L’orthokératologie, ou «Ortho-K», repose sur des lentilles rigides conçues pour être portées durant la nuit, pendant environ huit heures. Au réveil, elles sont retirées et permettent à l’utilisateur de voir correctement pendant la journée sans lunettes. Chez l’enfant, l’objectif ne se limite toutefois pas à améliorer temporairement la vision: il s’agit aussi de freiner l’évolution de la myopie, devenue de plus en plus fréquente et parfois rapide.
«Les lentilles d’orthokératologie sont d’abord utilisées chez les enfants de moins de 16 ans qui présentent une myopie évolutive. Nous avons constaté une forte augmentation des cas depuis la période du Covid, lorsque les enfants passaient davantage de temps à l’intérieur et utilisaient les écrans pendant de longues périodes», déclare Mohamed Charif Khalifi, ophtalmologue.
Selon le spécialiste, cette régression peut être particulièrement rapide chez certains enfants. «Nous avons pu constater qu’un enfant qui avait, par exemple, une myopie de -1 pouvait passer en six mois ou un an à -2, -3 ou -4», ajoute le docteur. L’orthokératologie constitue donc l’une des solutions envisagées pour tenter d’y remédier. Les lentilles exercent une pression contrôlée sur la cornée et modifient temporairement sa courbure. Celle-ci devient plus plate, ce qui permet de réduire la myopie et d’obtenir une vision nette durant la journée.
Les résultats ne sont toutefois pas nécessairement immédiats. «La première semaine, la personne peut parfois voir sans lunettes uniquement pendant la matinée. La deuxième semaine, cette vision peut s’étendre au matin et au soir. La troisième semaine, elle peut parvenir à voir sans lunettes pendant toute la journée», décrit-il.
Cette correction reste néanmoins réversible. «Il faut insister sur le fait que le résultat dépend du port régulier des lentilles. Si la personne arrête de les utiliser, la cornée revient progressivement à sa forme initiale et la nécessité de porter des lunettes réapparaît», précise le spécialiste.
Chez l’enfant, la surveillance de la myopie reste donc essentielle, notamment pour déterminer si celle-ci évolue rapidement et si une intervention est nécessaire. Un simple contrôle ponctuel ne suffit pas. «Il faut suivre régulièrement la myopie et son évolution chez l’enfant. Il ne doit pas faire un seul examen puis attendre deux ou trois ans avant de consulter à nouveau», souligne Mohamed Charif Khalifi.
Le dépistage peut commencer dès le début de la scolarité, notamment lorsque certains signes attirent l’attention des parents: enfant qui se rapproche beaucoup de la télévision ou qui plisse les yeux pour mieux voir. L’hérédité constitue également un facteur à prendre en compte. Lorsque les deux parents présentent une myopie importante, le risque pour l’enfant peut être plus élevé.
Dans certains cas, l’orthokératologie peut être envisagée dès l’âge de 6 ou 7 ans. «On peut commencer à utiliser ces lentilles à partir de 6 ou 7 ans dans certaines situations, si l’enfant arrive à les porter facilement, les supporte bien et souhaite notamment éviter des lunettes épaisses», explique le docteur.
La technique reste toutefois soumise à certaines limites. D’après le spécialiste, elle peut corriger une myopie allant jusqu’à -6. Au-delà, la correction risque de ne pas être complète. «Si la myopie dépasse -6, l’orthokératologie ne permettra pas de corriger complètement la vision. Il peut rester une myopie de -1 ou -2 selon les cas», indique-t-il. Pour l’astigmatisme, la limite évoquée par le médecin se situe autour de -3. Au-delà, le résultat peut être insuffisant et le port de lunettes rester nécessaire pour obtenir une vision satisfaisante.
«Chez l’adulte, la myopie se stabilise généralement après 18 ou 20 ans. Lorsque l’enfant grandit, l’œil continue lui aussi à se développer. Après cette période, la situation se stabilise et l’évolution n’est plus la même», explique Mohamed Charif Khalifi. Pour ceux qui souhaitent vivre sans lunettes, «il existe d’autres techniques, notamment le laser. Mais une personne qui ne souhaite pas subir cette intervention, ou qui ne peut pas y avoir recours, peut également bénéficier de l’orthokératologie», ajoute le docteur.
Toutes les situations ne permettent cependant pas d’utiliser ces lentilles. Une myopie supérieure à -6 ou un astigmatisme dépassant -3 peuvent constituer des limites. Certaines pathologies de la cornée, comme le kératocône, constituent également une contre-indication. «Ces situations ne peuvent pas être traitées par l’orthokératologie. Chez l’adulte, d’autres solutions existent, notamment la chirurgie, le laser ou encore les lentilles implantées à l’intérieur de l’œil, selon chaque cas», précise-t-il.
Comme pour les autres lentilles de contact, l’hygiène constitue un élément essentiel. Les lentilles d’orthokératologie sont rigides et leur entretien doit être particulièrement rigoureux. Une mauvaise manipulation ou un défaut de nettoyage peut favoriser la contamination de l’œil par des bactéries et entraîner une infection.
Lire aussi : Comment éviter les maladies oculaires en été? Pour y voir plus clair, une ophtalmologue répond
Il est également déconseillé de se doucher, de se laver le visage ou les yeux, ou de nager avec les lentilles. «Si la personne ressent une brûlure, constate une rougeur ou un larmoiement, elle doit arrêter de porter les lentilles et consulter afin de vérifier qu’il n’y a pas d’inflammation ou d’infection», avertit le spécialiste.
Dans cette prise en charge, les parents jouent un rôle important. Ils doivent veiller au respect des règles d’hygiène, au port des lentilles pendant la durée recommandée et au suivi médical régulier. Ils peuvent également agir sur certaines habitudes quotidiennes susceptibles d’accompagner la prise en charge de la myopie.
Le médecin recommande notamment de limiter le temps passé devant les écrans, de favoriser les activités en extérieur et l’exposition à la lumière naturelle, mais aussi d’encourager la pratique sportive. «Si l’enfant utilise l’orthokératologie, il doit porter les lentilles la nuit et les nettoyer correctement. Les parents doivent donc veiller au respect des conditions d’utilisation et l’emmener aux consultations de suivi pour vérifier que les lentilles remplissent leur rôle», ajoute le docteur.
Lire aussi : Patients «ayant perdu la vue» suite à une injection à l’œil à Casablanca: ce qu’en disent les ophtalmologues
Autre évolution: ces lentilles peuvent désormais être fabriquées au Maroc. «La bonne nouvelle est que le Maroc dispose désormais de compétences permettant de fabriquer localement ces lentilles, ce qui évite les coûts liés à leur importation depuis l’étranger», explique-t-il.
Chaque lentille étant réalisée sur mesure, leur fabrication peut prendre entre deux et trois semaines. Le prix varie selon les cas, mais le spécialiste l’estime globalement comparable à celui de lunettes équipées de verres épais, avec un coût qui peut être légèrement supérieur.
Enfin, contrairement aux lentilles souples destinées à un usage quotidien ou mensuel, les lentilles d’orthokératologie peuvent être conservées plusieurs mois. «Il faut les nettoyer et les entretenir correctement, les protéger des rayures et éviter l’accumulation de saletés. Lorsqu’elles sont bien entretenues, elles peuvent être utilisées jusqu’à un an», conclut-il.




