Chèques sans provision: un marché noir qui a pignon sur rue

Le marché noir du négoce des chèques sans provision prospère.. Copyright (c) 2018 Andrey_Popov/Shutterstock. No use without permission.

Revue de pressePorté par des intermédiaires aux méthodes coercitives et alimenté par de lourds impayés, ce phénomène met en lumière les failles profondes du système de paiement et la détresse des créanciers. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 02/10/2026 à 21h32

Le marché noir du négoce des chèques sans provision prospère grâce à des réseaux complexes où des hommes d’affaires et des intermédiaires se relaient pour racheter ces titres de paiement à une fraction de leur valeur nominale. Face aux difficultés de recouvrement et aux lenteurs des procédures judiciaires, de nombreux porteurs de chèques impayés se tournent vers ces intermédiaires spécialisés, acceptant de céder leur créance avec une décote pouvant atteindre 30%, voire davantage. Cette pratique illégale met en lumière les failles d’un système où la lenteur de la justice pousse les créanciers désespérés à chercher des solutions de facilité, alimentant ainsi une économie souterraine mafieuse, rapporte le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 3 et 4 octobre.

Ces réseaux criminels fonctionnent comme de vagues agences de recouvrement parallèles, s’appuyant sur des relations bien établies pour traquer les émetteurs de chèques en bois. Les intermédiaires achètent ces titres pour un montant modique et s’engagent à récupérer l’argent par tous les moyens, y compris par le harcèlement, la pression psychologique et parfois le chantage. Ces individus possèdent les compétences nécessaires pour suivre les mouvements financiers des débiteurs et n’hésitent pas à utiliser des méthodes coercitives pour obtenir gain de cause, exploitant la détresse financière des victimes.

Les grands commerçants et les entrepreneurs en difficulté font souvent appel à ces services intermédiaires pour négocier directement avec les détenteurs de chèques sans provision, évitant ainsi des poursuites judiciaires lourdes et coûteuses. Ces intermédiaires parviennent généralement à trouver des arrangements à l’ amiable qui permettent aux hommes d’affaires de solder leurs dettes sous la menace, en s’acquittant d’une partie seulement de la somme due ou en échelonnant les paiements. Pour les porteurs de chèques qui préfèrent éviter le tribunal, céder une partie de la valeur est perçu comme un moindre mal pour récupérer une portion de leur argent rapidement, écrit Assabah.

Les données récentes de Bank Al-Maghrib révèlent l’ampleur alarmante de ce phénomène, avec un encours des chèques sans provision qui dépasse des sommets considérables se chiffrant en milliards de dirhams. Durant l’année écoulée, les services compétents ont enregistré des centaines de milliers d’avis de non-paiement, illustrant la persistance de cette crise financière qui touche de plein fouet l’économie nationale. Cette situation démontre que le chèque continue d’être utilisé comme un instrument de crédit de substitution malgré les risques juridiques immenses encourus par les signataires défaillants.

L’ampleur de ce marché noir met en évidence l’urgence d’une réforme profonde du cadre législatif régissant les moyens de paiement et les sanctions applicables en cas de défaut de provision. Le législateur est appelé à renforcer les mécanismes de protection des créanciers tout en modernisant les procédures de recouvrement pour endiguer le recours à ces pratiques mafieuses. Sans une action résolue pour restaurer la confiance dans l’utilisation du chèque et assainir le climat des affaires, ces réseaux parallèles continueront de prospérer sur le dos d’une économie fragilisée.

Par La Rédaction
Le 02/10/2026 à 21h32