Une carrière de plus de quatre décennies, des responsabilités au sein des plus hautes juridictions du pays et un engagement poursuivi bien après la retraite. Décédée vendredi après plusieurs mois de maladie, Zhor El Horr laisse derrière elle un parcours lié à l’évolution de la justice marocaine et à la place des femmes dans les institutions judiciaires.
Née à Casablanca en 1947, elle commence sa vie professionnelle dans l’enseignement. En 1966, elle devient professeure de langue arabe tout en poursuivant des études de droit. Elle obtient sa licence en 1975, puis réussit le concours de la magistrature. En 1979, elle est affectée au tribunal de première instance d’El Jadida, devenant la première femme juge au Maroc.
En 1983, elle poursuit sa carrière à Casablanca. Nommée vice-présidente du tribunal d’Aïn Chock Hay Hassani en 1989, elle rejoint la Cour suprême en 2000, avant de présider les tribunaux de Ben M’sik Sidi Othmane en 2002 et d’Al Fida Derb Sultan en 2003.
La réforme de la Moudawana
En 2004, année de l’entrée en vigueur du nouveau Code de la famille, Zhor El Horr prend la tête de la section de la justice de la famille à Casablanca. Elle participe aux travaux de la commission royale consultative chargée de réviser la Moudawana, ainsi qu’à ceux du comité d’experts chargé de préparer le guide d’application du nouveau texte.
Lire aussi : Moudawana, violences faites aux femmes, femmes en politique: ce qu’en dit la ministre de la Famille
Elle défend notamment une position ferme sur le mariage des mineures. Critiquant les autorisations accordées par certains juges, elle réclame la suppression des articles 20 et 21 du Code de la famille, qui permettent des dérogations à l’âge légal du mariage.
À partir de 2006, elle préside une chambre à la Cour de cassation. Elle y poursuit sa carrière jusqu’à son départ à la retraite, fin 2010.
Un engagement poursuivi après la retraite
Son départ de la magistrature ne met pas fin à son activité. Zhor El Horr rejoint le barreau de Casablanca et continue de s’investir dans la défense des droits humains. Elle siège au Conseil national des droits de l’Homme et prend, en septembre 2019, la présidence de la Commission nationale de prise en charge des femmes victimes de violences.
Elle préside également l’Association marocaine de soutien à la famille et enseigne à l’Institut supérieur de la magistrature. En 2014, elle publie avec Hassan Ibrahimi un ouvrage consacré à la protection des droits des femmes dans la jurisprudence marocaine.
Lire aussi : Moudawana: l’ONG Awal Houriates appelle à un «Ijtihad constructif»
Elle intervient aussi dans l’émission «Assolh Khir», diffusée sur Radio Aswat et consacrée aux conflits familiaux, en tant que médiatrice.
Son parcours est marqué par plusieurs distinctions, dont le Ouissam alaouite aux grades de chevalier en 2000 et de commandeur en 2003, ainsi qu’un prix d’Amnesty International Maroc destiné aux défenseurs des droits humains. En avril 2025, l’Université Mohammed V de Rabat lui rend hommage.
Avec la disparition de Zhor El Horr, le Maroc perd une pionnière de sa magistrature. De ses débuts à El Jadida à son engagement en faveur des femmes victimes de violences, elle aura consacré plus de quarante ans à la justice et à la défense des droits des femmes et des enfants.




