Dans la nuit d’hier, les convois de transport international marocains ont été secoués par une série d’attaques armées d’une gravité inédite en territoire malien. Des camions en direction de Bamako ont été pris pour cible par des groupes armés non identifiés, circulant à moto et équipés d’armes automatiques. Ces assauts, qualifiés de «coordonnés», ont plongé les chauffeurs marocains dans un climat de peur et ravivé les craintes pour leur sécurité, alors que les routes reliant le Maroc à l’Afrique subsaharienne deviennent de plus en plus dangereuses, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 8 mai.
Houcine El Hachimi, secrétaire général de l’Union générale des professionnels du transport international et national, a tiré la sonnette d’alarme. «La récente attaque contre des chauffeurs marocains au Mali a révélé un vide sécuritaire criant et l’absence totale de garanties protectrices pour les professionnels du transport routier vers les pays d’Afrique subsaharienne», a-t-il déclaré. Il a souligné que les conducteurs marocains risquent quotidiennement leur vie sur des routes peu sûres et dans des conditions de transport extrêmes, appelant à la mise en place d’un accompagnement juridique, d’une couverture assurantielle complète et de corridors sécurisés entre le Maroc et les pays africains. «Quatorze camions marocains sur dix-neuf ont été visés en territoire malien. Différentes organisations opèrent dans la région, instrumentalisées par un État malveillant pour cibler nos convois», a-t-il ajouté.
Houcine El Hachimi a également évoqué le sort dramatique de plusieurs chauffeurs, bloqués dans des zones désertiques et isolées, privés de tout soutien, relaie Al Ahdath Al Maghribia. «Certains vivent dans des conditions humanitaires déplorables», a-t-il précisé, lançant un appel aux autorités marocaines pour une intervention urgente afin de permettre le retour sécurisé des chauffeurs avant l’Aïd al-Adha, afin qu’ils puissent le célébrer en famille.
Les témoignages des survivants sont accablants. Dans une vidéo diffusée par l’un d’eux, un chauffeur raconte: «Nous passons nos journées et nos nuits en plein désert, sans eau ni nourriture». Il explique que les conducteurs de camions transportant des mangues doivent parcourir plus de cinq kilomètres à pied pour trouver de l’eau, indispensable au refroidissement des moteurs sous des températures dépassant les 45 degrés et au milieu des tempêtes de sable. «Les camions sont immobilisés dans des zones isolées, sans aucune condition de sécurité. La situation est devenue insupportable, faute d’eau et de nourriture», a-t-il ajouté.
Dans un message vocal, un autre chauffeur a détaillé le déroulement de l’embuscade. «Nous avions pénétré en territoire malien quand nous avons été surpris par des hommes armés à moto. Ils ont ouvert le feu sur les pneus des camions en tête de convoi», a-t-il raconté. «Ils ont ensuite visé les réservoirs de carburant avec des tirs nourris avant d’y mettre le feu, provoquant l’incendie de plusieurs véhicules. Certains d’entre nous ont réussi à faire demi-tour et à prendre la direction de la Mauritanie». Mais les assaillants, selon son récit, ont poursuivi les camions en fuite, criblant leurs pneus et réservoirs de balles avant d’en incendier plusieurs. «Nous avons eu la vie sauve par miracle. Nous demandons aux autorités marocaines de nous ouvrir un corridor sécurisé pour rentrer», a-t-il imploré. Huit camions ont échappé à l’attaque, relaie Al Ahdath Al Maghribia. Les chauffeurs ont poursuivi leur route et sont parvenus, hier soir, à entrer en territoire mauritanien.
De son côté, Mustapha Chaboun, président de l’Union africaine des organisations de transport et de logistique, a indiqué que les premières informations faisaient état de plus de quinze camions marocains, ainsi que des véhicules sénégalais et mauritaniens, pris pour cible par des groupes armés près de Bamako. «Certains camions ont été entièrement brûlés, tandis que plusieurs chauffeurs et leurs assistants ont réussi à se réfugier au centre de la capitale malienne», a-t-il précisé dans des déclarations à la presse. Ces événements surviennent dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Sahel, marqué par la recrudescence des activités des groupes armés sur les axes routiers reliant la Mauritanie, le Mali et le Sénégal. Ces routes, vitales pour les exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne, sont désormais le théâtre d’une «guerre des convois» qui menace les échanges commerciaux entre le Maroc et le continent.




