Le dossier judiciaire opposant les héritiers de Haj Mustafa Karmoudi, dont le terrain est actuellement en litige devant la Chambre correctionnelle de Casablanca, révèle un système organisé de falsification de documents officiels. Des copies de procès-verbaux, d’inspections judiciaires et de décisions judiciaires exposent des irrégularités majeures dans les actes notariés et administratifs liés à cette succession, suggérant une manipulation délibérée des transactions foncières, indique le quotidien Assabah dans son édition du lundi 18 mai. Les documents en possession des magistrats révèlent des contradictions flagrantes dans l’histoire, le lieu, le contenu et les conditions d’enregistrement de ces actes. Selon les pièces du dossier, il ne s’agirait pas d’un simple conflit civil ou foncier, mais de faits graves portant atteinte à la sécurité des documents officiels et à la confiance dans les transactions immobilières.
Parmi les manipulations les plus flagrantes figure l’existence de deux versions distinctes d’une promesse de vente numérotée 79. La première, datée du 27 juillet 2018, et la seconde, du 28 juillet 2019, présentent des écarts temporels d’une année, ainsi que des incohérences dans les jours mentionnés (samedi pour l’une, dimanche pour l’autre). Les lieux de rédaction diffèrent également: l’une a été établie au domicile des héritiers à Casablanca, tandis que l’autre l’a été dans les bureaux de deux notaires à Ben Slimane, écrit Assabah. L’incohérence s’étend aux références de paiement. Les falsificateurs ont intégré dans le contrat de 2019 une référence de droits d’enregistrement datant de 2018, exploitant ainsi un régime fiscal plus avantageux pour échapper au paiement des taxes réelles.
Pire encore, les copies déposées au service de l’enregistrement ne correspondent pas à celles détenues par les notaires, tant sur le fond que sur les données essentielles ou les références de paiement. Les irrégularités ne s’arrêtent pas là. Plusieurs versions de la promesse de vente circulent, avec des différences substantielles. Certaines incluent par exemple la mention d’une parcelle «1P», alors qu’elle faisait l’objet d’un contrat indépendant. D’autres omettent la référence au paiement d’un acompte par chèque bancaire, pourtant essentiel dans ce type de transaction. Le prix au mètre carré a également été revu à la baisse, passant de 1.425 dirhams à seulement 425 dirhams entre les différentes versions.
Autre élément troublant, lit-on dans Assabah: les contradictions dans le nombre de taxes foncières extraites, ainsi que la modification d’un document clé. Une correspondance officielle, émanant de la présidence du groupe de Casablanca et datée du 5 janvier 2026, confirme en effet qu’aucun permis de division n’a été accordé pour le terrain en litige. Ces manipulations, dues à un réseau d’irrégularités graves, remettent en cause la confiance dans les transactions foncières et entraînent des soupçons de falsification de documents officiels, à des fins juridiques, financières et immobilières. L’affaire, désormais entre les mains de la justice pénale, pourrait révéler l’ampleur d’une fraude systémique affectant la sécurité des transactions immobilières au Maroc.




