PJD: quand Bouanou se tire une balle dans le pied

Abdellah Bouanou, président du groupement parlementaire du PJD à la Chambre des représentants.

Revue de presseDans l’hémicycle, la verve d’Abdallah Bouanou, président du groupe parlementaire du PJD, ne laissait personne indifférent. Mais l’enthousiasme et la certitude dont il a fait preuve ce mardi 9 juin ne relèvent plus de la simple polémique politique, ni même des coups bas entre adversaires. En voulant briser l’échine du gouvernement, c’est un coup bien plus perfide qu’il a porté, non plus à un cabinet, mais à l’État tout entier et à toutes ses institutions. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 09/06/2026 à 19h45

«Ainsi, d’un seul trait de langue, l’État marocain en viendrait à tirer sur ses propres enfants pour avoir réclamé des droits élémentaires liés à leurs conditions de vie?». Pareille accusation s’apparenterait à un crime si elle se vérifiait. Tout le monde sait qu’il s’agit d’un mensonge. Mais le plus révoltant reste que d’Abdallah Bouanou, président du groupe parlementaire du PJD, en son temps, n’en avait pas soufflé mot. Il lui faut aujourd’hui, à quelques encablures des élections, s’en émouvoir comme d’une révélation tardive.

«Ce qui se joue ici dépasse l’incident rhétorique : c’est une dérive grave du discours politique, une instrumentalisation abusive des institutions constitutionnelles pour proférer n’importe quoi», souligne l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce mercredi 10 juin. «Autrement dit, nous n’assistons plus à une politique pratiquée avec l’appui de la morale ou de la religion; elle a dévié, en cette pré-campagne électorale, jusqu’à porter atteinte à la sûreté nationale, à l’autorité de l’État et à ses institutions sacrées».

L’homme qui réclame à cor et à cri des commissions d’enquête parlementaires pour connaître la vérité a pourtant, dans les événements de Lekliaa, subverti cette même logique: il a tenté de faire du bourreau une victime et de la victime un bourreau. Bouanou acceptera-t-il de voir la dignité de l’État ainsi humiliée, un complot tramé contre lui par les armes de ses propres enfants ? Encouragera-t-il l’assaut des sièges des forces de l’ordre pour s’emparer des armes ? Ou la vie des membres des forces de l’ordre ne vaudrait-elle rien, au point qu’ils puissent être agressés et brûlés par des délinquants en furie ?

«Durant un quart de siècle, l’État s’est évertué à démocratiser l’institution sécuritaire, à la mettre au service de la loi, et non au-dessus d’elle. Une institution qui a ouvert ses portes aux citoyens, intégré une dimension humaine dans l’approche juridique et des droits», écrit l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia. Au cours d’une transition démocratique, l’État et la société ont ensemble refermé le livre des années de plomb et enterré le discours du «pain ou koumira» (en référence aux douloureux événements de 1981). Il semblerait pourtant que le «koumira» se soit mué en un siège au Parlement et que Bouanou, pour chasser son pain électoral, charge désormais sa bouche de balles qui n’existent que dans son imprudence institutionnelle et sa frivolité politique.

Par Hassan Benadad
Le 09/06/2026 à 19h45