Karim Serraj

La chronique de Karim Serraj

Grand reporter et Rédacteur en chef dans le journalisme depuis plus de vingt ans, Karim est aussi auteur et il enseigne à l'Université marocaine la littérature française contemporaine et les méthodologies doctorales depuis 1998. Sa plume titille et interroge le réel, avec une pointe de sarcasme qui fait mouche. Retrouvez sa chronique tous les dimanches à midi sur Le360.

Abdelkader Lahmar, le député du Rhône qui hait la France
Député LFI du Rhône depuis 2024, vainqueur des municipales de Vaulx-en-Velin en mars 2026 avant de renoncer à l’hôtel de ville, Abdelkader Lahmar s’est imposé par une parole politique entièrement adossée à la mémoire coloniale. À l’Assemblée comme dans sa ville, cet ancien enseignant du Mas du Taureau fait du passé algérien, mais aussi du dossier du Sahara, un levier de combat. S’il affirme ne pas se sentir pleinement français, il n’envisage pas pour autant de quitter la France. Il cultive une relation d’amour‑haine avec le pays qui l’a vu naître, qu’il critique sans relâche, mais dont il profite des institutions et des mandats.
Affaire de la villa classée monument historique: son propriétaire démolisseur est un président d’arrondissement
Selon des documents consultés par Le360, la villa Dar Al-Stouki située au quartier des Hôpitaux à Casablanca, inventoriée comme patrimoine architectural et rasée pour la construction d’un immeuble R+9, appartenait à une société dont l’actionnaire principal est un président d’arrondissement. Un dossier sensible, désormais entre les mains de la justice.
Billet littéraire KS. Ep 78. «Comme pour se battre», d’Hélène Lotito, ou l’impossible dédoublement
Hélène Lotito choisit d’entrer dans la décennie noire algérienne par un endroit plus fragile et plus juste: la voix d’une enfant. Nana regarde, écoute, recueille des bribes, sans toujours comprendre ce qui se trame autour d’elle. Entre Alger et la banlieue parisienne, le livre suit moins un simple itinéraire d’exil qu’une manière de grandir dans la cassure, avec, au centre, le lien incandescent qui unit deux sœurs.
Le mystère des archives disparues du Sahara oriental
Volatilisées depuis 1907, les archives de la province de Touat n’ont jamais cessé de hanter l’histoire du Sahara oriental. En relisant attentivement les préfaces des livres d’Alfred-George-Paul Martin, il apparaît au contraire qu’il s’agissait d’une confiscation délibérée de pièces devenues embarrassantes: sceaux, correspondances des sultans, dahirs qui attestaient sur quatre siècles de l’exercice concret de la souveraineté marocaine sur la région. Voici l’histoire de leur disparition…
Christopher Ross, l’homme que le Sahara a défait
Il avait tout du diplomate de couronnement: la carrière longue, les postes arabes, l’ONU comme scène ultime. Christopher Ross croyait sans doute tenir, avec le dossier du Sahara, l’affaire qui donnerait à son nom l’épaisseur des médiateurs historiques. C’est l’inverse qui s’est produit. Depuis, l’ancien émissaire ne cesse de revenir au même théâtre, comme si le Sahara était devenu moins une cause qu’une obsession de carrière. Le dossier qui devait l’élever l’a enfermé. Et le Maroc, qu’il prétendait ramener à la table, a fini par devenir le nom même de son échec.
Billet littéraire KS. Ep 77. «Le soleil se lève deux fois», de Soundouss Chraïbi, ou la maison des silences
Entre souvenirs incertains, transmission contrariée et poids des non-dits, le premier roman de la marocaine Soundouss Chraïbi explore la mémoire familiale comme un territoire instable. Au-delà du huis clos, c’est toute une réflexion sur l’identité, le temps et l’héritage invisible qui se déploie.
Congrès, Département d’État, agences fédérales: comment les États-Unis perçoivent (réellement) l’Algérie
Les appréciations américaines consacrées à l’Algérie convergent vers un même constat: dictature politique, verrouillage des libertés, économie de rente sous contrôle étatique et profond malaise social. À Washington, le régime algérien apparaît moins comme un pays stable que comme un système rigide, opaque et de plus en plus problématique.
Mojtaba Khamenei, le dauphin clandestin devenu maître de l’Iran
Longtemps silhouette murée dans les coulisses du pouvoir, Mojtaba Khamenei accède aujourd’hui à la magistrature suprême dans un Iran sous tension et plus militarisé que jamais. Héritier de l’ombre, adoubé par le sérail et porté par les pasdaran, il incarne la continuité la plus dure de la République islamique, entre légitimité religieuse fabriquée, succession dynastique et promesse d’une confrontation accrue avec l’Occident. Portrait d’un guide caché que personne n’a vu venir…
Billet littéraire KS. Ep 76. «Les cailles en automne», de Naguib Mahfouz, ou la solitude d’un vaincu
Que devient un homme lorsque l’Histoire détruit le monde auquel il appartient? Dans «Les cailles en automne», roman publié en arabe en 1962 et aujourd’hui édité en français par Actes Sud, Naguib Mahfouz raconte la lente déchéance d’Issa al-Dabbagh, haut fonctionnaire cairote déclassé par la révolution de 1952 et livre une réflexion philosophique éblouissante sur la destinée humaine.
Du nucléaire français au site de production chimique algérien de 1986: l’angle mort de Tebboune
La France a bien mené des essais nucléaires en Algérie — dont bon nombre après l’indépendance de 1962 dans le cadre des accords d’Évian— et exploité un site d’expérimentation chimique, Houari Boumediene lui-même ayant accepté de prolonger jusqu’en 1978 des clauses secrètes conclues avec Paris. Mais, un autre pan de l’histoire demeure largement occulté: dans ses mémoires, le général algérien Rachid Benyelles révèle que les activités du site chimique B2-Namous ont repris après le départ des Français sous la houlette de l’État algérien, jouant à l’apprenti sorcier, jusqu’en 1986 sous Chadli Bendjedid.