Après «Le bleu du caftan»… Maryam Touzani repousse encore les limites avec «Calle Málaga»

L'équipe présentant le film aux médias ce jeudi 16 avril au cinéma Pathé Californie de Casablanca. (A.Et-Tahiry/Le360)

Le troisième long métrage de Maryam Touzani, «Calle Málaga» (Rue Málaga), sortira dans les salles marocaines le mercredi 22 avril 2026, en version originale espagnole sous-titrée en français avec quelques répliques en darija. Le film suit María Ángeles, 79 ans, une Espagnole née à Tanger qui lutte pour conserver son appartement de la rue Málaga. Porté par Carmen Maura et Ahmed Boulane, et coproduit par Canal+ et Arte, il a été présenté à Venise et Toronto et a représenté le Maroc aux Oscars 2026.

Le 16/04/2026 à 19h58

Le film sort ce mercredi 22 avril au Maroc, en espagnol sous-titré français avec des bribes de darija. Après 450.000 entrées dans le monde, il arrive précédé d’une scène qui fait déjà débat: Carmen Maura et Ahmed Boulane, nus, enlacés.

Maryam Touzani ne cache pas d’où vient «Calle Málaga». «J’ai écrit le film après le décès de ma mère, il est né du chagrin et de la perte. J’ai inconsciemment eu besoin de transformer la douleur en célébration de la vie. C’est pour ça que le film contient cette joie de vivre», explique-t-elle.

Le personnage de María Ángeles est une fusion de sa mère et de sa grand-mère andalouse qui vivait rue Málaga à Tanger. Tourné dans sa ville natale, le film est aussi un retour à la langue espagnole parlée à la maison.

Touzani n’avait pas écrit ce scénario pour Carmen Maura. La rencontre a tout changé. «Quand je l’ai rencontrée, je suis tombée amoureuse d’elle parce que j’ai senti ce désir de vie, cette légèreté. Quand j’ai regardé dans ses yeux, j’ai senti qu’il y avait encore cette petite fille à l’intérieur», dit-elle.

Pour la réalisatrice, Maura incarne exactement ce que le film défend: «Il y a beaucoup de pression pour que les personnes âgées soient d’une certaine façon, comme si la vie était finie. Mais tant qu’on est vivant, tant que notre cœur bat, on doit rester ouvert à ce que la vie peut nous donner.»

Le point de friction, c’est la scène finale. María et Abslam, l’antiquaire joué par Ahmed Boulane, apparaissent debout, entièrement nus. Pas de clair-obscur, pas de drap pudique. Des corps ridés, enlacés.

Touzani refuse l’idée de la suggestion. Elle l’explique clairement: «Quand on est jeune, la sexualité est célébrée. On en parle très ouvertement. Mais pour les personnes âgées, il y a un tabou, comme si c’était honteux. Comme si ça devait être effacé avec l’âge.» Elle ajoute: «Je pense que vieillir est beau. C’est un privilège de vieillir. Chaque ride sur notre visage est vraiment le témoignage de la vie que nous avons vécue.»

Dans la presse marocaine, elle résume en une phrase la profondeur du film: «“Calle Malaga” est un film sur l’amour au sens large, et sur la capacité de l’être humain à retrouver le désir de vivre quel que soit son âge.»

Interrogé par Le360 sur la probable polémique au Maroc, Boulane n’esquive pas le débat et répond, amusé: «Je demande à ces gens, est-ce qu’ils ne sont jamais allés au hammam?»

Pour lui, voir des corps âgés nus n’a rien d’obscène, c’est une réalité quotidienne marocaine. Le cinéma, dit-il, ne fait que la montrer avec tendresse.

Sorti début février en France, le film cumule selon la production 255.000 entrées en France (255 salles) et environ 100.000 en Espagne en dix jours (120 salles). Il talonne déjà les 500.000 entrées de «Le bleu du caftan», jusque-là plus gros succès international d’un film marocain.

Coproduit par Canal+ et Arte, il sera diffusé sur Canal+ neuf mois après sa sortie en salle, puis sur Arte environ deux ans après.

Au-delà des chiffres, la presse internationale retient la même chose: un portrait de femme qui refuse qu’on décide pour elle, et une ville, Tanger, filmée comme un personnage vivant.

Par Qods Chabâa et Abderrahim Et-Tahiry
Le 16/04/2026 à 19h58