à la féminité, à la fertilité, au mariage, à la protection ou encore à la mort. Tissée par les femmes, chaque pièce devient ainsi le dépositaire d’une histoire intime, où les grandes étapes de la vie se racontent à travers les motifs et les couleurs, dans un langage transmis de génération en génération.
L’exposition présente plusieurs créations nouvelles, dont la pièce Bénédictions, un cabinet chargé de symboles. Traditionnellement, ce meuble accompagne le passage à l’indépendance d’une jeune mariée marocaine. C’est le seul meuble personnel qu’elle emporte en quittant le foyer familial. Pour le réaliser, Mina Abouzahra a fait appel à deux artisans néerlandais. Tsugi Woodworks, pour une structure en bois assemblée selon des techniques japonaises sans colle ni clous, et Het Borduurburo, pour les broderies ornant les panneaux textiles.
Parmi les autres pièces marquantes figurent le Sofa Goity, empilement de matelas rendant hommage aux liens familiaux et à la cohabitation intergénérationnelle au Maroc, ainsi que le fauteuil Abouzahra X Rietveld, réinterprétation d’un modèle de Wim Rietveld, fils du célèbre designer Gerrit Rietveld, associant l’austérité néerlandaise d’après-guerre à la richesse des textiles marocains tissés main.
Pièce maîtresse de l’exposition, la tapisserie monumentale Lettre renvoie à une tradition propre à Taznakht. Lorsqu’une jeune femme amazighe se marie et quitte sa famille, elle reste coupée de tout contact direct pendant un an. Durant cette période, elle tisse une tapisserie où couleurs et symboles expriment son état intérieur. Son père lui rend visite une seule fois, puis rapporte l’ouvrage à la mère, qui «lit» cette lettre tissée à travers le langage du tissage.
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L’exposition s’inscrit en résonance avec Murs des Merveilles, la grande exposition d’automne du musée de Gouda consacrée à l’histoire du tissage local. Pour l’occasion, Mina Abouzahra a conçu, avec les communautés de Gouda, des coussins contemporains tissés à Taznakht, réinterprétant les coussins traditionnels des guildes. Un pont inattendu entre l’histoire textile néerlandaise et la tradition vivante du tissage marocain, d’autant plus significatif que près d’un habitant de Gouda sur dix a des racines dans les montagnes du Rif septentrional et la culture amazighe.
À propos de Mina Abouzahra
Née aux Pays-Bas de parents marocains, Mina Abouzahra a grandi entre deux cultures. C’est lors de ses études à l’École supérieure du bois et de l’ameublement qu’elle découvre les traditions du pays de ses parents, un artisanat qui continue aujourd’hui d’irriguer tout son travail. Ses créations figurent désormais dans plusieurs collections muséales, et elle a été distinguée en 2022 par le Prix néerlandais de la créativité ainsi que le Prix européen du design. «À travers mon travail, je perpétue mon héritage culturel et j’exprime mon identité marocaine», confie-t-elle.
Depuis 2013, Mina Abouzahra dirige un studio de design entre Amsterdam et Taznakht, dans le sud du Maroc, où elle collabore avec une coopérative de tisseuses perpétuant les traditions amazighes séculaires. Elle milite en parallèle pour des conditions de travail équitables et une juste rémunération de ces artisanes.
«Mina Abouzahra – Woven Letters»
Du 26 septembre 2026 au 29 mars 2027 au musée de Gouda, Pays-Bas.




