Contraints par les impératifs de la prochaine échéance de septembre, les organes partisans en charge de la gestion des scrutins ont dû traduire devant le Parlement plusieurs dizaines de militants désireux d’obtenir leur «révocation» afin de modifier leur affiliation politique. À leurs yeux, la simple rupture avec le parti d’origine ne saurait suffire: elle doit impérativement s’accompagner d’une démission préalable de la Chambre des représentants.
«Certaines formations politiques ne voient pourtant aucun inconvénient à ce que leurs élus parlementaires contournent la loi interdisant la transhumance politique, laquelle écarte quiconque cumule, dans son appartenance officielle, deux obédiences partisanes ou davantage», rapporte Assabah de ce mercredi 22 avril. Des sources mettent en garde contre ce mouvement symptomatique d’une dérive où les partis ne seraient plus que de simples «agences de distribution d’investitures» au profit de ceux qui disposent du prestige, de la fortune et de la capacité à capter des suffrages, et non plus des institutions productrices d’élites et encadrant les citoyens.
Ces mêmes sources s’étonnent de voir un parti ouvrir ses portes à un parlementaire ou à un président de commune provenant d’une autre formation, pour la seule raison que sa victoire électorale semble acquise. Une telle attitude envoie aux citoyens un message aussi clair qu’inquiétant: les voix demeurent l’unique monnaie d’échange reconnue, les principes et les programmes n’étant qu’un simple décor destiné à embellir les campagnes électorales.
De jeunes cadres militants s’insurgent contre ces pratiques qui corrompent le paysage politique et constituent de véritables facteurs de répulsion électorale. Le citoyen, ayant voté pour un programme défini, se retrouve en effet dirigé par une personne ayant changé de boussole politique en cours de mandat. «L’ensemble du processus démocratique prend alors des allures de théâtre d’ombres, dont les acteurs principaux sont des nomades passant d’un parti à l’autre et dont les victimes ne sont autres que le développement local et la confiance des citoyens envers leurs institutions», indique Assabah.
Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques, estime que «cette pratique réduit l’action politique à une simple opération de transfert de voix, dénuée de toute véritable représentation de la volonté populaire». Selon lui, ce phénomène dépasse désormais la logique des parcours individuels pour devenir le miroir grossier d’une structure permettant le recyclage des élites au détriment de la transparence démocratique.




