Des semaines d’enquête ont transformé des déclarations diffusées sur les réseaux sociaux en un dossier judiciaire lourd, porté devant la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Fès. L’affaire concerne la maison de bienfaisance dite «Complexe El Wafaa». Dix-huit personnes sont poursuivies, dont douze en détention préventive à la prison de Bourkaiz. Les soupçons portent sur la gestion de l’établissement, ainsi que sur l’exploitation de mineurs abandonnés, recrutés, sous la menace, pour des faits liés à la prostitution et au vol au sein de cette maison de bienfaisance.
L’association «Dar Al Atfal Al Wafae», connue sous le nom de «Al Wafae», est installée dans le quartier Narjis, à Fès. Elle a été fondée le 19 janvier 2007 pour prendre en charge des enfants sans soutien familial, en leur offrant hébergement, scolarité et soins de santé. Active dans le domaine de l’aide sociale pendant des années, elle voit aujourd’hui son nom associé à une procédure judiciaire, née de la diffusion de témoignages sur les conditions de séjour dans l’établissement.
Les premiers éléments du dossier sont apparus il y a environ six mois, avec la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo signée Nawfal Moussa. Elle y évoque des informations sur ce qui se passerait à l’intérieur de «Dar Al Atfal Al Wafae», affirmant avoir été en contact avec plusieurs pensionnaires, anciens et actuels. Ceux-ci lui auraient rapporté leurs conditions de séjour et ce qu’ils disent avoir subi pendant leur présence dans la structure.
Les témoignages qui ont déclenché l’enquête
Les témoignages relayés dans la vidéo visent l’ancien directeur de l’établissement, et non l’actuelle directrice. Certains pensionnaires affirment qu’il leur aurait demandé de nouer des relations sexuelles avec lui et que ceux qui refusaient, selon leurs dires, étaient renvoyés de l’établissement. Ils décrivent aussi des conditions de vie dégradées au sein de la structure. Il s’agit, à ce stade, d’allégations.
À la suite de cette vidéo, le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Fès a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire, confiée à la brigade régionale de la police judiciaire. Celle-ci a mené des investigations auprès de plusieurs personnes liées à l’établissement, afin de vérifier les informations en circulation, de déterminer la nature des faits soupçonnés et d’établir les responsabilités éventuelles de chacun.
Au cours de cette phase, les enquêteurs ont entendu plusieurs responsables et cadres de l’établissement, dont l’actuelle directrice du complexe social «Al Wafae». Elle a livré des informations sur la gestion de la structure ces dernières années et évoqué un ensemble de contraintes et de dysfonctionnements administratifs et financiers. Elle a cité notamment les retards dans le versement des salaires, l’interruption des déclarations à la sécurité sociale, l’accumulation d’arriérés d’eau et d’électricité.
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Ses déclarations, d’après les éléments disponibles, ont aussi porté sur la gestion des aides alimentaires et en nature destinées à l’établissement. Elle a fait état de pratiques qui, selon elle, ont pesé sur la répartition de ces aides. Elle a remis aux enquêteurs des documents et des éléments versés au dossier, dans l’attente des suites de la procédure judiciaire sur l’ensemble des faits et déclarations.
L’enquête a pris un tournant à la mi-septembre, avec le placement de douze personnes en garde à vue. Parmi elles figurent une éducatrice occupant actuellement le poste de surveillante générale, deux anciens directeurs, une ancienne responsable du magasin, trois animatrices, deux éducatrices, deux agents de sécurité privée et l’actuel président de l’association. Six autres personnes ont été présentées en état de liberté, dans l’attente d’une décision juridique au vu des résultats de l’enquête.
12 personnes placées en détention
Les personnes concernées ont été déférées le 17 septembre devant le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Fès. Le parquet a prolongé la garde à vue de 24 heures pour achever les investigations. Cette phase s’est conclue par la poursuite de douze personnes en détention, renvoyées directement devant la chambre criminelle de première instance, et de six autres en liberté. Le nombre total de poursuivis s’élève ainsi à 18.
La chambre criminelle de première instance a tenu, lundi 28 septembre, la première audience du procès. Elle a reporté l’examen de l’affaire au 26 octobre, afin de convoquer les déclarants et de laisser aux prévenus le temps de désigner des avocats. Les prévenus détenus ont présenté des demandes de mise en liberté provisoire. Leur défense n’a pas pu être présente en raison de la grève des avocats, dont les instances doivent reprendre leur activité à partir du 7 octobre.
Les prochaines audiences devraient livrer des précisions sur les faits visés par les poursuites. La détermination des responsabilités dépendra des débats devant la juridiction.




