À l’hôpital provincial Hassani de Casablanca, la réalité dépasse la fiction la plus morbide. Un conteneur en aluminium, semblable à ceux utilisés sur les grands chantiers du bâtiment et des travaux publics, trône désormais dans un coin de l’établissement, et fait office de morgue improvisée. À l’intérieur de cet abri métallique exigu, équipé de petites fenêtres, deux lits ont été installés sommairement pour recueillir des dépouilles en attendant leur transfert vers le service de médecine légale du cimetière Ar-Rahma, indique le quotidien Assabah de ce jeudi 10 septembre.
Cette solution de fortune a été décidée par la direction hospitalière, suite à la démolition de l’ancien service de conservation des morts. L’initiative, qualifiée de «rapiéçage institutionnel» par plusieurs témoins, est à l’origine d’une profonde consternation. La structure ne dispose d’aucun système de réfrigération, ni de raccordement au réseau d’électricité. Pour gérer la situation, des agents de sécurité privée sont chargés de déposer les corps de défunts à l’intérieur, de verrouiller l’accès puis de se retirer, dans l’attente de l’arrivée des véhicules de la médecine légale. Ces derniers arrivent souvent tardivement dans le quartier Hay Hassani, dernière étape avant le transfert des dépouilles vers le cimetière.
Les conditions de conservation dépassent l’entendement, le séjour des corps pouvant se prolonger jusqu’à trente-six heures. Un témoin oculaire, proche d’un défunt, raconte avoir vu une dépouille glisser et tomber du lit mobile sur lequel elle reposait, ce qui avait contraint l’agent de sécurité à solliciter l’aide d’un passant pour réussir à replacer le corps inerte sur le brancard, avant de le faire entrer à nouveau dans le conteneur, indique Assabah.
Cette indignité fait aujourd’hui partie du quotidien de cet établissement hospitalier public, qui peine à garantir des prestations médicales fondamentales. Cette situation provoque un vif mécontentement parmi le personnel soignant, quotidiennement confronté à la colère et au désarroi de patients venus pour des soins en urgence, des interventions chirurgicales ou une maternité.
Le quotidien indique que ce constat mériterait d’être affiché à l’entrée principale de l’hôpital, afin d’épargner aux familles et aux patients une épreuve supplémentaire, au milieu des décombres et de la poussière de ce quartier de Casablanca. En leur montrant directement cet abri de fortune, ils leur éviteraient de chercher là, péniblement, leur proche disparu, en attendant la venue d’un véhicule mortuaire, dans un lieu où le chaos fait fi de leur dignité.




