Les mutilations génitales féminines: une barbarie qui existe encore

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naâmane Guessous.

ChroniqueAujourd’hui, dans le monde, 200 millions de filles sont excisées. La moitié des victimes vivent en Égypte, en Éthiopie et en Indonésie. En 2021, 87% des filles et des femmes égyptiennes, âgées de 15 à 49 ans, sont excisées (UNICEF)!

Le 17/02/2023 à 11h04

Désolée de vous imposer un sujet violent, écœurant, pour dénoncer cette cruauté que subissent des millions de fillettes à travers le monde: l’excision et l’infibulation.

Pour l’excision, on coupe la totalité ou une partie du sexe féminin: clitoris, grandes et petites lèvres. L’ablation se fait à vif, par des femmes expertes, avec un couteau, sans anesthésie, sans hygiène, entraînant infections, hémorragies graves, problèmes urinaires, complications lors des accouchements, stérilité et décès.

L’infibulation, moins courante que l’excision, consiste à coudre l’entrée du vagin en laissant une petite ouverture pour le passage du sang des règles et de l’urine. Appelée aussi excision pharaonique, elle est souvent accompagnée de l’excision totale du sexe féminin.

L’opération est faite par des femmes, sauvagement, juste avant la puberté, pour protéger la virginité. La fillette est rouverte avec un couteau à la veille du mariage.

L’excision s’effectue dès la naissance, les premières années de la vie ou à la puberté. Mais aujourd’hui, dans les villes, elle s’effectue dans les 40 jours qui suivent la naissance et avant les 5 ans à la campagne.

Selon les croyances, les femmes non excisées sont impures. Les hommes refusent de les épouser.

Ces pratiques sont un moyen de contrôler le corps des femmes et leur sexualité: on ampute le plaisir sexuel qu’elles peuvent ressentir en se touchant, afin qu’elles n’aient pas de rapports sexuels avant le mariage. On tue son désir pour qu’elle reste fidèle à son mari.

Ces pratiques dateraient des pharaons (3.000 ans avant Jésus-Christ). Elles sont sacrées dans certaines cultures et considérées comme une obligation religieuse.

Ces mutilations génitales féminines concernent 31 pays: un peu en Asie, et surtout au Moyen-Orient, particulièrement en Irak, au Yémen, au Soudan et en Egypte.

Au Mali, au Soudan, en Érythrée, en Sierra Leone, en Guinée, en Somalie, à Djibouti, 4 filles sur 5 sont excisées. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, le tiers des femmes seraient excisées.

Dans certains pays, ces pratiques n’intéressent que quelques régions. Dans d’autres, elles sont généralisées. En Égypte, le phénomène touche toutes les régions, toutes les classes sociales, les musulmans et les coptes, qui sont des chrétiens orthodoxes. Pourtant, ni le christianisme ni l’islam n’en parlent!

En 1998, des religieux de plus de 35 pays musulmans se sont réunis à l’université Al-Azhar, au Caire, pour condamner ces barbaries. L’Église orthodoxe copte l’a condamnée. Mais la tradition est tenace!

L’excision et l’infibulation sont un grand tabou. Dans les films égyptiens, dans lesquels plusieurs générations ont baigné, il n’y a jamais eu allusion à ces mutilations. Moi-même j’ai été stupéfaite en découvrant ces chiffres. Oum Kalthoum était excisée! Naoual Saadawi (1931-2021), grande féministe égyptienne, en a été victime. Elle en parle dans son livre «La face cachée d’Eve». Ces pratiques ont été interdites en Egypte en 2008, mais la loi ne sévit pas. L’Egypte reste l’un des pays où le nombre est le plus élevé.

Pire, 80% d’entre elles sont réalisées en milieu médical! Officiellement c’est pour éviter les infections. Mais cela prouve que l’habitude reste bien enracinée dans les mentalités.

Au Maghreb, l’excision n’existe ni en Lybie, ni en Tunisie, ni en Algérie, ni au Maroc. Mais elle fait partie des traditions de plusieurs régions en Mauritanie. Considérée comme un rite de purification, elle permettrait une meilleure hygiène.

Pour lutter contre ces mutilations, la majorité des pays concernés a élaboré depuis 1965 des législations avec une pénalisation, qui n’est pas toujours appliquée. Une diminution de ces pratiques est notée, mais elle est timide et varie de pays en pays.

L’infibulation est en baisse et l’excision diminue avec l’instruction des femmes: plus les mères ont un niveau d’instruction élevé, plus elles protègent leurs filles. Elles restent plus courantes en milieu rural.

Mais la pénalisation du phénomène a fait apparaître des «mutilations légères», comme en Mauritanie: une entaille dans le clitoris, sans ablation totale, pour le rendre insensible.

Pour contourner la loi, on procède à la méthode appelée mounas. On applique sur le clitoris une gomme végétale issue d’un arbre résineux. L’effet corrosif de la gomme atrophie le clitoris comme par une brûlure et le rend insensible.

En Mauritanie, la moitié des fillettes de moins de 14 ans sont excisées, de même que 67% des femmes de 15 à 49 ans!

L’excision reste un problème universel puisqu’elle continue d’être pratiquée même par des populations immigrées dans les continents américain, australien et européen.

En France, les mutilations génitales sont punies de 10 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende, qu’elles soient effectuées en France ou dans les pays d’origine. Mais la pratique s’exerce secrètement. Parfois, ce sont les grands-parents, vivant en France ou ailleurs, qui volent la fillette pour la mutiler, même si les parents sont contre.

En France, chaque année, 124.000 filles sont excisées! Dans le monde, chaque minute, 4 filles sont excisées.

