De cimetière à espace vert: la «Place Pakistan» se dévoile enfin aux habitants de Sidi Othmane

Sur la nouvelle «Place Pakistan» à Sidi Othmane. (K.Sabbar/Le360)

Le 12/04/2026 à 15h55

VidéoÀ Sidi Othmane, la nouvelle «Place Pakistan» a été inaugurée la semaine dernière à l’emplacement de l’ancien cimetière de Sidi Othmane, dans le cadre d’un programme de valorisation des espaces verts porté par la ville de Casablanca et Casa Baïa. Ce projet, qui s’étend sur près d’un hectare et demi et a nécessité un an et demi de travaux, cherche à offrir un nouveau souffle au quartier et à améliorer la qualité de vie des habitants.

Là où s’étendait autrefois un cimetière vieux de plus de 70 ans à Sidi Othmane s’ouvre désormais la «Place Pakistan», un espace vert pensé comme un véritable lieu de respiration pour les riverains. Porté par une dynamique de réaménagement urbain, le projet s’inscrit dans une volonté plus large de redonner vie à des espaces délaissés, tout en répondant aux attentes des habitants.

Nichée non loin de la cité Abou Houraira, classée patrimoine, et entourée d’infrastructures essentielles telles que l’école primaire Ibn Toufail, l’hôpital Ben Msik et des habitations, la place tire son nom de la mosquée Pakistan qui lui fait face, ancrant ainsi ce nouvel espace dans une dimension à la fois urbaine et symbolique.

Car avant de devenir ce jardin ouvert, le site portait les traces d’un passé chargé. Anciennement cimetière de Sidi Othmane, il abritait également un sanctuaire, dont la présence, au fil du temps, s’est accompagnée de pratiques jugées problématiques par les habitants et les autorités. L’insécurité et les nuisances avaient fini par peser sur le quotidien du voisinage.

«Cette place, qui fait aujourd’hui notre fierté, était auparavant le cimetière de Sidi Othmane et il s’y trouvait aussi un mausolée. Tout cela engendrait de nombreuses nuisances pour les habitants et les autorités, notamment sur le plan de la sécurité et à cause de pratiques inacceptables», déclare Mohamed Haddadi, président de l’arrondissement de Sidi Othmane. «La situation était d’autant plus problématique que le site se trouve entre des infrastructures essentielles. Les riveraient avaient directement accès à cet espace», ajoute-t-il.

Face à cette réalité, les autorités ont engagé une transformation profonde du site, dans le respect de sa mémoire. Une société spécialisée a procédé à l’exhumation et au transfert des restes humains, en coordination avec le ministère des Habous et des Affaires islamiques, tandis qu’un petit espace mémoriel a été aménagé à l’écart, en hommage aux défunts.

«Nous sommes aujourd’hui heureux de cette transformation. L’histoire du lieu remonte à 1961, lors de la pose de la première pierre sous le règne de feu Mohammed V, avec une inauguration par feu Hassan II. Plus tard, à l’occasion d’un sommet arabe, la mosquée a été nommée mosquée Pakistan», rappelle Mohamed Haddadi.

Pensée comme un lieu de détente accessible à tous, la «Place Pakistan» se distingue par son aménagement volontairement sobre. Aucun équipement sportif ni aire de jeux pour enfants n’y a été installé, afin de préserver le caractère paisible et respectueux des abords de la mosquée. «C’est un choix assumé pour conserver une certaine dimension spirituelle du lieu», souligne Mohamed Ouggar, chef service urbanisme et patrimoine à l’arrondissement de Sidi Othmane.

À la place, les visiteurs y trouvent des bancs solidement ancrés, des espaces verdoyants, une fontaine centrale et un éclairage soigné permettant une fréquentation nocturne en toute sécurité. Chacun est libre de s’approprier cet espace à sa manière: marcher, courir, s’adonner au théâtre de plein air ou encore à la peinture. À l’écart de la place, des terrains de proximité ont tout de même été aménagés pour les jeunes du quartier.

La gestion et l’entretien de la place ont été confiés à Casablanca Baïa, qui assure notamment l’arrosage via la station de Médiouna. Un dispositif essentiel pour garantir la pérennité de cet espace vert dans un environnement urbain dense.

«Aujourd’hui, nous ressentons une grande fierté. Cet espace est déjà devenu un véritable lieu de respiration pour les habitants», affirme le président de l’arrondissement. «Les images parlent d’elles-mêmes: c’est un modèle réussi de requalification d’un espace qui posait problème et qui génère désormais des effets positifs pour la population», conclut-il.

Ainsi, après un an et demi de travaux, la «Place Pakistan» s’impose, entre mémoire du passé et promesse d’un quotidien apaisé, comme le nouveau repère de Sidi Othmane, symbole d’un quartier qui se réinvente sans oublier son histoire.

Par Ryme Bousfiha et Khadija Sabbar
Le 12/04/2026 à 15h55