«Maroc, mon amour!», le dernier récit de France Colle, se présente comme un véritable hymne au Maroc, à la croisée du récit de voyage, de la déclaration intime et du témoignage admiratif sur les femmes du Sud. Édité aux Éditions du Panthéon en avril 2026, l’ouvrage invite le lecteur à suivre l’auteure d’Ouarzazate à la vallée des Roses, de Zagora aux dunes de Tinfou, dans une traversée où le paysage devient autant un décor qu’un révélateur d’émotions.
France Colle fait la part belle aux panoramas grandioses, aux lumières du désert, aux oasis préservées, aux villages enracinés dans la terre et aux kasbahs qui semblent garder la mémoire du pays. Dès les premières pages, elle écrit: «La vallée des Roses est une pure merveille, un paradis marocain où la nature est protégée, un lieu sublime unique au monde, comme cela est d’ailleurs souvent le cas dans le royaume». Les mots évoquent des décors «époustouflants devant lesquels le visiteur retient son souffle». Cette emphase sur la beauté remarquable du pays fait du voyage une expérience presque mystique. Le Maroc n’y est pas seulement observé: il est ressenti, aimé, intériorisé, comme un lieu de consolation et de renaissance.

À travers ce périple, l’auteure dresse le portrait d’un pays décrit comme un «pays chargé d’histoire et d’émotion», peuplé d’habitants chaleureux et forgé par une monarchie qu’elle admire profondément. Elle le dit avec une verve insatiable: «Le peuple marocain, il est ma famille, ma seule et vraie famille. Le Maroc m’a tellement aimée, tellement consolée, tellement réchauffée. Le Maroc, c’est l’amour de ma vie, c’est mon essentiel. Et sans le Maroc, je ne serais pas moi-même. Sans le Maroc, je serais dépossédée de moi-même». Plus qu’un simple hommage, ce livre apparaît ainsi comme le récit d’un attachement viscéral, presque filial, entre France Colle et le Royaume du Maroc.
Un voyage aux paysages «impressionnants»: la dimension spirituelle
Le livre se structure autour d’une description détaillée des paysages et des lieux emblématiques de la région. France Colle célèbre la beauté du Maroc à travers sa déambulation avec Mustapha, son chauffeur et guide, qui lui permet de découvrir l’âme d’Ouarzazate et des multiples kasbahs qui jalonnent son parcours. À travers ces haltes, ce n’est pas seulement un itinéraire touristique qui se dessine, mais une traversée sensible d’un Maroc profond, minéral, lumineux, où chaque paysage semble porter une mémoire.
La plus grande palmeraie de la vallée des Roses, Skoura, au pied de l’Atlas, est décrite comme une oasis enclavée au milieu du désert, qui «compte des milliers et des milliers de palmiers», mais surtout des arbres inattendus comme les «figuiers et les grenadiers», qui poussent comme par miracle dans cette terre aride. Ces oasis donnent au récit une force presque spirituelle. Elles apparaissent comme des prodiges d’équilibre entre la sécheresse et la vie, entre la roche nue et l’eau cachée, entre la rudesse du climat et la générosité de la terre. Dans ces paysages, le palmier n’est pas seulement un arbre: il devient un signe de résistance, une promesse d’ombre, de fraîcheur et de fécondité. Les kasbahs, les jardins, les canaux d’irrigation, les chemins de poussière et les villages en pisé composent un décor où le temps semble plus lent, plus ancien, plus habité.
Le témoignage souligne aussi l’immersion personnelle de l’auteure. France Colle confie vivre ce voyage comme une expérience intime et spirituelle. Elle évoque un lien affectif fort avec le pays: «Le Maroc est un pays (…) où l’authenticité et la générosité occupent une place centrale. C’est un pays auquel je dois certains des moments les plus marquants de ma vie.» L’ouvrage est aussi une déclaration à son «histoire d’amour» personnelle avec le Royaume.
Cette dimension spirituelle transparaît dans des réflexions plus générales sur l’identité marocaine. Les paysages du Sud, avec leur silence, leur lumière et leur dépouillement, deviennent le miroir d’un pays capable d’unir tradition et modernité, enracinement et mouvement. Colle loue l’attachement historique de la société marocaine. Elle considère la monarchie comme un facteur unificateur, sous la bannière du roi Mohammed VI, «engagé» dans les réformes et «acteur de paix» dans le monde. Elle évoque les grands événements récents, notamment la question du Sahara, et souligne l’émergence du Maroc moderne, sans jamais détacher cette modernité de ses paysages, de ses territoires et de cette profondeur humaine que le livre cherche précisément à révéler.
Les femmes du Dadès, figures centrales
La deuxième partie de l’ouvrage met en lumière le rôle des femmes locales. La vallée du Dadès et celle des Roses y apparaissent comme des foyers d’une résilience et d’un savoir-faire admirables. France Colle insiste sur l’implication des femmes dans la vie communautaire, en particulier dans la production d’eau de rose: elles sont les piliers essentiels de la vie locale. L’auteure les présente comme des héroïnes du quotidien, incarnant le «courage […] et le savoir-faire» marocains. Elle souligne leur dignité: «Ces femmes incarnent une élégance dans la simplicité et une force admirable», écrit-elle.
