Entretien. Le projet de loi sur les avocats piétine les droits de la défense, selon Abdelkébir Tabih

Abdelkébir Tabih, avocat au barreau de Casablanca. (Y.Mannan/Le360)

Le 05/01/2026 à 17h18

VidéoLe projet de loi controversé relatif à la profession d’avocat continue de susciter une levée de boucliers au sein du barreau. Dans un entretien accordé à Le360, Me Abdelkébir Tabih, avocat au barreau de Casablanca, dénonce un projet qu’il juge contraire à la Constitution et soutient la mobilisation nationale des avocats.

Le projet de loi controversé relatif à la profession d’avocat, que souhaite faire adopter le ministre de la Justice, viole dans ses dispositions les droits de la défense et du justiciable, a regretté Maître Abdelkébir Tabih, avocat au barreau de Casablanca.

Le plus surprenant, a-t-il affirmé dans un entretien avec Le360, est que le ministre n’a pas tenu ses promesses selon lesquelles le projet ne contiendrait pas de mesures contraires à la mission de l’avocat, c’est-à-dire touchant à «son indépendance». «Après l’élaboration du texte, on a été surpris qu’un nombre de promesses n’a pas été retenue», a martelé Me Abdelkébir Tabih, confirmant le rejet total de la profession à l’encontre de ce projet de loi. «Nous le rejetons totalement dans cette version», a-t-il répété, en exprimant ses vifs regrets.

L’un des points qui offusquent particulièrement les avocats, poursuit-il, est que le projet vise à «étatiser (nationaliser) la profession d’avocat, car il y a une volonté de priver le citoyen de son droit à la défense». Notre interlocuteur va plus loin en affirmant qu’il s’agit là d’une violation flagrante de la Constitution, en particulier de l’article 6.

Furieux, cet avocat, l’un des plus célèbres du pays, souligne que c’est la première fois que le ministère tente de mettre la main sur la profession via «l’examen, le stage et l’inscription». Selon lui, cette ingérence «porte gravement atteinte à l’indépendance des avocats».

Abordant la question de la corruption, Me Abdelkébir Tabih relève que le projet de loi réduit la peine prévue pour le courtage illégal (samsara) de trois ou quatre ans de prison à seulement un an, une disposition perçue par la profession comme «un encouragement».

Me Abdelkébir Tabih conclut que «toute entrave au travail de l’avocat se traduit par une perte des droits pour le citoyen».

Pour s’opposer à ce projet de loi jugé liberticide, les avocats entament, à partir de mardi, une mobilisation nationale marquée par un mouvement de grève dans les tribunaux, ouvrant ainsi un bras de fer inédit entre le barreau et le ministère de la Justice.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 05/01/2026 à 17h18