Salé: quand les jardins publics deviennent des parkings sauvages pour les grands taxis

L'enceinte de la médina de Salé.

L'enceinte de la médina de Salé. . DR

Revue de presseTransformé en parking sauvage pour grands taxis, le parc Moulay Abdallah, situé dans le quartier Salam à Salé, n’est plus qu’un symbole affligeant de la déchéance des espaces verts urbains. Témoin muet d’un désordre ordinaire, ce lieu, jadis voué à la respiration écologique et aux loisirs des riverains, subit désormais, sous les pneus des véhicules, une lente asphyxie administrative et paysagère. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 30/04/2026 à 19h59

Triste métamorphose que celle du parc Moulay Abdallah, dans le quartier Salam, à Salé. Jadis havre de verdure destiné à offrir aux habitants un souffle écologique et un espace de détente, il est aujourd’hui devenu, par un glissement insidieux, le théâtre quotidien d’un désordre qui en dit long sur la gestion du domaine public. Réduit à l’état de parking sauvage, où se massent de grands taxis, ce poumon végétal reflète désormais une tout autre réalité: celle d’un spectacle navrant.

«L’invasion s’est faite d’abord discrète. Profitant de l’entrée du parc comme d’un point d’arrêt de fait, plusieurs chauffeurs de taxis ont transformé l’usage ponctuel en occupation permanente», rapporte Al Akhbar de ce vendredi 1er mai. Puis vint l’escalade: les véhicules ont pénétré à l’intérieur même du parc, roulant sans vergogne sur les pelouses et les massifs. Ce piétinement mécanique traduit une indifférence crasse à l’égard de l’esthétique des lieux et de leur fonction première.

Le pire est que les conducteurs justifient ces exactions par l’absence, à proximité, de stations structurées. Mais la réalité du terrain dépasse de loin l’argument d’une simple carence logistique: c’est une véritable agression contre le domaine public et une destruction méthodique des aménagements végétaux.

Dès lors, le problème ne se cantonne plus aux trottoirs ou aux bas-côtés des routes. Il s’est immiscé au cœur même de l’espace vert, où les plantes sont quotidiennement broyées sous le poids des pneus. Une telle situation interroge gravement le degré d’intervention des autorités locales et des services communaux, censés protéger ces lieux communs et faire cesser cette occupation illicite.

Elle relance aussi, avec une acuité renouvelée, le débat sur la responsabilité des professionnels du transport, qu’il serait temps de contraindre au respect des lois et des espaces qui leur sont dédiés, plutôt que de les voir imposer un fait accompli préjudiciable aux riverains et à la qualité de leur cadre de vie.

«Face à cette dérive, les habitants du quartier ont déposé une plainte entre les mains des autorités locales, dénonçant un comportement en passe de s’ériger en pratique ordinaire, celle d’une culture de l’impunité et de la soustraction à toute reddition de comptes», indique Al Akhbar. Une routine destructrice qui, si rien n’est fait, achèvera de grignoter ce qu’il reste d’espaces verts à l’intérieur de la ville.

Par Hassan Benadad
Le 30/04/2026 à 19h59