PISA 2025: le système éducatif marocain parmi les moins performants au monde

Une classe dans une école d'enseignement primaire. (Photo d'illustration)

Les résultats du PISA 2025 dressent un constat particulièrement préoccupant pour le système éducatif marocain. Avec 358 points en sciences, 321 en compréhension de l’écrit et 355 en mathématiques, le Maroc figure parmi les systèmes les moins performants des 91 pays et économies évalués par l’OCDE. Plus de sept élèves sur dix n’atteignent pas le niveau 2 dans les trois disciplines, tandis que la part des élèves très performants ne dépasse pas 0,1%.

Le 08/09/2026 à 12h36

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier les résultats de l’édition 2025 de son enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui évalue tous les trois ans les compétences des élèves de 15 ans à travers le monde. Cette édition a mobilisé plus de 760.000 élèves représentant environ 33 millions de jeunes de cette tranche d’âge, dans 91 pays et économies. Les sciences constituent la discipline majeure de cette session, aux côtés de la compréhension de l’écrit, des mathématiques et d’un nouveau domaine testé pour la première fois: la résolution de problèmes par la pensée computationnelle.

Le Maroc figure parmi les systèmes évalués, aux côtés de quatre autres pays africains et de plusieurs économies de la région MENA. Le Maroc participe à ces enquêtes depuis plusieurs éditions, contrairement à d’autres pays comme le Kenya, le Rwanda, la Zambie. Le système éducatif marocain a obtenu des scores parmi les plus faibles dans le monde, selon cette évaluation.

Ainsi, en sciences, le Maroc figure parmi le dernier dixième du classement. Avec un score moyen de 358 points, il se classe loin derrière la moyenne des pays de l’OCDE (482 points) et devance seulement huit systèmes éducatifs: le Kosovo (357), le Paraguay (355), la région du Kurdistan en Irak (352), le Guatemala (351), la Zambie (337), le Kenya (335), Dushanbe au Tadjikistan (334) et le Rwanda (317).

Les compétences de base non maîtrisées

De même, en compréhension de l’écrit, la position du Maroc se dégrade davantage, avec 321 points contre une moyenne OCDE de 461 points. En mathématiques, le système éducatif marocain obtient un score de 355 points, contre 463 pour l’OCDE. Dans le nouveau domaine testé cette année, à savoir la résolution de problèmes par la pensée computationnelle, les élèves marocains obtiennent 374 points, contre 500 pour la moyenne OCDE.

Ces résultats placent le Maroc parmi les systèmes où la proportion d’élèves ne maîtrisant pas les compétences de base est la plus élevée. En fait, 73,2% des élèves marocains se situent sous le niveau 2 en sciences, en compréhension de l’écrit et en mathématiques combinées, contre 19,7% en moyenne OCDE. Seuls 0,1% des élèves marocains atteignent le niveau 5 ou 6, celui des élèves très performants, contre 11,9% en moyenne OCDE.

Sur le continent africain, seuls cinq pays figurent parmi les participants à PISA 2025: le Maroc, l’île Maurice, le Kenya, le Rwanda et la Zambie. Le Maroc y occupe une position intermédiaire. Il devance nettement le Kenya (335 points en sciences), la Zambie (337) et le Rwanda (317), les trois pays les plus faiblement classés de l’ensemble des 91 participants pour ce dernier.

En revanche, le Maroc se situe loin derrière l’île Maurice: 438 points en sciences, 405 en compréhension de l’écrit et 407 en mathématiques, soit une avance de 80 points en sciences sur le Maroc. La part d’élèves très performants y atteint 3%, contre 0,1% au Maroc, tandis que la part d’élèves peu performants s’établit à 35,1%, contre 73,2% au Maroc.

La comparaison avec les pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) participant à PISA 2025 fait ressortir un tableau plus contrasté. Les Émirats arabes unis dominent ce groupe régional avec 458 points en sciences, soit une avance de 100 points sur le Maroc, et affichent une progression de 26 points depuis 2022, l’une des plus fortes hausses enregistrées parmi les pays non membres de l’OCDE.

Le Qatar (434 points), l’Arabie saoudite (413 points) et la Jordanie (407 points) devancent également le Maroc de manière significative. Ces trois pays comptent en outre parmi les systèmes en progression entre 2022 et 2025, avec des hausses respectives de 2, 23 et 32 points en sciences, quand le Maroc reculait de 7 points sur la même période.

Le Liban (372 points) et l’Autorité palestinienne (359 points) se situent aussi au-dessus du Maroc. La région du Kurdistan en Irak (352 points) est le seul système MENA du rapport à afficher un score inférieur à celui du Maroc.

En proportion d’élèves peu performants, l’écart avec les pays du Golfe est particulièrement marqué: 26,6% aux Émirats arabes unis, 35,8% au Qatar et 44% en Arabie saoudite, contre 73,2% au Maroc.

Une trajectoire descendante depuis 2022

Le rapport montre que l’évolution à court terme des résultats marocains, mesurée entre PISA 2022 et 2025, s’inscrit en baisse sur les trois domaines communs aux deux éditions: -7 points en sciences, -18 points en compréhension de l’écrit et -10 points en mathématiques. Cette dernière baisse dépasse la moyenne OCDE sur la même période, qui s’établit à -14 points.

Cette évolution s’inscrit dans un recul mondial observé depuis l’édition 2022, marquée par une baisse sans précédent dans l’histoire de l’enquête. Selon le rapport, la moyenne des pays de l’OCDE en sciences, en compréhension de l’écrit et en mathématiques est désormais la plus faible jamais enregistrée depuis la création de PISA à la fin des années 1990.

Par ailleurs, le rapport situe le Maroc dans une position intermédiaire sur le plan socio-économique: l’indice PISA de statut économique, social et culturel (indice SESC) explique 9,1% de la variance des résultats en sciences, contre 11,6% en moyenne OCDE, et l’écart entre élèves favorisés et défavorisés s’établit à 55 points, un niveau proche des Émirats arabes unis et du Qatar (50 points chacun). Entre 2022 et 2025, cet écart s’est toutefois creusé au Maroc, avec une hausse de 18 points, le score des élèves défavorisés ayant reculé de 13 points quand celui des favorisés progressait de 5 points.

S’agissant des disparités selon le sexe, le rapport fait ressortir une configuration atypique: les filles marocaines devancent les garçons dans les trois domaines évalués, avec des écarts de 3 points en sciences, 17 points en compréhension de l’écrit et 2 points en mathématiques, alors que les garçons devancent en moyenne les filles de 13 points en mathématiques dans les pays de l’OCDE.

En ce qui concerne l’environnement scolaire, le rapport situe le Maroc en retrait, avec un indice de climat de discipline négatif de -0,20, contre 0,14 en moyenne OCDE, et seulement 31,9% des élèves déclarant un faible niveau d’absentéisme, contre 66,1% en moyenne OCDE. Pour ce qui est des ressources matérielles, le rapport indique que seuls 12,4% des élèves marocains sont scolarisés dans des établissements sans pénurie de matériel, contre 43,8% en moyenne OCDE, l’un des taux les plus bas parmi les systèmes couverts par le rapport.

Sur le volet du numérique, le rapport place le Maroc en retard sur la capacité des établissements à intégrer les outils numériques, avec un indice de -0,65 contre -0,03 en moyenne OCDE, mais nettement au-dessus de la moyenne OCDE sur l’encadrement des téléphones portables: 81,8% des élèves marocains sont scolarisés dans des établissements où ils sont interdits, contre 49,5 % en moyenne OCDE.

Par Lahcen Oudoud
Le 08/09/2026 à 12h36