Le 6 février a été la Journée internationale contre les mutilations génitales féminines.

Plusieurs organismes internationaux militent pour l’élimination de ces mutilations. Les Nations unies fixent 2030 pour mettre fin à ces barbaries. Dans tous les pays concernés, des associations font des campagnes de sensibilisation.

Des médecins bénévoles reconstituent la partie du sexe coupée, pour redonner de la dignité à ces victimes, massacrées pour préserver la domination masculine.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 17/02/2023 à 11h04

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Merci Madame pour cet article où j'apprends notamment que le 6 février est la Journée Internationale contre les mutilations génitales féminines, on ne rappelle jamais assez ce que subissent les femmes dans le monde. Et vos précisions quant à ces "opérations " sont nécessaires : une description intolérable mais essentielles. Je n ai entendu en France aucun commentaires ou annonces concernant cette journée ? Mais les "féministes françaises " ont disparu dans le brouillard wokiste, théorie des genres etc...critique du voile....il y en a même qui ont fait tout un pataquès concernant le fait que s occuper d un barbecue est uniquement masculin.....voilà le niveau en France...

Merci pour vos commentaires. C'est effectivement un drame. qui doit être dénoncé. J'étais loin de cette réalité, surtout comme vous le dites, d'un pays qui prétend être "la mère du monde".. Les traditions sont tenaces et prennent souvent plus d'importance que le religieux. L'université Al Azhar qui s'érige parfois en clergé musulman, même si en Islam il n'y a pas de clergé, devrait s'impliquer, dénoncer et interdire ces pratiques. Merci à vous de vous être intéressés à ce thème douloureux. Je vous souhaite une très belle semaine

Bonjour, cet article est très bien documenté, cependant le chiffre de 125 000 représente le nombre de femmes excisées vivant en France, et non le nombre de filles excisées chaque année en France. En Seine-Saint-Denis, la dernière étude parue en 2022, fait état que dans ce département, 7,2% des femmes sont excisées. Ces pratiques sont souvent considérées comme "exotiques" pour les Européens, pourtant elles sont présentes dans nos territoires. Il faut aussi savoir qu'en France, dans les communautés dont les pays d’origine pratiquent l’excision, sur 10 petites filles qui partent en vacances dans le pays de leurs parents, 3 risquent de subir une mutilation sexuelle. Bravo pour votre engagement à dénoncer ces violences sexistes et sexuelles qui privent les femmes de leurs droits.

Bsr professeure!En relisant votre belle chronique,des question m'ont taraudé l'esprit:1-Ceux qui s'adonnent à ces horribles pratiques ne savent-ils pas qu'ils enlaidissent un corps que Dieu a embelli et valorisé?2-Ne savent-ils pas qu'en défigurant cette partie intime du corps féminin, ils vont traumatiser les victimes pendant de longues années?N'y a-t-il pas de sages pour dire à ces dingues d'arrêter leurs dingueries?4-Quand cesserons-nous de voir un monde où les femmes subissent toutes les violences inimaginables?Bon weekend!

Bjr professeure!Quelle barbarie que de mutiler ainsi des êtres humains!Et les priver ainsi du plaisir sensuel.On fait d'ailleurs la même chose à certains animaux tels les chats de race pour éviter les miaulements lors du rut.Indéniablement c'est l'horreur! La seule façon,à mon humble avis,de stopper ces sauvages actes c'est d'en parler comme vous le faites si bien,d'envoyer les enfants,surtout les filles,à l'école et leur dispenser des cours d'éducation sexuelle et surtout leur apprendre à ne pas se laisser faire et subir les honteuses pseudo-opérations. Avoir peur de la honte ne veut absolument pas dire créer une autre honte plus grave.Il faut sévir contre ces faux conservateurs qui croient bien faire.Merci pour ce beau réquisitoire,merci à vos lecteurs et merci au 360.ma.Salut!

L excision et la circoncison se passent tres bien Mme Guessous et les pays concernés ne sont pas des "barbares". Les fixations occidentales ridiculzs sur des sujets culturels quils ne comprennent ou ne veulent pas comprendre continuent d agiter les tetes de nos féministes en mal d'inspiration ...

Bonsoir Monsieur Ahmed. Je suis désolé; il n'y a que dans votre tête où les choses se passent très bien. A mon avis, elle a besoin d'une sérieuse mise à jour! Cordialement.

Il est vrai que les droits de l'homme revêtent un caractère universel,mais,et avec tous mes respects, concentrons-nous d'abord sur nos propres problèmes,dans ce domaine, avant de s’intéresser à ceux des autres.Surtout que nos amis Égyptiens,en particulier, n'aiment pas du tout qu'on les critique. Et ils ont raison ! Quand on prétend être citoyen de " Oum Addonia" ام الدنيا ,on ne reçoit pas de leçons , on les donne 🤔

Merci madame de traiter ce sujet qui concerne encore beaucoup de femmes. Vivant en France, j'apprends (sauf erreur) avec stupeur dans votre article que 124000 filles sont excisées chaque année en France. Cela me surprend. 800 000 naissances, environs 400 000 filles, je vous laisse apprecier la vraissemblance du chiffre de 124000 ! Évidemment cela ne change rien à l'horreur. Même s'il ne s'agissait que de un cas pas an, ça serait un de trop. J'apprécie par ailleurs vos travaux sur l'état de société patriarcale marocaine, jai eu le plaisir de lire quelques uns de vos livres.

Un crime contre la féminité, et contre l'humanité! Ce n'est pas un hasard si ces mutilations génitales féminines concernent exclusivement des pays entièrement ou en partie musulmans. Le "monde civilisé" doit agir pour interdire cette horreur, comme il a interdit l'esclavage.

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