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À travers elles, c’est tout un Maroc discret, laborieux et profondément digne qui se révèle. Ces femmes travaillent dur, souvent loin des projecteurs, dans le silence des gestes répétés, des saisons exigeantes et des responsabilités familiales. Elles portent une part essentielle du Maroc rural: son économie, sa mémoire, ses traditions, mais aussi son sens de l’honneur, de l’accueil et de la solidarité. Leur force ne se proclame pas; elle se voit dans leur endurance, dans leur capacité à transmettre, à produire, à tenir debout des familles et des terroirs entiers. Elles sont une fierté pour la société marocaine, non parce qu’elles cherchent la reconnaissance, mais parce qu’elles incarnent cette grandeur tranquille que le pays oublie parfois de célébrer. Comme souvent, l’essentiel se fait sans discours, pendant que le monde bavarde ailleurs.
L’écrit valorise explicitement l’autonomie et la solidarité féminines. En retraçant leurs parcours et leur engagement, Colle donne corps au thème de la transmission culturelle et de l’émancipation rurale. L’ouvrage s’arrête sur des figures de proue, mais anonymes, comme Hafssa Chakibi, docteure en physico-chimie de l’université de la Sorbonne. Elle a «décidé de quitter Paris pour aller porter haut les vertus de la rose de Damas. Son entreprise, qui porte le nom de Flora Sina, est une entreprise de distillation florale artisanale. Avec sa rigueur et ses compétences hors norme, Hafssa crée des eaux florales exceptionnelles et des huiles essentielles d’une qualité inégalable».
Ces femmes du Sud «qui ne connaissent rien du luxe, ont une âme pure et ne connaissent qu’un seul code: le Code de l’Honneur et de la Confiance. Ces femmes, je les ai rencontrées, et je me suis très vite rendue compte qu’elles étaient presque milliardaires! Milliardaires d’amour et de générosité. Elles sont riches de bienveillance et de tendresse, elles offrent l’hospitalité à celle ou celui qui n’a rien. Elles donnent de l’amour à celle ou celui qui souffre.»
Un hommage vibrant
«Maroc, mon amour!» se distingue par sa sincérité émotionnelle et par l’hommage constant qu’il rend au Maroc, à ses paysages, à ses femmes et à son peuple. Le livre trouve sa force dans cette ferveur assumée: France Colle ne prétend pas à la neutralité froide, encore moins à la distance clinique. Elle écrit depuis l’attachement, depuis la reconnaissance, depuis une forme d’éblouissement personnel. Et c’est précisément ce qui donne au récit sa chaleur.
Le voyage dans le Sud marocain devient ainsi le point de départ d’une méditation plus large sur la fidélité aux racines et la modernité du Maroc contemporain. L’une des qualités de l’ouvrage réside dans son ton captivant et dans sa cohérence d’ensemble. Après «Le Maroc du Roi Mohammed VI», publié en 2025, France Colle confirme sa familiarité avec le pays et poursuit son geste d’écriture: raconter un Maroc qu’elle aime, qu’elle admire et auquel elle se sent profondément liée. Son regard, très personnel, donne naissance à un portrait vivant du Sud marocain, de ses femmes travailleuses, de ses oasis et de ses traditions.
Voix narrative et style littéraire
D’un point de vue stylistique, l’ouvrage se présente comme un mélange de récit de voyage romancé, de carnet intime et de témoignage personnel. France Colle adopte le «je» narratif, ce qui donne immédiatement au texte une voix subjective, assumée, presque confessionnelle. Elle ne se place pas en observatrice distante, mais en voyageuse habitée par ce qu’elle voit, par ce qu’elle ressent, par les rencontres qui jalonnent son parcours. Ce choix donne au livre son énergie: le Maroc n’est pas seulement décrit, il est traversé de l’intérieur, filtré par une sensibilité très personnelle.
Le style est descriptif et sensitif. L’auteure s’attarde sur les paysages, les lumières, les odeurs, les visages, les silences, les gestes d’hospitalité. Elle mobilise des images évocatrices et souligne, à chaque étape, l’émotion que provoquent les lieux. Son écriture se rapproche ainsi du reportage intimiste: elle observe, raconte, admire, mais toujours depuis une implication affective forte. L’émotion prime sur l’analyse froide, ce qui donne au récit son caractère sincère.
Relativement concis (110 pages), l’ouvrage n’en demeure pas moins dense en impressions. Sa structure suit un itinéraire géographique: chaque chapitre correspond à une étape du voyage, d’Ouarzazate à Tinfou, en passant par les vallées, les oasis et les kasbahs. Cette progression crée un fil conducteur solide, celui d’une quête amoureuse du Sud marocain. Les anecdotes personnelles, les portraits de femmes, les réflexions sur le pays et les descriptions paysagères s’enchaînent avec fluidité. L’ensemble reste accessible, clair, direct, privilégiant une écriture de l’élan et de la reconnaissance plutôt qu’un lyrisme complexe ou démonstratif.
«Maroc, mon amour!», France Colle, 112 pages. Éditions du Panthéon, 2026. Prix public: 200 DH.




